Réforme du système de santé : cinq ans après, le défi de l’accès réel aux soins
Professionel de la santé (illustration) © Depositphotos
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Selon le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, la réforme s’est accompagnée d’un effort budgétaire conséquent. Le budget consacré à la santé est ainsi passé de 19,7 milliards de dirhams en 2021 à 42,4 milliards prévus en 2026, soit plus du double en cinq ans. Cette progression s’est accompagnée de réformes institutionnelles, de l’élargissement de la couverture par l’AMO, ainsi que de la construction et de la réhabilitation d’établissements de santé.
La généralisation de l’AMO constitue une évolution majeure. En 2025, quelque 32 millions de personnes étaient immatriculées, représentant 88% de la population. Toutefois, le document distingue l’immatriculation de l’accès effectif aux soins. Sur les 32 millions d’immatriculés, 25,6 millions étaient considérés comme bénéficiaires effectifs, soit environ 71% de la population. Le Dr. Hamdi estime ainsi que 8,54 millions de personnes restent exclues de l’accès réel aux soins.
Pour le médecin et chercheur, la couverture administrative ne garantit pas à elle seule une protection financière suffisante. Le reste à charge demeure élevé et constitue un facteur important de renoncement aux soins. Le document indique que les ménages supportent encore plus de la moitié des dépenses totales de santé, avec plus de 52% des dépenses restant à leur charge. Le paiement direct au moment de la maladie représente à lui seul 38% des dépenses, tandis que les cotisations et participations comptent pour 14%.
Cette situation se traduit par un renoncement aux soins pour des raisons économiques. Selon les chiffres présentés par le Dr. Hamdi, 41,5% des Marocains renoncent encore à des soins pour des raisons financières. Cette proportion atteint 36% parmi les personnes assurées et 60% chez les non-assurés. Le document souligne également que les tarifs nationaux de référence n’ont pas été révisés depuis 2006, tandis que les remboursements peuvent ne représenter qu’environ un tiers du coût réel des soins.
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L’hôpital public au cœur de la réforme
Le renforcement de l’hôpital public constitue une autre priorité identifiée par le Dr. Tayeb Hamdi. Le document relève que 91% des remboursements de l’AMO sont captés par le secteur privé, contre 9% pour le secteur public. À la CNOPS, le coût moyen par dossier de maladie est présenté comme étant 5,6 fois plus élevé dans le privé que dans le public.
Pour le chercheur, l’hôpital public conserve un rôle central en matière d’accès aux soins, de prise en charge des cas graves et complexes, de continuité territoriale et de formation des professionnels. Il préconise notamment la modernisation des infrastructures et des équipements, l’amélioration des conditions de travail, le renforcement de la gouvernance et de la transparence ainsi que la restauration de la confiance des usagers.
Le document met également l’accent sur la prévention et la médecine de premier recours. Le Dr. Hamdi estime que le système reste davantage orienté vers la prise en charge de maladies déjà avancées que vers leur prévention et leur suivi précoce.
Il cite notamment le cas du diabète et de l’hypertension : alors que le système prend en charge des complications lourdes comme la dialyse, il faudrait faciliter davantage le suivi précoce, l’accès aux médicaments, les examens, le dépistage et l’éducation thérapeutique. Le même constat est formulé pour les accidents vasculaires cérébraux et les maladies vasculaires.
Dans cette logique, le chercheur propose de généraliser progressivement le tiers payant ambulatoire, notamment pour les bénéficiaires d’AMO-Tadamon, les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées et les salariés à revenus modestes. Il propose également un forfait national de prévention sans avance de frais, couvrant notamment certains dépistages, le suivi des maladies chroniques, la vaccination et la santé maternelle et infantile.
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Une pénurie de professionnels à résorber
Les ressources humaines constituent, selon le Dr. Hamdi, l’un des principaux points de fragilité du système. Le document estime à environ 30.000 le nombre de médecins manquants et à plus de 60.000 celui des autres professionnels de santé.
À cette pénurie s’ajoute un déséquilibre territorial marqué : 75% des professionnels de santé seraient concentrés dans seulement trois régions sur douze, laissant les neuf autres avec 25% des effectifs. Le document évoque également un exode médical structurel et indique que des médecins quittent quotidiennement le Maroc.
Le renforcement de la formation, l’adaptation des effectifs aux besoins, la modernisation des cursus, le développement de la recherche et de la formation continue ainsi que l’amélioration de l’attractivité du secteur public figurent parmi les pistes avancées.
Pour le Dr. Tayeb Hamdi, la réussite de la réforme dépend enfin de la qualité de sa gouvernance. Les nouvelles structures mises en place, notamment la Haute Autorité de santé, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, l’Agence marocaine du sang et les groupements sanitaires territoriaux, doivent selon lui s’accompagner d’une gouvernance fondée sur la transparence, l’évaluation et la responsabilité.
Le chercheur préconise des procédures de sélection transparentes, des critères publics de compétence, des mandats assortis d’objectifs mesurables, des contrats de performance, des évaluations indépendantes et une obligation de rendre compte.
Au terme de son analyse, le Dr. Tayeb Hamdi place ainsi l’accès effectif aux soins au centre de la prochaine étape de la réforme. Révision des tarifs de référence, réduction du reste à charge, prévention sans avance de frais, renforcement des ressources humaines, attractivité du secteur public et objectifs chiffrés de protection financière constituent, selon lui, les principaux leviers pour transformer les acquis institutionnels en résultats concrets pour les citoyens.
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