Science Week UM6P: l’agriculture régénérative, une opportunité pour l’Afrique, mais pas sans défis
Ken Giller, professeur retraité de systèmes de production végétale à l'université de Wageningen aux Pays-Bas © LeBrief.ma
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L’agriculture régénérative est devenue un sujet central dans les discussions sur l’avenir de l’agriculture, en particulier en Afrique, où les défis liés à la sécurité alimentaire et à la dégradation des sols sont pressants. Cependant, malgré son potentiel, cette approche soulève des questions complexes et des contradictions qui nécessitent une analyse approfondie.
Le contexte africain : des sols pauvres et une population croissante
Pour Ken Giller, « l’Afrique fait face à des défis uniques en matière d’agriculture« . Contrairement à d’autres régions du monde où les rendements agricoles ont augmenté grâce à des avancées technologiques et à l’utilisation d’engrais, l’Afrique a vu sa production agricole stagner. Alors que sa population, en pleine croissance, devrait augmenter d’un milliard de personnes d’ici 2050, ce qui exige une augmentation de 30% de la production agricole.
Cependant, l’expansion agricole en Afrique s’est faite principalement par l’augmentation des surfaces cultivées, plutôt que par l’amélioration de la productivité. Les sols africains, souvent pauvres en nutriments, sont un frein majeur à l’augmentation des rendements, explique la même source.
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Pour cela, l’agriculture régénérative se présente comme une solution qui vise à restaurer la santé des sols et à augmenter la biodiversité. Cette approche, qui a gagné en popularité depuis 2016-2017, est soutenue par de grandes entreprises multinationales, des ONG et des fondations telles que l’IKEA Foundation et la Rockefeller Foundation. Des entreprises comme Nestlé, PepsiCo et General Mills se sont engagées à investir des milliards de dollars dans des pratiques agricoles régénératives, cite le Pr. Giller.
Cependant, la définition de l’agriculture régénérative reste floue. Elle englobe des pratiques telles que le travail minimal du sol, la couverture végétale, la rotation des cultures et la réduction de l’utilisation de pesticides. Ces pratiques, bien que bénéfiques pour la santé des sols, peuvent parfois entrer en contradiction. Par exemple, le travail minimal du sol (zero till) dépend souvent de l’utilisation de pesticides pour contrôler les mauvaises herbes, ce qui pose un dilemme pour les agriculteurs.
Les défis de l’agriculture régénérative en Afrique
En Afrique, où les sols sont souvent pauvres en nutriments, l’agriculture régénérative doit être adaptée aux conditions locales. Les pratiques agroécologiques, qui prônent une réduction de l’utilisation d’engrais minéraux, ne sont pas toujours adaptés aux réalités africaines, explique Ken Giller. En effet, les sols africains ont besoin de nutriments supplémentaires pour atteindre des rendements suffisants. Les légumineuses fixatrices d’azote, bien que bénéfiques, ne peuvent pas à elles seules combler les besoins en azote des cultures. L’utilisation d’engrais minéraux, lorsqu’elle est bien gérée, peut donc jouer un rôle crucial dans l’augmentation de la productivité agricole en Afrique.
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Cependant, l’adoption de l’agriculture régénérative en Afrique est également confrontée à des défis structurels. Les subventions agricoles, qui ont été supprimées dans les années 1980 en raison des ajustements structurels, ont entraîné une baisse de l’utilisation d’engrais et une stagnation des rendements. Pour que l’agriculture régénérative réussisse, il est essentiel de réinvestir dans les infrastructures agricoles et de fournir aux agriculteurs les ressources nécessaires pour adopter ces pratiques.
Les risques de greenwashing et de populisme
L’agriculture régénérative n’est pas à l’abri des critiques. Certains craignent que cette approche ne soit utilisée comme un outil de greenwashing par les grandes entreprises, qui cherchent à améliorer leur image sans apporter de réels changements, déplore Ken Giller. Par exemple, certaines entreprises font des promesses ambitieuses en matière de séquestration du carbone, mais les données scientifiques montrent que ces promesses sont souvent exagérées. La séquestration du carbone dans les sols, bien que bénéfique, ne peut pas à elle seule résoudre le problème du changement climatique.
De plus, l’agriculture régénérative est parfois présentée comme une solution miracle, ce qui peut conduire à des attentes irréalistes. Pr. Giller cite, à ce titre que certaines entreprises promettent des augmentations de rendement de 150% tout en réduisant les intrants chimiques de 100%, ce qui est scientifiquement improbable. Ces affirmations, souvent non étayées par des preuves solides, peuvent nuire à la crédibilité de l’agriculture régénérative.
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Le rôle des scientifiques et des éducateurs
Face à ces défis, les scientifiques et les éducateurs ont un rôle crucial à jouer. Il est essentiel de communiquer clairement les avantages et les limites de l’agriculture régénérative, tout en évitant les discours dogmatiques. Les scientifiques doivent s’engager dans des recherches rigoureuses pour évaluer l’efficacité des pratiques régénératives et fournir des recommandations basées sur des preuves.
En outre, il est important de promouvoir une approche interdisciplinaire pour résoudre les problèmes complexes de l’agriculture. Les défis liés à la sécurité alimentaire, à la dégradation des sols et au changement climatique ne peuvent pas être résolus par une seule discipline. Les scientifiques doivent collaborer avec les agriculteurs, les décideurs politiques et les entreprises pour développer des solutions durables.
L’agriculture régénérative représente une opportunité importante pour l’Afrique, mais elle n’est pas une solution miracle. Pour réussir, elle doit être adaptée aux conditions locales et soutenue par des politiques et des investissements appropriés. Les scientifiques et les éducateurs ont un rôle crucial à jouer pour garantir que cette approche soit basée sur des preuves solides et qu’elle ne soit pas détournée par des intérêts commerciaux ou des discours populistes.
En fin de compte, l’agriculture régénérative doit être considérée comme une partie d’une solution plus large, qui inclut l’amélioration de la fertilité des sols, l’augmentation des rendements et la réduction de l’impact environnemental de l’agriculture.
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