Séisme d’Al Haouz : deux ans et demi après, la reconstruction peine à décoller
Un enfant joue près des tentes de secours dans le village d'Asni, près de Moulay Brahim, dans la province d'Al-Haouz © AFP
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Ce deuxième rapport de l’Observatoire du programme de reconstruction post-séisme d’Al Haouz, couvrant la période octobre 2024-décembre 2025, s’appuie sur une méthodologie mixte combinant analyses documentaires, enquêtes qualitatives et quantitatives, et travail de terrain auprès de 454 ménages dans les douars les plus touchés.
Il décrit un décalage important entre l’ambition proclamée du Programme intégré de reconstruction (annoncé autour de 120 milliards de dirhams pour 2024-2029) et la réalité observée sur le terrain.
Les chiffres rappelés en toile de fond restent lourds : près de 3.000 morts et des dizaines de milliers de bâtiments endommagés ou détruits lors du séisme initial, selon les bilans publics. Ces pertes humaines et matérielles pèsent toujours sur le tissu social et économique des provinces les plus affectées.
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Aides mal calibrées et relogements interminables
La distribution et le calibrage des aides financières destinées à la reconstruction des logements constituent un point central de contestation. Les estimations initiales du taux d’effondrement total des habitations (autour de 32% dans certaines communications immédiates) ont été révisées à la baisse par la suite (autour de 10%), entraînant une réduction significative du nombre de ménages éligibles à l’aide publique de 140.000 dirhams.
L’enquête de terrain met également en lumière des écarts notables. Certains ménages ont reçu la somme maximale annoncée, tandis que d’autres n’ont perçu que des montants oscillant entre 20.000 et 80.000 dirhams, souvent insuffisants pour financer une reconstruction conforme aux normes.
À ce jour, plusieurs centaines de familles vivent encore dans des solutions temporaires (tentes, conteneurs, constructions sommaires) : le rapport recense 209 ménages non relogés parmi les personnes interrogées, justifiant la prolongation d’une « phase d’urgence » annoncée comme transitoire.
Conséquences sociales et économiques durables
Au-delà du bâti, l’impact du séisme est social et économique. L’enquête révèle que 42% des personnes interrogées se disent sans emploi depuis la catastrophe ; près de la moitié des ménages vivent avec moins de 1.000 dirhams par mois.
Le rapport met également en lumière des transformations familiales profondes. En effet, 16,3% des ménages sont aujourd’hui dirigés par des veuves, signe de la portée humaine et durable de la catastrophe. Des décès supplémentaires ont été signalés en 2025 parmi des personnes vivant dans des habitats précaires, parfois victimes d’incendies ou d’effondrements de structures fragiles.
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Des services publics encore fragiles
Sur le plan des infrastructures sociales, le rapport signale des retards préoccupants. Dans les provinces d’Al Haouz, d’Azilal et de Chichaoua, 220 établissements scolaires n’étaient pas encore opérationnels en septembre 2025 ; 186 faisaient l’objet d’appels d’offres et 34 étaient en phase de mise à niveau, privant des milliers d’élèves d’une rentrée normale pour la troisième année consécutive dans certaines localités.
Le secteur de la santé est tout aussi préoccupant. La province d’Al Haouz ne dispose que d’un hôpital de proximité de 45 lits, sans nombre suffisant de spécialités, d’équipements ou de personnel. L’hôpital d’Aït Ourir, dont les travaux remontent à 2013, n’était toujours pas pleinement opérationnel au moment de l’enquête.
Pour de nombreux habitants des zones montagneuses, l’accès aux soins implique encore de longs déplacements, un critère aggravant pour des populations vieillissantes ou fragilisées.
Une agence attendue, mais sous-dimensionnée
La question du pilotage administratif et institutionnel est au cœur des critiques. L’architecture promise après le séisme, notamment la création de l’Agence de développement du Haut-Atlas (ADHA), a souffert de retards. Le rapport note que l’agence a été mise en place avec environ un an et demi de retard et, au moment de l’enquête, ne disposait que d’une quinzaine de collaborateurs pour superviser la mise en œuvre d’un programme censé couvrir six provinces sinistrées. Ces limites structurelles ont freiné la coordination et la cadence des chantiers.
Sur la transparence budgétaire, les observateurs pointent un manque de lisibilité. Si le fonds de solidarité spécial lancé après le séisme (le Fonds spécial n°126) a mobilisé d’importantes ressources issues de la solidarité nationale, la contribution directe du budget général de l’État demeure estimée comme limitée et certaines dépenses ont été jugées éloignées de l’objet initial du fonds.
Le rapport qualifie donc la gouvernance d’« incomplète » et préconise des mécanismes de contrôle renforcés.
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Pistes d’action selon l’Observatoire
Face à ces constats, le rapport formule plusieurs préconisations concrètes : le renforcement de la participation des populations locales et des acteurs associatifs dans le suivi des projets ; la clarification et la publication, de façon régulière et accessible, des dépenses et de la destination des fonds mobilisés ; l’accélération de la mise en place des organes de pilotage, avec des moyens humains suffisants ; et, enfin, la mise en place d’un contrôle indépendant approfondi, via une commission d’enquête parlementaire et un audit de la Cour des comptes, afin de garantir la reddition des comptes et l’efficacité des actions engagées.
Ces propositions pointent vers une ambition récurrente : transformer un chantier de reconstruction en opportunité pour repenser les politiques de développement rural, l’adaptation aux risques climatiques et la résilience territoriale, plutôt que de se limiter à des réparations ponctuelles.
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