Le Plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara : un modèle régional en devenir ?

Alors que le Maroc consolide sa présence dans les provinces du Sud et promeut son plan d’autonomie pour le Sahara sur la scène internationale, l’attention se porte sur la manière dont ce modèle s’intègre aux expériences mondiales de gouvernance régionale. Fort d’un soutien diplomatique croissant et d’un nombre croissant d’arguments juridiques et politiques en faveur de cette initiative, le projet d’autonomie du Maroc se positionne à la fois comme une solution nationale et une étude de cas pour l’autonomie régionale dans les pays du Sud.

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Tribune

ELHAZZITI Mohammed Anouar

Expert en développement territorial, membre de l’Institut internationale des sciences administratives.

Temps de lecture : Publié le 22/04/2025 à 16:25
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Dans ce contexte, les comparaisons avec les modèles européens, notamment espagnols, français et italiens, offrent un éclairage précieux sur les perspectives et les défis de l’autonomie régionale au sein d’une structure étatique unitaire ou quasi-fédérale.

 

Le Plan d’autonomie du Maroc : souveraineté et autonomisation locale

Lancé pour la première fois en 2007 en réponse au conflit prolongé autour du Sahara « occidental », le plan d’autonomie du Maroc propose la création d’une région autonome dans le cadre souverain de l’État marocain. L’initiative prévoit une autorité exécutive, législative et judiciaire régionale dotée de vastes compétences, notamment la gestion de l’administration locale, des ressources naturelles, du développement économique, de l’environnement, des infrastructures et de la préservation du patrimoine culturel.

Dans le cadre de ce plan, la politique étrangère, la défense et les affaires religieuses nationales resteraient de la compétence exclusive du gouvernement central à Rabat. Le modèle proposé repose sur les principes de démocratie participative, de respect de la diversité culturelle et d’alignement sur les normes internationales d’autodétermination des États souverains.

Ces dernières années, des pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne et de nombreux pays d’Afrique et des Caraïbes ont exprimé leur soutien au plan, le qualifiant de « sérieux, crédible et réaliste ». Sur le terrain, le Maroc a investi massivement dans les infrastructures, les énergies renouvelables, le développement urbain et la gouvernance locale dans les provinces du sud, notamment à Laâyoune, Dakhla et Smara.

En claire, ce n’est pas une simple proposition sur le papier. Le Maroc concrétise l’autonomie par la base. Il s’agit d’un modèle axé sur le développement et la stabilité, qui évite les risques de fragmentation tout en offrant un véritable partage du pouvoir.

 

Espagne : la décentralisation et ses limites

Le système politique espagnol est souvent cité comme référence dans les débats sur l’autonomie. Après la fin de la dictature franquiste, la Constitution de 1978 a créé un système de communautés autonomes accordant de larges pouvoirs aux régions espagnoles, notamment la Catalogne, le Pays basque et la Galice. Ces régions bénéficient d’une autonomie législative, d’un contrôle sur l’éducation et la santé et, dans certains cas, de leurs propres forces de police et pouvoirs fiscaux.

Cependant, l’expérience espagnole a également mis en évidence la fragilité d’une décentralisation asymétrique. Le référendum sur l’indépendance de la Catalogne de 2017, jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole, a fait émerger de profondes tensions identitaires nationales qui restent non résolues.

« Le Maroc souhaite tirer des leçons de l’Espagne, non seulement sur les modèles à suivre, mais aussi sur les mesures à éviter . Le plan marocain équilibre soigneusement l’autonomisation régionale avec une forte affirmation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale.

Il est important de noter que la Constitution marocaine de 2011 a consacré le principe de régionalisation avancée, reprenant certains éléments du système espagnol, mais en mettant davantage l’accent sur la cohésion et la solidarité entre les régions.

 

France : Centralisation et décentralisation progressive

Contrairement à l’Espagne, la France a historiquement adopté une tradition jacobine de gouvernance centralisée. Cependant, ces quatre dernières décennies ont vu une évolution progressive, quoique prudente, vers la décentralisation. Les régions françaises gèrent désormais certains aspects des transports, des infrastructures éducatives et du développement économique. La Corse et certains territoires d’outre-mer ont obtenu un statut spécial, leur permettant une certaine flexibilité législative ou administrative.

La Corse, par exemple, possède sa propre Assemblée et son propre Conseil exécutif, avec certaines prérogatives en matière de préservation de la langue et d’urbanisme. Pourtant, Paris conserve un contrôle important sur les fonctions de gouvernance essentielles, et les propositions d’extension de l’autonomie corse se sont heurtées à une résistance politique.

Le modèle français propose une décentralisation administrative, et non une autonomie politique complète .  Ce que le Maroc propose pour le Sahara va bien plus loin : il s’agit d’un pacte politique entre la région et le gouvernement central, et non d’une simple délégation de services.

 

Italie : Un modèle pluraliste de statuts spéciaux

L’Italie offre peut-être la comparaison la plus instructive avec la proposition marocaine concernant le Sahara. Bien que l’Italie soit un État unitaire, elle comprend cinq régions dotées de statuts spéciaux : la Sicile, la Sardaigne, le Trentin-Haut-Adige/Sud-Tyrol, le Frioul-Vénétie Julienne et la Vallée d’Aoste. Ces régions ont obtenu l’autonomie pour tenir compte de leurs spécificités historiques, linguistiques et géographiques.

Le Trentin-Haut-Adige/Sud-Tyrol est particulièrement remarquable, car son autonomie a permis d’atténuer les tensions ethniques entre les populations italophones et germanophones. La région compte deux provinces autonomes, Trente et Bolzano, qui exercent un contrôle étendu sur l’éducation, la culture et le développement économique. Ce modèle repose sur des garanties juridiques, une solide autonomie fiscale et un dialogue régulier entre les institutions régionales et nationales.

Le Maroc a beaucoup à apprendre de l’approche pragmatique et flexible de l’Italie . L’autonomie est efficace lorsqu’elle est adaptée au contexte et fondée sur le respect et la responsabilité mutuels. Le plan d’autonomie du Sahara, s’il est mis en œuvre avec des garanties similaires, pourrait être transformateur.

 

Dimensions diplomatiques et stratégiques

Au-delà de la gouvernance interne, l’initiative d’autonomie du Maroc a également des implications internationales. Le conflit du Sahara est depuis longtemps un point de tension géopolitique en Afrique du Nord et un obstacle à l’intégration du Maghreb. Ce plan est perçu par beaucoup comme une voie vers la stabilité régionale, la coopération économique et la résolution des conflits.

Le nombre croissant de consulats ouverts par des pays étrangers à Laâyoune et Dakhla depuis 2019 illustre la normalisation internationale croissante de l’administration marocaine au Sahara.

Il ne s’agit pas seulement d’un cadre juridique, mais d’une stratégie politique pour le développement, l’intégration et la paix . L’initiative d’autonomie peut devenir un modèle pour gérer les régions contestées par le compromis plutôt que par la confrontation.

 

Vers un modèle marocain d’autonomie régionale ?

Le plan marocain d’autonomie pour le Sahara s’impose comme un modèle de gouvernance distinctif, alliant unité nationale, développement et pluralisme. S’inspirant des expériences de l’Espagne, de la France et de l’Italie, Rabat pourra élaborer un cadre visant à éviter à la fois la paralysie d’une centralisation excessive et l’instabilité des mouvements sécessionnistes.

Si des défis subsistent, notamment en termes de mise en œuvre, de consensus politique et de négociations internationales, le plan marocain offre un exemple concret de la manière dont des conflits territoriaux complexes peuvent être résolus par l’autonomie plutôt que par la division.

S’il est mis en œuvre avec succès, le projet d’autonomie du Sahara pourrait servir non seulement de solution à un conflit régional de longue date, mais aussi de modèle de gouvernance décentralisée dans les pays du Sud.

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