Sahara : jeu, set et match ?
Nasser Bourita s'est entretenu, le 16 avril 2026 à Rabat, avec la haute représentante de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas © Maroc Diplomatie
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La visite à Rabat de Kaja Kallas marque un moment charnière dans la posture européenne sur la question du Sahara. Pour Driss Aissaoui, il ne s’agit pas d’une simple déclaration diplomatique, mais d’un véritable repositionnement stratégique.
« Cette visite marque une étape décisive où l’Union européenne entérine un tournant diplomatique majeur en faveur du plan d’autonomie marocain », affirme-t-il. La responsable européenne a en effet qualifié l’initiative marocaine de « solution parmi les plus réalisables », consolidant une évolution déjà amorcée ces dernières années.
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Ce changement ne relève pas d’une position isolée. « Ce repositionnement n’est pas seulement une déclaration, mais une position commune adoptée par les 27 États membres », souligne Aissaoui, rappelant que cette orientation a été formalisée en amont dans le cadre du Conseil d’association Maroc-UE.
Au-delà des mots, c’est une doctrine qui semble se dessiner. « L’UE aligne désormais sa position sur les résolutions du Conseil de sécurité, notamment en appelant à des négociations basées sur le plan d’autonomie », explique-t-il. Une évolution qui rompt avec une forme de neutralité procédurale longtemps privilégiée par Bruxelles.
Autre signal fort : l’intégration explicite des provinces du Sud dans le partenariat stratégique entre le Maroc et l’Union européenne. « Cela confirme la volonté de Bruxelles de consolider ses relations avec Rabat dans tous les domaines, y compris économique et sécuritaire », insiste Aissaoui.
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Le recul de la pseudo « RASD » en Afrique
En parallèle de cette inflexion européenne, le continent africain connaît lui aussi des mutations significatives. Le cas du Mali illustre, selon Aissaoui, une dynamique plus profonde.
« Le repositionnement récent de pays comme le Mali confirme un recul significatif et durable de la pseudo « RASD » sur la scène internationale », affirme-t-il. Le retrait par Bamako de sa reconnaissance de la pseudo « RASD », constitue à ses yeux « un tournant historique ».
Ce changement n’est pas anodin. « Le Mali considère désormais le plan d’autonomie comme la seule base sérieuse et crédible pour une solution politique », précise le politologue, évoquant une décision issue d’une « analyse approfondie des enjeux de paix et de sécurité dans le Sahel ».
Au-delà du cas malien, c’est toute une dynamique régionale qui semble à l’œuvre. « Les membres de l’Alliance des États du Sahel semblent désormais parler d’une seule voix sur la question du Sahara », observe Aissaoui, pointant un rapprochement stratégique croissant avec le Maroc.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large. « Plus de 50 pays à travers le monde ont déjà retiré leur reconnaissance de la pseudo RASD », rappelle-t-il. En Afrique comme ailleurs, les soutiens s’érodent progressivement.
Même sur des terrains historiquement favorables, les lignes bougent. « Des pays d’Amérique latine commencent eux aussi à revoir leurs positions, ce qui contribue à un isolement croissant de la pseudo RASD », note Aissaoui.
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Une recomposition diplomatique profonde
Pour l’analyste, ces évolutions ne sont pas isolées, mais traduisent une recomposition globale des équilibres internationaux en faveur du Maroc.
« On assiste actuellement à une recomposition profonde et accélérée des équilibres diplomatiques », affirme-t-il. Ce basculement se manifeste notamment au niveau des grandes puissances et des instances internationales.
Au Conseil de sécurité de l’ONU, la résolution 2797 adoptée en 2025 constitue, selon lui, un jalon important. « Elle consacre le plan d’autonomie comme base pour une solution politique réaliste, écartant de fait certaines options qui dominaient auparavant le débat », explique Aissaoui.
Parallèlement, les soutiens occidentaux se consolident. Après les États-Unis et l’Espagne, la France a elle aussi opéré un virage significatif. « Le soutien au plan d’autonomie est devenu la norme pour les partenaires stratégiques du Royaume », estime-t-il.
Cette dynamique se double d’une offensive diplomatique marocaine sur le continent africain. « Le Maroc redessine les équilibres grâce à une diplomatie d’influence active », souligne Aissaoui, évoquant notamment l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla par plusieurs pays africains.
Pour le politologue, cette convergence d’intérêts traduit une évolution plus large des priorités internationales. « Le pragmatisme géopolitique et économique semble désormais l’emporter sur les anciennes postures idéologiques », analyse-t-il.
Vers un tournant irréversible ?
Reste une question centrale : cette dynamique constitue-t-elle un tournant définitif ou une phase encore en consolidation ?
Sur ce point, Aissaoui nuance. « La question divise les experts », reconnaît-il, estimant toutefois que le monde entre dans une phase de transformation profonde.
Certains éléments plaident pour une rupture. « Nous avons quitté l’ère de l’après-guerre froide pour entrer dans un paradigme différent, marqué par le retour des logiques de souveraineté et de puissance », explique-t-il.
Mais d’autres facteurs invitent à la prudence. « La dynamique actuelle est davantage une reconfiguration qu’une rupture totale », précise-t-il.
Au final, le politologue privilégie une lecture intermédiaire. « Nous sommes dans une phase de basculement systémique », conclut-il.
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