SIAM : des retrouvailles en temps d’insécurité alimentaire 

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SIAM : ce qu’il faut retenir de la stratégie Generation GreenLa 15e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) à Meknès © LeBrief

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Le Salon international de l’agriculture du Maroc (SIAM), qui s’est ouvert mardi 2 mai, est considéré comme un rendez-vous incontournable du secteur agricole. Il s’agit d’une plateforme capitale pour les professionnels du secteur, idéal pour les exposants et divertissant pour les visiteurs. Après trois ans d’absence, rien d’étonnant, donc, à ce que l’événement attire des centaines de milliers de curieux venus de tous les coins du monde pour se rencontrer, échanger et découvrir les dernières innovations.

Le monde agricole, pour qui le salon représente un lieu d’échanges et de découverte unique, se retrouve après trois ans d’absence. La 15e édition du SIAM se poursuit aujourd’hui, mettant le monde agricole et ses angoisses climatiques et économiques sur le devant de la scène.  Conférence et débats sont ainsi au rendez-vous.

Lire aussi : SIAM 2023 : de retour pour la 15ᵉ édition !

Génération Green : un bilan encourageant, selon Sadiki

C’est une conférence de haut niveau qui s’est tenue mercredi en marge de la 15ᵉ édition du SIAM. Des décideurs, des experts nationaux et internationaux, des scientifiques et des professionnels du secteur étaient tous réunis dans la salle plénière où le débat s’est focalisé sur la question de la souveraineté alimentaire.

C’était l’occasion pour le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, Mohamed Sadiki, de présenter les réalisations de la stratégie «Génération Green» jusqu’à fin 2022 et les perspectives pour 2030.

Le bilan s’avère, selon lui, encourageant malgré la conjoncture difficile de « poly-crise ». Il a d’ailleurs affirmé que plusieurs mesures ont été entreprises depuis le lancement de la stratégie, notamment en matière d’accompagnement aux agriculteurs qui ont amélioré leur productivité et par conséquent leurs revenus.

Le ministre a également indiqué qu’une extension progressive de l’assurance agricole est entamée pour passer d’un million d’hectares par an actuellement, à 2,5 millions d’hectares couverts par an en 2030. Cela promet une augmentation moyenne d’environ 150.000 hectares.

Et pour assurer le bien-être de la population rurale et des travailleurs agricoles, Sadiki a souligné que l’exécutif a mis en place un cadre juridique relatif à la couverture maladie et au système de retraite spécifique aux agriculteurs. En chiffres, il a révélé que jusqu’au 24 mars dernier, le nombre total des agriculteurs identifiés dans le cadre de cette démarche est de 1,39 million de personnes. Parmi eux, 1,231 millions de personnes immatriculées dans le régime des TNS, 139.000 immatriculés dans les autres régimes autres que TNS et 20.000 en cours d’immatriculation à la CNSS.

La stratégie vise aussi à créer une nouvelle génération de jeunes agriculteurs. Pour cela, le département de Mohamed Sadiki travaille sur un chantier de valorisation d’un million d’hectares de terres collectives, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur. L’objectif est la réalisation de projets d’investissement agricole au profit d’investisseurs, des ayants droits et des jeunes. Ainsi, cela permettra la mise en place d’une offre intégrée qui s’articule autour du soutien financier et l’accompagnement technique des porteurs de projets agricoles. Il s’agit notamment de jeunes qui pourront profiter d’accompagnements financiers dans le cadre du programme « Intelaka » et des prêts garantis par l’État.

À cela s’ajoute la mise en place de nouveaux mécanismes d’accompagnement à travers le lancement de projets d’agriculture solidaire de nouvelle génération sur près de 350.000 à 400.000 Ha dans les zones vulnérables (zones de montagnes, oasis et zones arides). Mais aussi l’application du renforcement du conseil agricole, l’introduction des nouvelles technologies et de la digitalisation des services agricoles au profit de près de 2 millions d’agriculteurs.

Lire aussi : SIAM : grand retour du carrefour des agriculteurs

Irrigation localisée : 44% de l’objectif de 2030 atteint

La stratégie « Génération Green » vise aussi à une amélioration de la valeur ajoutée agricole. Elle ambitionne de doubler le PIB agricole pour qu’il atteigne 200 à 250 milliards de DH (MMDH) à l’horizon 2030 et la hausse des exportations du secteur à 60 MMDH par an.  Et pour atteindre ces objectifs, l’accent est mis sur le développement et la consolidation des filières agricoles par une intervention plus ciblée sur l’amont agricole et une réallocation des efforts sur l’aval.

Par ailleurs, le développement d’une agriculture résiliente et durable aux changements climatiques est un autre levier de la stratégie Génération Green. Cela passe par le dédoublement de l’efficacité hydrique et la promotion des techniques de conservation des sols.

Dans sa présentation, le ministre a fait savoir que 44% de l’objectif de la stratégie en matière d’irrigation localisée a été atteint en 2022. Il a indiqué que les travaux se poursuivent sur trois projets du programme d’extension d’irrigation à l’aval des barrages. En détail, 38.100 ha ont été réalisés avec un objectif de 72.450 ha à l’horizon 2030. Selon lui, il est aussi prévu de réhabiliter et de moderniser 54.000 ha de périmètre de PMH (petite et moyenne hydraulique) pour un objectif total de 200.000 ha. Et à Mohamed Sadiki d’ajouter l’achèvement des projets partenariats public-privé (PPP) en cours à Azemmour (irrigation), à Chtouka et à Dakhla (dessalement de l’eau de mer).

Forte affluence

Le SIAM renoue avec son affluence habituelle. Visiblement, cette 15ᵉ édition s’avère attractive et populaire. Depuis mardi, quand le chef du gouvernement a ouvert le bal, les visites n’ont pas arrêté. Entre 900.000 et un million de visiteurs sont d’ailleurs attendus pour faire le tour de tous les pôles. En parallèle, les exposants marocains et internationaux, ainsi que les éleveurs sont venus rencontrer le public dans une ambiance populaire, familiale et festive.

L’expertise britannique à l’honneur

Invité d’honneur de cette édition, le Royaume-Uni prend part à cette 15e édition avec une présence remarquable d’une importante délégation de professionnels britanniques du secteur agricole. Dans leur pavillon, ils y exposent leur savoir-faire et leurs produits de qualité, mettant notamment en avant les différentes solutions que fournit l’écosystème britannique, surtout en matière d’irrigation et de traitement des déchets et de l’eau.

Au premier jour du Salon, un mémorandum d’entente (MoU) pour la coopération dans le secteur de l’agriculture et du développement rural a été signé entre le Maroc et le Royaume-Uni. Les deux parties ont affirmé leur volonté commune de coopérer autour de la recherche scientifique, la résilience au changement climatique, le renforcement des capacités et l’innovation agricole.

Lancement des premières Alliances productives

Quatre conventions cadre de partenariat ont été signés mercredi. Elles portent sur la mise en place d’un projet d’alliances productives entre le ministère, représenté par l’Agence pour le développement agricole (ADA) et quatre partenaires commerciaux. Il s’agit de «Marjane Holding», la société «Nectarome Marrakech», la société «VerdeOrto» et la société «VMM».

Ces conventions visent à introduire une nouvelle génération d’organisations agricoles, à travers l’enrichissement des modèles d’organisation des agriculteurs, couvrant à la fois les volets économiques et sociaux. L’objectif étant de démultiplier les moyens permettant l’atteinte des objectifs fixés, notamment en matière de regroupement des petits producteurs pour un meilleur accès au marché.

Un projet pilote d’alliances productives a été déjà lancé par l’ADA en coordination avec la direction de développement des filières de production du département de l’agriculture et les directions régionales de l’agriculture concernées par ledit projet, dans le cadre du programme de renforcement des chaînes de valeur agroalimentaire financé par la Banque mondiale.

Il concerne 10 alliances productives entreprises par 16 coopératives, regroupant 728 producteurs, dont 296 femmes œuvrant dans différentes filières. Leurs domaines de travail portent sur le maraîchage, l’arboriculture (pommier et noyer), les cultures biologiques, les légumineuses, le cumin, l’argan, le miel et le lait (fromage).

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