L’énigme n’est pas à Rabat, elle est à Paris

Je me suis plongé dans le premier épisode de la série d’articles du journal Le Monde sur le roi Mohammed VI. En le parcourant, cinq mots ont immédiatement attiré mon attention : fragilité, inquiétude, timidité, affaiblissement et souffrance. Des termes choisis avec soin pour peindre le « portrait d’un Monarque et d’un Royaume sur le déclin », une analyse digne d’un roman de gare, loin de la rigueur que l’on est en droit d’attendre d’un tel journal.

A A A A A

Tribune

Abdellah NAFIL, PhD

Acteur associatif, Ex-Président de Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI) et Vice Président de l’association Morroco Energy Leaders

Temps de lecture : Publié le 29/08/2025 à 14:39
favoris

Pourtant, une vidéo du Premier ministre français, François Bayrou, est apparue dans mon fil d’actualité. Son message était sans détour : « La vie de la Nation est en jeu ». L’ironie m’a frappé de plein fouet. Les mots du journal, censés décrire le Maroc, n’étaient-ils pas, en réalité, le reflet le plus fidèle de la France elle-même ?

La fragilité financière : la France en faillite ?

Pendant que les plumes financées s’inquiètent de la prétendue « fragilité d’un Roi » en vacances dans son Royaume, l’État français, lui, affiche une dette qui flirte avec le chaos. Comme l’a averti le Premier ministre, la charge de la dette va devenir le budget le plus important de la nation, dépassant même l’Éducation nationale et les Armées. Les chiffres sont là, inéluctables : 3 345,4 milliards d’euros de dette fin mars 2025, soit 114 % du PIB. Une fragilité qui n’a rien de royal, mais tout d’un naufrage national.

L’inquiétude sur l’avenir : la version 2.0 des gilets jaunes

Le Monde s’interroge sur « l’atmosphère de fin de règne » à Rabat, mais ignore l’inquiétude palpable qui gronde à Paris. Un « blackout » est prévu pour le 10 septembre, alors que des citoyens, syndicats et partis politiques appellent à une « journée noire » en opposition aux mesures d’austérité du gouvernement (suppression de jours fériés, gel des prestations sociales, baisse du budget de la santé). L’ironie est que, pendant que le quotidien cherche le chaos au Maroc, trois Français sur quatre ne souhaitent pas que le Premier ministre obtienne la confiance du Parlement lors du vote prévu le 08 septembre. L’inquiétude est bien là, mais elle ne se trouve pas dans les couloirs du palais Royal marocain ; elle se murmure dans les rues de Paris.

La timidité diplomatique : le retrait progressif

La France, qui se targue de son influence, voit sa présence internationale se réduire à une « timidité » diplomatique. L’éviction du Sahel est un fait brutal, et les débats sur le Franc CFA montrent que l’Afrique se libère de ses chaînes. Même en Europe, la France s’isole, comme en témoignent les propos d’un proche du gouvernement italien, qui a qualifié le président français de « fou » et l’a accusé de vouloir pousser l’Europe à la guerre. Côté américain, la position de la France sur l’accord commercial avec les États-Unis est si « timide » qu’elle se contente de « déplorer » son contenu, en insistant sur le fait qu’elle n’a pas dit son « dernier mot ».

L’affaiblissement des médias : la vraie crise

Il est fascinant de voir avec quelle détermination une partie de la presse française consacre une série entière au Maroc. En même temps, elle semble étrangement discrète sur des sujets qui touchent directement les Français. Les sondages montrent que l’inflation et la criminalité sont en tête de leurs préoccupations. Or, aucun média n’a jugé bon de lancer une série sur l’accès à l’eau ou à l’électricité dans les Outre-mer, le pouvoir d’achat des millions de retraités, ou l’inquiétante polémique de Candace Owens avec le couple présidentiel. C’est là que réside la vraie crise. L’affaiblissement moral de cette presse est criant, comme en témoigne l’affaire d’Éric Laurent et Catherine Graciet, ces journalistes qui ont voulu faire chanter la Monarchie marocaine. Ces cas ne sont pas isolés. Ils révèlent le manque d’éthique d’une frange de journalistes qui, faute de pouvoir déstabiliser un pays, cherchent à le discréditer.

La souffrance pour commercialiser ses produits militaires

La France se dit une puissance militaire, mais sa « souffrance » à l’exportation est palpable. L’humiliation subie lors de la rupture du contrat de sous-marins avec l’Australie a été qualifiée de « coup de poignard ». Plus récemment, les allégations du ministre pakistanais selon lesquelles trois avions Rafale français auraient été abattus par des avions chinois pourraient porter un coup fatal à la réputation de l’industrie militaire française. C’est une « souffrance » qui est bien réelle, loin d’être un secret de palais. La France, une puissance nucléaire, voit sa capacité à commercialiser son matériel de défense compromise.

Pour finir, le Maroc n’est pas un pays parfait, c’est vrai. Mais ce qui frappe, c’est l’écart entre la réalité vécue par les Marocains et le tableau fantasmé que certains médias français veulent imposer.

En réalité, Le Monde n’a pas écrit un article sur Rabat. Il a écrit, sans le savoir, un portrait en creux de Paris.

La véritable énigme, et la plus grande ironie, est peut-être celle-là : pour comprendre le Maroc, il suffit d’ouvrir les yeux, mais pour comprendre Le Monde, il faut parfois les fermer sur ce qu’il veut nous faire voir.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié le 12/05L’innovation responsable : faire du capital humain le pilier de la transformation numérique

Tout commence en novembre 2022, dans un contexte d’effervescence technologique mondiale. Un cadre, identifié sous le nom de Mr. Zhou, rejoint une entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies. Son rôle est alors jugé critique et hautement stratégique : en tant que superviseur de l’assurance qualité, il doit orienter les résultats produits par les Grands Modèles de Langage (LLM), filtrer les biais, assurer la sécurité des contenus et affiner la pertinence des réponses algorithmiques. À cette étape, l’intelligence artificielle est perçue…

Par Pr. Mourad Alami, Professeur des Universités Maroc, Allemagne, Chine
Publié le 07/05L’OTAN : l’effondrement silencieux

Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a activé pour la première fois l’article 5, proposant immédiatement aux États-Unis une riposte militaire collective. Mais ce sont les Américains qui ont refusé l’aide directe de l’Alliance, préférant mener l’opération Enduring Freedom avec une coalition ad hoc. Vingt ans plus tard, la situation s’est inversée : lors de la guerre d’Iran de 2026, Washington a appelé l’OTAN à ses côtés, mais les Européens ont refusé catégoriquement. L’Alliance, jadis empressée à combattre aux côtés…

Par Mohamed Zilaoui, Ecrivain et chercheur en sciences politiques
Publié le 04/05Design thinking : pourquoi la RSE doit changer de méthode ?

Le débat sur la RSE est souvent mal posé. On parle de conformité, de communication, parfois de philanthropie. On oublie l’essentiel : si l’entreprise doit répondre de ses effets sur la société, alors la RSE dépend d’abord de la manière dont elle décide, collabore et apprend. Repenser la RSE à travers les pratiques d’innovation Avant le virage étudié par les auteurs, l’innovation du groupe observé restait surtout incrémentale : on améliorait l’existant, on optimisait l’opérationnel, on gagnait en efficacité. C’était…

Par Hanane El Amraoui, Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School
Publié le 30/04L’IA : l’arabe marocain au service de la vulgarisation des sciences

Il serait réducteur de penser que l’arabe marocain reste une préoccupation purement locale de certains pionniers ou de différentes start-ups marocaines. En réalité, elle bénéficie d’une véritable reconnaissance internationale, mobilisant l’expertise de centres universitaires prestigieux tels que la fameuse « Harvard University », (arXiv), Darija Open Dataset, travaux sur la Darija Open Dataset (DODa), l’un des plus larges datasets open-source pour la traduction darija-anglais, MIT, Maryland University, EPFL, Columbia University, Carnegie Mellon University, Inalco, Université de Malte, Université de Grenade,…

Par Dr Mourad Alami, Universitaire, écrivain et traducteur en Allemagne et au Maroc
Publié le 23/04IA et Maroc 2030 : pourquoi le défi n’est pas technologique

Car derrière l’enthousiasme technologique, une réalité plus discrète s’impose. L’intelligence artificielle, aussi performante soit-elle, ne transforme pas un système par elle-même. Elle s’inscrit dans un environnement existant, avec ses logiques, ses forces… et ses limites. Elle peut accélérer, affiner, optimiser. Mais elle ne remplace ni la cohérence organisationnelle, ni la clarté des processus, ni la fluidité des interactions. Autrement dit, elle agit sur ce qui est déjà là. Le véritable enjeu est-il technologique ou structurel ? Si la question est…

Par Ihsane El Fakid, Professeure-chercheuse en sciences de gestion à l’École HEC Rabat. Spécialisée en marketing digital et transformation des organisations, elle analyse les dynamiques managériales à l’ère du digital.
Publié le 22/04Négociation commerciale : pourquoi le prix affiché n’est jamais le prix définitif

Cette focalisation quasi-automatique sur le prix révèle un malentendu profond. Car en réalité, le prix n’est presque jamais le véritable enjeu d’une négociation. Il en est le symptôme. Derrière chaque débat tarifaire se cachent des questions de valeur, de perception, de confiance et de positionnement. La négociation est considérée au Maroc non pas seulement comme étant une technique commerciale. Mais bien, elle est un réflexe culturel, une pratique sociale, parfois même un rituel. Du souk traditionnel aux contrats B2B, en…

Par El Idrissi Mariyam, Docteure en Marketing, et Enseignante chercheure en Marketing à l’ISGA, Edvantis Higher Education Group
Publié le 21/04Talent Labs : le nouvel atout stratégique pour révéler les compétences de demain

Longtemps cantonnée à des formations classiques, la gestion des ressources humaines évolue vers des approches plus dynamiques et expérientielles. Le Talent Lab s’inscrit précisément dans cette logique : il ne s’agit plus seulement d’apprendre, mais de tester, expérimenter et révéler les compétences en situation réelle. Une nouvelle manière de développer les talents Concrètement, un Talent Lab est un espace – physique ou digital – où collaborateurs et étudiants participent à des ateliers immersifs, des simulations professionnelles, des projets collaboratifs ou…

Par Safaa Makati, Professeur chercheur, responsable pédagogique de la filière comptabilité finance et contrôle à l'ISGA
Publié le 20/04Digitalisation bancaire : de la dépense technologique à la création de valeur réelle

L’illusion du progrès automatique Dans le confort théorique, la digitalisation promet une efficacité décuplée et une croissance exponentielle. Mais sur le terrain, la réalité des marchés émergents comme le Maroc est bien plus nuancée. Le décalage entre l’intensité des investissements et la faiblesse des gains observables n’est pas un accident de parcours, c’est le résultat d’une erreur de diagnostic stratégique. Le digital impose une asymétrie brutale : les coûts (infrastructures, cybersécurité, maintenance…) sont immédiats et irréversibles, tandis que les bénéfices…

Par Dr Jihane Tayazim, Professeur-Chercheur en Finance, HEC Rabat
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub