Discours royal du 10 octobre 2025 : perspectives de la proactivité territoriale

Le discours royal du 10 octobre 2025, prononcé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, à l’occasion de l’ouverture de la première session de la cinquième année législative de la onzième législature, s’inscrit pleinement dans la continuité du Discours du Trône du 29 juillet 2025. Cette continuité illustre une vision structurée du développement territorial intégré, Ainsi, le discours royal se présente comme une feuille de route prospective reliant le passé, le présent et l’avenir : le passé en tant qu’expérience accumulée, le présent comme un espace d’action concrète et le futur comme un horizon d’innovation et de transformation territoriale.

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Tribune

Ibtissam El Rhali

Docteur en droit public et sciences politiques Chercheur en développement humain

Temps de lecture : Publié le 13/10/2025 à 10:06
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Dans ce cadre, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, rappelle : « Nous avons appelé dans le dernier Discours du Trône à accélérer la marche du Maroc émergent et à lancer une nouvelle génération de programmes de développement territorial ». Cette déclaration met en lumière la volonté royale de consolider une gouvernance proactive territoriale, centrée sur la cohérence, la proximité et la responsabilité partagée. Dès lors, la proactivité s’impose comme le pivot de l’action publique : elle implique l’anticipation, la planification stratégique, la mobilisation des ressources locales et la coordination entre institutions et acteurs territoriaux.

De plus, le discours royal accorde une place prépondérante au citoyen, non plus en tant que bénéficiaire, mais en tant qu’acteur et levier du développement. Cette approche transforme profondément la relation entre l’Etat et le citoyen, elle promeut la coresponsabilité et instaure une intelligence collective territorialisée où chacun contribue activement à la production du bien commun.

Par ailleurs, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu le préserve, insiste sur la nécessité d’un changement des mentalités et des méthodes de travail :
« La transformation majeure que Nous entendons opérer en matière de développement territorial, requiert un changement significatif des mentalités et des méthodes de travail, ainsi qu’un véritable enracinement de la culture du résultat. Cette démarche doit reposer sur la collecte de données de terrain précises et l’utilisation des technologies numériques ».

Cette orientation place la culture du résultat au coeur de la gouvernance publique. L’usage des outils numériques et des données fiables devient essentiel pour renforcer la connaissance, l’efficacité et la capacité d’adaptation des institutions. Ainsi, l’action publique ne se limite plus à une simple gestion administrative, elle s’inscrit dans une démarche de performance et d’innovation au service des citoyens et des territoires.

Dans cette dynamique, le discours royal présente une véritable architecture triptyque de la gouvernance proactive territoriale, articulée autour de trois piliers complémentaires : la communication, l’encadrement et l’inclusion.

D’abord, la communication traduit une gouvernance de proximité et de transparence. Elle s’inscrit également dans une dimension d’accueil et d’écoute destinée à retisser les liens entre l’administration et les citoyens, à restaurer la confiance, comme levier d’engagement citoyen, favorisant la compréhension, la participation et la légitimité des politiques publiques.

A cet égard, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste souligne : « Une attention particulière doit être portée à l’encadrement des citoyens et à la communication autour des initiatives engagées par les pouvoirs publics, …». Ensuite, l’encadrement s’incarne dans la dimension de l’incubation et de la co-production du développement. Comme l’affirme Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu le protège et le soutienne : « Il s’agit notamment des questions clés que Nous avons définies comme prioritaires, au premier rang desquelles figurent l’encouragement des initiatives locales et des activités économiques, la création d’emplois pour les jeunes, la promotion concrète des secteurs de l’éducation et de la santé, ainsi que la mise à niveau territoriale».

Cette vision érige l’Etat en facilitateur et catalyseur, accompagnant les acteurs locaux dans la valorisation des compétences, la création d’entreprises et la structuration de chaînes de valeur territoriales. Ainsi, le développement devient un processus collectif, dynamisé par la complémentarité des initiatives publiques et locales.
Enfin, l’inclusion traduit la dimension sociale de la gouvernance territoriale. Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste souligne avec force :
« Cette mission n’est pas du seul ressort du gouvernement. Elle est l’affaire de tous, et vous, les parlementaires, êtes en première ligne, car vous êtes les représentants des citoyens. C’est aussi la responsabilité des partis politiques et des mandataires siégeant au sein des différents Conseils élus, à tous les échelons de l’organisation territoriale. Doivent également s’y associer médias, acteurs de la société civile et, globalement, toutes les forces vives de la Nation».

Cette déclaration démontre le passage d’une gouvernance verticale à une gouvernance collaborative et partagée, mettant en lumière l’importance d’une synergie entre tous les acteurs du territoire. Elle invite à une mobilisation collective où chaque acteur, qu’il soit institutionnel, politique ou issu de la société civile, contribue activement à la construction d’un projet territorial inclusif et durable. Par ce biais, le développement n’est plus seulement un objectif imposé, mais un processus co-construit, renforcé par la complémentarité des initiatives publiques et locales et orientées vers l’impact concret pour les citoyens.

Au-delà de cette structuration, le discours royal présente une lecture novatrice des inégalités territoriales. Celles-ci ne sont plus perçues comme de simples déficits à combler, mais comme des leviers d’expérimentation et d’innovation. Les territoires marginalisés deviennent ainsi de véritables livings labs, où s’élaborent des politiques publiques contextualisées et adaptées aux spécificités locales. Une telle approche transforme la contrainte en opportunité et confère à la gouvernance territoriale une dimension d’apprentissage continu.

Dans cette perspective, la justice sociale et l’équité territoriale apparaissent comme les fondements de la gouvernance territoriale proactive. Elles assurent non seulement la cohésion sociale, mais également la durabilité des programmes de développement territorial intégré face aux mutations économiques, sociales et environnementales.

En définitive, le discours royal redéfinit un paradigme renouvelé de la gouvernance territoriale, dans lequel la communication, l’encadrement et l’inclusion constituent les leviers d’une action intégrée, participative et orientée vers le résultat. Le citoyen, désormais reconnu dans son rôle central, n’est plus uniquement bénéficiaire, mais acteur stratégique, co-construisant le développement territorial avec l’Etat et les collectivités territoriales, au sein d’une dynamique de coresponsabilité et de progrès partagé.

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