Design thinking : pourquoi la RSE doit changer de méthode ?

Dans beaucoup d’entreprises, la RSE reste un service, un rapport ou un label. Une action-recherche menée dans un groupe minier marocain montre pourtant qu’elle peut devenir un levier stratégique lorsque l’innovation se fait plus humaine, plus transversale et plus ouverte au terrain.

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Tribune

Hanane El Amraoui

Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School

Temps de lecture : Publié le 04/05/2026 à 12:46
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Le débat sur la RSE est souvent mal posé. On parle de conformité, de communication, parfois de philanthropie. On oublie l’essentiel : si l’entreprise doit répondre de ses effets sur la société, alors la RSE dépend d’abord de la manière dont elle décide, collabore et apprend.

Repenser la RSE à travers les pratiques d’innovation

Avant le virage étudié par les auteurs, l’innovation du groupe observé restait surtout incrémentale : on améliorait l’existant, on optimisait l’opérationnel, on gagnait en efficacité. C’était utile, mais insuffisant. Car une entreprise peut devenir plus performante sans devenir plus responsable. Quand l’innovation reste enfermée dans les silos techniques, la RSE reste, elle aussi, à la périphérie.

C’est précisément ce que change le design thinking. Non, ce n’est pas un atelier de Post-it pour consultants pressés. C’est une discipline de management qui oblige à partir des besoins réels, à croiser les métiers, à tester vite et à corriger tôt. En langage simple : on remplace la logique du dossier parfait par celle de la solution utile. Et c’est à ce moment-là que la RSE cesse d’être un supplément d’âme pour entrer dans la fabrique même de la décision.

Le rôle central du facteur humain dans l’engagement RSE

L’un des apports les plus forts du cas étudié tient à un point trop souvent sous-estimé : la RSE commence à l’intérieur. Dans cette recherche, la diversité des profils, la motivation des équipes et la reconnaissance des compétences ne sont pas des thèmes décoratifs de ressources humaines. Ce sont les premiers moteurs du changement. Les auteurs montrent même que les dimensions les plus touchées sont les conditions de travail et les valeurs de l’entreprise.

Cette idée mérite d’être martelée dans le contexte marocain. Une politique RSE crédible ne commence pas par une brochure glacée. Elle commence le jour où l’entreprise accepte de regarder ses salariés autrement que comme des exécutants. Le design thinking agit ici comme une table commune : il remet autour du même problème des métiers qui s’ignoraient, rend visibles des compétences qui restaient dispersées et redonne du sens à ce que chacun sait faire.

L’ouverture organisationnelle comme condition d’une RSE effective

Le second basculement est tout aussi décisif : une innovation responsable ne se fabrique pas entre quatre murs. Le papier montre qu’en ouvrant les frontières de l’organisation à d’autres acteurs, notamment aux communautés locales et aux autorités de terrain, le groupe étudié a déplacé sa RSE d’une logique de conformité vers une logique de co-construction. L’exemple de la valorisation des déchets miniers est révélateur : le sujet n’est plus seulement de mieux gérer un passif industriel, mais d’en faire un terrain d’innovation utile sur les plans environnemental et social.

C’est ici que beaucoup d’entreprises se trompent encore. Elles confondent proximité avec communication, et engagement avec annonce. Or la RSE devient visible lorsque les partenaires extérieurs cessent d’être de simples destinataires du discours corporate pour devenir des participants à la solution. À partir de ce moment-là, la relation au territoire, à l’environnement et aux parties prenantes cesse d’être périphérique. Elle devient stratégique.

L’équilibre entre innovation incrémentale et innovation radicale

Le troisième enseignement est probablement le plus utile pour les dirigeants. Une entreprise mature ne peut pas vivre uniquement de rupture. Mais elle finit aussi par s’épuiser si elle ne fait qu’améliorer l’existant. Les auteurs montrent que le design thinking aide justement à tenir ensemble deux exigences qu’on oppose trop facilement : l’exploitation, c’est-à-dire l’amélioration continue, et l’exploration, c’est-à-dire la recherche de solutions nouvelles, parfois radicales.

Cette coexistence est décisive. Une entreprise qui n’explore pas finit par répéter. Une entreprise qui n’exploite plus finit par se disperser. Dans le cas étudié, cette tension a produit des prototypes, de nouveaux modèles et plusieurs brevets. Mais le vrai résultat n’est pas seulement technique. Il est culturel : l’innovation n’est plus pensée comme une faveur accordée à quelques experts, mais comme une capacité collective à résoudre mieux, plus vite et plus justement des problèmes concrets.

Ce que les dirigeants devraient retenir

Les enseignements de cette recherche doivent être interprétés avec prudence. Il s’agit d’une étude qualitative, menée dans un contexte spécifique. Toutefois, elle met en évidence un point essentiel : la transformation des pratiques d’innovation peut renforcer en profondeur l’engagement RSE.

Ainsi, la question n’est plus uniquement de formaliser une stratégie RSE, mais de transformer les modes de fonctionnement internes. Tant que les organisations ne repensent pas leurs pratiques, la RSE reste déclarative. En revanche, lorsque les méthodes évoluent, elle devient un véritable levier d’action et de création de valeur.

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