PJD : comment expliquer le retour de 13 à 54 sièges ?

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PJD : comment expliquer le retour de 13 à 54 sièges ?Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) lors des législatives du 23 septembre 2026 © Ayoub Jouadi / LeBrief

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De 13 à 54 sièges en cinq ans, le PJD signe un retour spectaculaire à la Chambre des représentants. Pour le politologue Driss Aissaoui, cette remontée s’explique par le vote sanction contre la majorité sortante, la remobilisation de sa base traditionnelle et son retour dans plusieurs grands centres urbains.

Le Parti de la justice et du développement (PJD) a signé l’une des principales remontées des élections législatives du 23 septembre 2026. Avec 54 sièges, contre 13 en 2021, la formation dirigée par Abdelilah Benkirane retrouve une place importante à la Chambre des représentants et devient la quatrième force politique du Parlement.

Pour le politologue Driss Aissaoui, ce retour s’explique par plusieurs facteurs, à commencer par le recul de la majorité sortante et le recentrage du discours du PJD sur les préoccupations socio-économiques des Marocains.

« Le retour spectaculaire du PJD, qui passe de 13 sièges en 2021 à 54 sièges en 2026, s’explique principalement par le recul de la majorité sortante et une campagne axée sur les préoccupations socio-économiques immédiates des Marocains », analyse-t-il.

Lire aussi : Législatives 2026 : après les résultats, quelles étapes institutionnelles ?

Le recul de la majorité a ouvert un espace politique

Le résultat du PJD intervient dans un contexte de recomposition du paysage parlementaire. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui avait remporté 102 sièges en 2021, est tombé à 66 sièges en 2026. Dans le même temps, le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) s’est installé en tête avec 97 sièges, devant le RNI et l’Istiqlal.

Pour Aissaoui, le recul du bloc gouvernemental sortant a créé un espace que le PJD a réussi à occuper.

« La coalition gouvernementale sortante a subi un désaveu notable dans les urnes », estime le politologue. Selon lui, « cette perte de vitesse du bloc de tête a laissé un espace politique important à l’opposition ».

Le parti a notamment mis l’accent sur le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et les politiques sociales. Des thèmes qui lui ont permis, selon Aissaoui, de renouer avec certaines préoccupations de son électorat.

« Le PJD a su capitaliser sur le mécontentement populaire lié à la gestion économique récente, notamment face aux enjeux de pouvoir d’achat, d’inflation et d’emploi », explique-t-il.

Le parti a également retrouvé une implantation dans plusieurs grands centres urbains. Aissaoui cite notamment Casablanca-Settat, où le PJD a obtenu 13 sièges.

Entre vote sanction et retour de la base traditionnelle

La remontée du PJD pose toutefois une question centrale : traduit-elle une adhésion renouvelée à son offre politique ou constitue-t-elle principalement un vote de sanction contre les formations au pouvoir ?

Pour Driss Aissaoui, les deux phénomènes sont à prendre en compte.

« La forte remontée du Parti de la justice et du développement combine à la fois un vote de sanction envers la majorité sortante et une remobilisation de sa base traditionnelle », explique-t-il.

Le politologue estime ainsi qu’une partie des électeurs ayant sanctionné les formations de la coalition gouvernementale a pu se tourner vers le PJD. Il souligne parallèlement la capacité du parti à reconstruire son ancrage électoral après son effondrement de 2021.

« Après l’effondrement historique de 2021, le discours d’opposition mené par Abdelilah Benkirane a permis au parti de capitaliser à nouveau sur sa clientèle électorale traditionnelle », affirme Aissaoui.

Cette dynamique s’est notamment manifestée dans plusieurs grands centres urbains, parmi lesquels Tanger-Assilah et Meknès.

Pour autant, le politologue invite à ne pas interpréter les 54 sièges comme une adhésion générale à l’offre politique du PJD. Le scrutin a été marqué par une participation de seulement 38,08%, ce qui signifie qu’une majorité des inscrits ne s’est pas déplacée pour voter.

« Cette forte abstention suggère qu’une large portion de la population a choisi le retrait plutôt que le vote pour l’offre politique du PJD ou des autres partis », souligne-t-il, y voyant « une crise de confiance plus globale envers la représentation politique ».

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Le poids de la participation et du système électoral

La faible participation constitue donc un élément important dans l’analyse du résultat. Pour Aissaoui, les partis disposant d’une base militante structurée peuvent être avantagés dans un contexte de forte abstention.

« Dans un contexte de forte abstention, les partis dotés d’une base militante disciplinée et fidèle, comme celle du PJD, parviennent généralement à mieux s’en sortir », explique le politologue.

Il évoque également le maintien du quotient électoral calculé sur la base des inscrits et non des seuls votants. Selon lui, ce mécanisme continue de favoriser une répartition fragmentée des sièges.

« En rendant l’obtention d’un second siège difficile pour une même liste dans une circonscription, ce mécanisme favorise une plus grande dispersion », estime-t-il.

Cette configuration a contribué, dans son analyse, à limiter la concentration des sièges entre les mains d’une seule formation et à permettre au PJD de retrouver une représentation parlementaire significative.

Un retour qui peut modifier le paysage politique

Avec 54 députés, le PJD change de dimension par rapport à la précédente législature. Pour Aissaoui, ce retour ne se limite pas à une progression numérique : il redonne au parti une capacité d’intervention plus importante au Parlement.

« Le retour spectaculaire du Parti de la justice et du développement lors des élections législatives du 23 septembre 2026 modifie en profondeur et de manière durable la structure du paysage politique marocain », affirme-t-il.

Le politologue considère que le PJD peut désormais redevenir « la structure centrale d’un grand bloc conservateur au Maroc ».

Cette nouvelle configuration pourrait également renforcer les débats parlementaires, notamment sur les questions économiques et sociales. Le PJD devrait ainsi disposer d’une capacité plus importante pour interpeller la future majorité et défendre ses positions sur le pouvoir d’achat, les politiques sociales ou encore certaines réformes sociétales.

« Sa position lui donne le poids institutionnel nécessaire pour bousculer la future majorité gouvernementale », souligne Aissaoui.

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Une implantation territoriale retrouvée

L’autre enseignement du scrutin réside dans le retour du PJD dans plusieurs grands pôles urbains. Casablanca, Rabat, Fès, Tanger et Marrakech figurent parmi les territoires où le parti a réussi à retrouver une présence électorale significative.

Pour Aissaoui, cette implantation territoriale constitue l’un des éléments les plus importants du scrutin.

« L’un des signaux les plus durables de ce scrutin est l’ancrage territorial retrouvé du parti », analyse-t-il.

Cette présence dans plusieurs grands centres économiques et démographiques pourrait permettre au PJD de conserver une visibilité politique importante au cours de la nouvelle législature.

Le parti reste toutefois loin de son sommet historique de 2016, lorsqu’il avait obtenu 125 sièges. Son résultat de 2026 ne constitue donc pas un retour à sa puissance parlementaire d’alors. Il marque plutôt une reconstruction après le choc électoral de 2021.

Pour Driss Aissaoui, le scrutin permet néanmoins de tirer une conclusion claire sur l’avenir immédiat du parti : « Ce scrutin valide sa survie et son statut d’acteur incontournable ».

Le PJD retrouve ainsi une place significative au Parlement, dans une Chambre désormais marquée par une nouvelle répartition des forces. Reste à voir si cette remontée électorale permettra au parti de consolider durablement son implantation et de transformer ses 54 sièges en influence politique au cours de la prochaine législature.

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