Stratégie de gestion des feux de forêt : anticiper, coordonner et reconstruire
d'Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger et Abderrahim Houmy, directeur général de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), le 4 avril 2026, Rabat © LeBrief
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Longtemps perçu comme un risque saisonnier circonscrit à certaines régions, le feu de forêt est aujourd’hui appréhendé comme une menace multidimensionnelle, touchant à la fois l’environnement, la sécurité civile, l’économie rurale et la résilience territoriale. Dans ce contexte, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a engagé une profonde refonte de l’approche marocaine de gestion du risque incendie, articulée autour d’une logique intégrée de prévention, prédiction, intervention et réhabilitation.
Le domaine forestier marocain couvre près de 9 millions d’hectares, dont 5,8 millions d’hectares boisés, constituant un rempart essentiel contre l’érosion, la désertification et la perte de biodiversité. Mais cette richesse naturelle subit une pression importante. L’ANEF relève que le prélèvement de bois de feu dépasse plus de trois fois les potentialités naturelles, tandis que la pression pastorale excède quatre fois la capacité de charge des écosystèmes forestiers. À cela s’ajoute le fait que 93% du territoire national est sensible à la désertification, ce qui rend la régénération des espaces dégradés plus complexe. Les incendies accentuent ainsi une vulnérabilité déjà installée.
Les statistiques recueillies par l’ANEF montrent que si la superficie annuelle touchée par les feux reste relativement stable sur le long terme, le nombre d’incendies augmente, traduisant une multiplication des départs de feu. Sur la dernière décennie, le Maroc a enregistré en moyenne 445 incendies par an, affectant environ 4.860 hectares. La superficie moyenne brûlée par incendie, limitée à 10,8 hectares, montre toutefois une meilleure capacité de maîtrise rapide des foyers grâce aux dispositifs de surveillance et d’intervention. Les essences les plus exposées demeurent le pin d’Alep, le thuya, le chêne-liège et le chêne vert, représentant 60% des espèces arborées touchées.
La saison estivale concentre l’essentiel du risque. Selon l’ANEF, 90% des incendies sont enregistrés entre juin et octobre, tandis que 45% des départs de feu et 82% des superficies brûlées se concentrent sur les seuls mois de juillet et août. Cette forte saisonnalité impose une mobilisation opérationnelle maximale pendant quelques semaines décisives chaque année.
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Le nouveau plan directeur 2023-2033 : une gouvernance intégrée
Pour répondre à cette évolution, le Maroc a lancé le nouveau Plan directeur de gestion intégrée des incendies de forêts 2023-2033, piloté par l’ANEF en coordination avec plusieurs institutions stratégiques : ministère de l’Intérieur, Protection civile, Gendarmerie royale, Forces armées royales, Forces royales air, Forces auxiliaires, ainsi que d’autres départements ministériels concernés. Cette approche élargie traduit une nouvelle doctrine : la lutte contre les feux de forêt relève désormais d’une gouvernance interinstitutionnelle, mobilisant des moyens humains, logistiques et technologiques à l’échelle nationale.
L’intelligence artificielle au cœur de la prévention
L’une des avancées majeures de cette stratégie concerne la prévision des incendies par l’intelligence artificielle. Depuis 2021, l’ANEF a mis en place un modèle marocain de prévision basé sur l’IA et l’xAI, une première à l’échelle méditerranéenne, avec un taux de précision estimé entre 72% et 75%. Ce système croise données climatiques, relevés de terrain, historiques d’incendies et imagerie spatiale afin d’identifier les zones les plus vulnérables et anticiper les départs de feu avant qu’ils ne se produisent.
Cette capacité prédictive repose sur l’exploitation d’un vaste arsenal technologique : satellites Sentinel, MODIS, VIIRS, Landsat, SPOT, nano-satellites, drones, cloud computing et bases de données multisources. Le Maroc s’inscrit ainsi dans une logique de gestion intelligente du risque, fondée sur l’analyse en temps réel et la modélisation prospective.
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Une surveillance renforcée et des moyens d’intervention modernisés
L’ANEF a également renforcé ses capacités de détection et de suivi des incendies actifs grâce à l’imagerie satellitaire haute résolution. Cette technologie permet de localiser rapidement les foyers, de suivre la propagation des flammes et même de détecter les points chauds résiduels susceptibles de relancer un incendie après extinction apparente.
L’exemple du feu de Tanger, en mai 2025, illustre cette évolution : grâce aux images Planet Skysat, la salle opérationnelle a pu recevoir des données exploitables en moins de deux heures, accélérant la prise de décision et la coordination des interventions sur le terrain.
En parallèle, les moyens opérationnels ont été consolidés avec l’acquisition de 134 véhicules de première intervention et le renforcement progressif de la flotte aérienne nationale, qui comptera huit Canadair CL-415 d’ici fin 2026. Ce dispositif améliore considérablement la capacité d’intervention rapide, notamment dans les zones forestières difficiles d’accès.
La stratégie marocaine intègre enfin une dimension souvent négligée : la réhabilitation post-incendie. Au-delà de l’urgence opérationnelle, l’ANEF considère la restauration écologique comme un maillon central du cycle de gestion des feux. L’expérience menée sur le site d’Izarene, à Zoumi, en constitue un exemple probant : après huit années d’efforts continus, la zone incendiée a atteint un taux de régénération de 100%. Cette réussite démontre qu’une reconstruction écologique structurée peut restaurer durablement les fonctions environnementales des espaces touchés.
En articulant prévention, prévision, intervention et reconstruction, l’ANEF fait émerger un modèle intégré de résilience forestière, fondé sur la science, la coordination institutionnelle et l’innovation technologique. À l’heure où le changement climatique transforme les incendies en risque structurel, cette stratégie apparaît comme un levier essentiel pour protéger durablement les forêts marocaines, les populations riveraines et les équilibres écologiques du Royaume.
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