Nouveau gouvernement : que révèlent les nouvelles nominations ?
Le roi Mohammed VI a présidé, vendredi 04 Joumada 1er 1448 H correspondant au 16 octobre 2026, au palais royal à Rabat, la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement © Driss Ben Malek
A
A
A
A
Cliquez sur plusieurs partis pour les cumuler et voir le total de leurs sièges.
Résultats définitifs proclamés par le ministère de l’Intérieur. Législatives du 23 septembre 2026.
La formation du nouveau gouvernement intervient dans un contexte où les attentes économiques et sociales occupent une place centrale dans le débat public. Sous la direction de Fatima Ezzahra El Mansouri, cette équipe se distingue notamment par l’élargissement de la coalition, le maintien de plusieurs responsables à des postes stratégiques et la réorganisation de certains portefeuilles ministériels.
La nomination de Fouzi Lekjaa à la tête de l’Économie et des Finances, ainsi que la représentation des femmes au sein de l’exécutif, figurent également parmi les éléments qui retiennent l’attention. Pour comprendre les enjeux de ces choix, Driss Aissaoui revient sur les rapports de force politiques, les priorités économiques et les équilibres qui structurent la nouvelle équipe gouvernementale.
Lire aussi : Le Roi préside la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement
-LeBrief : Quels sont les principaux enseignements politiques de la composition du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri ?
-Driss Aissaoui : La composition du nouveau gouvernement marocain, nommé par le Roi Mohammed VI le 16 octobre 2026 et dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, livre plusieurs enseignements politiques majeurs quant aux équilibres du pouvoir et aux futures orientations économiques et sociales du Royaume.
Notons tout d’abord qu’il s’agit là d’un tournant historique pour le leadership féminin. En effet, l’accession de Fatima Ezzahra El Mansouri à la primature est une première absolue dans l’histoire politique du Maroc. Cela consacre non seulement son poids au sein du Parti authenticité et modernité (PAM), mais marque aussi une volonté d’accélérer l’ancrage des femmes aux plus hautes fonctions de responsabilité.
C’est aussi un signal fort de l’élargissement de la coalition à gauche. Contrairement à la précédente alliance tripartite resserrée, la nouvelle majorité s’élargit de manière significative. Le gouvernement El Mansouri repose sur une alliance regroupant le PAM, l’Istiqlal (PI), l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). L’intégration des forces de gauche (USFP et PPS) signale une volonté de renforcer le consensus politique face aux urgences sociales.
C’est certainement une continuité des portefeuilles régaliens. Le cœur diplomatique et sécuritaire du Royaume reste inchangé, garantissant une stabilité stratégique. Abdelouafi Laftit demeure à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères et Ahmed Toufiq aux Habous.
Nous avons aussi une priorité à l’économie et à la performance publique. L’architecture des ministères économiques a été fortement ajustée pour répondre aux impératifs de croissance. Fouzi Lekjaa prend du galon en devenant ministre de l’Économie, des Finances et de l’Efficacité (ou Performance) publique, devenant la véritable clé de voûte de la gestion budgétaire. De son côté, Ryad Mezzour conserve un périmètre industriel élargi à l’Inclusion économique.
Nous avons également une mise en avant de la souveraineté sectorielle et technologique. Le remaniement reflète de nouvelles priorités thématiques stratégiques. On note l’apparition d’un grand pôle dédié à la Souveraineté alimentaire confié à Khalid Hatimy au sein de l’Agriculture, ainsi qu’un portefeuille explicitement centré sur l’Intelligence artificielle et la Transformation numérique attribué à Ahmed Reho.
Il y a aussi l’urgence du calendrier législatif qui s’attache à ce nouveau gouvernement. Formée dans un timing extrêmement serré, cette nouvelle équipe doit immédiatement faire ses preuves. Le premier test politique et managérial d’envergure est le dépôt obligatoire du Projet de Loi de Finances (PLF) 2027 au Parlement, fixé réglementairement au plus tard le 20 octobre.
Fatima Zahra El Mansouri, parcours de la première cheffe du gouvernement
-LeBrief : Que révèle la répartition des portefeuilles ministériels sur les priorités politiques et économiques du Maroc pour les prochaines années ?
-Driss Aissaoui : La répartition des portefeuilles ministériels au sein du nouveau gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, nommé ce vendredi 16 octobre 2026, marque un tournant stratégique majeur pour le Maroc. En associant le PAM à des partis de la Koutla historique (Istiqlal, USFP, PPS), ce rééquilibrage politique traduit une volonté claire de concilier la relance par l’investissement de grande envergure et l’urgence sociale.
Le nouveau découpage et l’attribution des ministères mettent en lumière trois grandes priorités politiques et économiques pour les prochaines années.
Tout d’abord, le recentrage vers l’urgence sociale et le capital humain.
Les arbitrages de la coalition confient les secteurs sociaux les plus sensibles à des partis ancrés historiquement à gauche ou au centre-gauche, ce qui signale une accélération de l’État social.
Nous avons l’Éducation nationale, la Santé et l’Emploi qui ont été attribués au PPS. L’éducation et la santé publique constituent des chantiers budgétaires critiques (généralisation de la protection sociale, refonte du système médical), tandis que la lutte contre le chômage demeure le principal défi économique du pays.
Il y a l’Enseignement supérieur, le Tourisme et la Fonction publique qui reviennent à l’USFP, accentuant l’accent mis sur la modernisation de l’administration et l’employabilité de la jeunesse.
En second lieu, le pilotage de la souveraineté économique et de l’aménagement par le PAM et l’Istiqlal. Les deux premières forces de la coalition verrouillent les leviers macroéconomiques et les ressources stratégiques.
Le PAM affirme son hégémonie en récupérant le portefeuille stratégique de l’Investissement (auparavant détenu par le RNI), ainsi que l’Urbanisme et l’Habitat et la Transition énergétique. Cela place le parti de la Cheffe du gouvernement directement aux commandes de l’attractivité économique et du boom des infrastructures.
L’Istiqlal conserve une influence majeure sur la gestion du territoire et des ressources hydriques. La gestion de l’eau et le modèle agricole face au stress climatique sont désormais des priorités vitales de sécurité nationale.
En plus, de nouveaux regroupements sont axés sur la compétitivité future.
La reconfiguration des périmètres ministériels montre un virage pragmatique face aux enjeux de la décennie.
Par ailleurs, l’Investissement, la Formation professionnelle et le Numérique : les nouveaux regroupements de compétences autour de ces trois piliers prouvent la volonté de faire converger la stratégie industrielle de l’État avec la transformation digitale du tissu économique et la qualification de la main-d’œuvre.
En somme, cette architecture reflète une recherche de complémentarité politique, c’est-à-dire confier la relance économique et les grands investissements d’infrastructures à un pôle de centre-droit (PAM/Istiqlal), tout en déléguant la redistribution et l’amélioration des services publics (Santé, Éducation, Emploi) à un pôle social (PPS/USFP) pour répondre directement aux attentes du pouvoir d’achat des citoyens.
Gouvernement El Mansouri : quatre partis forment la majorité
-LeBrief : Dans quelle mesure la reconduction de certaines figures politiques et l’arrivée de nouveaux responsables peuvent-elles modifier l’action gouvernementale ?
-Driss Aissaoui : La reconduction de figures politiques et l’introduction de nouveaux profils influencent l’action gouvernementale à travers un équilibre entre stabilité et impulsion de changement.
La reconduction des figures politiques porte en elles continuité et maîtrise.
C’est d’abord la stabilité institutionnelle. Elle garantit la poursuite des réformes à long terme et des dossiers complexes en cours, évitant les ruptures administratives.
Ensuite, la capitalisation de l’expérience. Les ministres reconduits maîtrisent déjà leurs administrations, les rouages législatifs et les réseaux sectoriels, ce qui accélère la mise en œuvre des décisions.
C’est aussi le signal de confiance. Elle envoie un message de stabilité aux partenaires économiques, internationaux et aux marchés financiers.
L’arrivée de nouveaux responsables est en fait située dans le sens de la rupture et du renouvellement.
L’introduction de nouveaux visages permet de réorienter les priorités, d’apporter des idées neuves et de répondre à des crises ou des attentes citoyennes non satisfaites dans le sens d’un nouveau souffle politique.
Les nouveaux responsables modifient souvent le style de gouvernance, la communication ou le management de leur ministère dans le cadre d’un véritable changement de méthode.
L’intégration de profils techniques (technocrates) ou issus de nouvelles sensibilités politiques permet de diversifier les compétences et de renforcer la légitimité du gouvernement.
L’impact sur l’action gouvernementale globale est recherché à travers la modification de l’action publique dont dépend l’équilibre de ce dosage.
C’est un dosage équilibré qui permet de concilier l’efficacité technique (grâce aux anciens) et la dynamique politique (grâce aux nouveaux).
C’est aussi un maintien trop important d’anciennes figures qui peut donner une impression d’immobilisme ou de statu quo.
Un renouvellement trop radical risque de provoquer une baisse d’efficacité à court terme, le temps que les nouveaux responsables s’adaptent à leurs fonctions.
-LeBrief : La nomination de Fouzi Lekjaa à la tête du ministère de l’Économie et des Finances constitue-t-elle une consécration de son parcours au sein de l’appareil financier de l’État ou un véritable tournant politique ?
-Driss Aissaoui : La nomination de Fouzi Lekjaa à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, actée le 16 octobre 2026 au sein du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, s’analyse simultanément comme la consécration logique d’un parcours de grand technocrate et comme un véritable tournant politique.
La consécration d’un parcours au cœur de l’appareil financier. Cette nomination marque l’aboutissement d’une ascension méthodique au sein de l’administration des finances de l’État.
Fouzi Lekjaa est un pur produit de la Direction du Budget. Entré à l’Inspection des finances en 1996, Fouzi Lekjaa a dirigé la puissante Direction du Budget pendant plus d’une décennie avant de devenir ministre délégué chargé du Budget en 2021. Sa promotion comme ministre de plein exercice est la suite directe de cette trajectoire.
C’est aussi l’élargissement à la « Performance publique ». Le changement de portefeuille (succédant à Nadia Fettah Alaoui) s’accompagne d’un intitulé élargi. Cela consacre sa réputation de gestionnaire pragmatique, axé sur l’atteinte de résultats concrets et la transformation des moyens financiers en impacts mesurables.
En fait, c’est le chef d’orchestre des grands chantiers qui gagne. En tant que président du Comité Coupe du monde 2030, il gérait déjà de manière transversale les budgets d’infrastructure. Être à la tête du ministère de l’Économie lui donne désormais les coudées franches pour piloter l’architecture financière nationale indispensable à ces mégaprojets.
El Mansouri, cheffe du gouvernement : quel tournant politique ?
-LeBrief : La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement laissait-elle présager une présence plus importante des femmes au sein de l’équipe gouvernementale ? Comment expliquer leur représentation finalement limitée ?
-Driss Aissaoui : La nomination historique de Fatima Ezzahra El Mansouri en tant que première femme Cheffe du gouvernement au Maroc laissait initialement présager un effet d’entraînement majeur en faveur d’une parité accrue au sein de l’exécutif. Cependant, l’équipe gouvernementale finale ne compte que 7 femmes sur 32 membres (soit près de 22%).
C’est un espoir initial de forte féminisation. L’arrivée d’une femme à la primature représentait une rupture symbolique forte avec le « plafond de verre » institutionnel. Elle créait naturellement une attente de féminisation quantitative pour plusieurs raisons.
La présence d’une femme aux commandes semblait propice à une sensibilité accrue pour la représentativité des genres. C’est un leadership par l’exemple.
Le parti de la Cheffe du gouvernement (le PAM) ainsi que les forces progressistes alliées affichent historiquement la promotion de la parité dans leur référentiel politique dans le cadre des engagements partisans.
On peut se poser la question de savoir comment expliquer cette représentation finalement limitée ? Plusieurs facteurs structurels et stratégiques permettent de comprendre la configuration de la nouvelle équipe.
Tout d’abord, il y a la logique des tractations de coalition. La formation de la majorité a nécessité de complexes négociations à quatre partis (PAM, Istiqlal, USFP et PPS). Dans ces marchandages intensifs, les équilibres partisans, géopolitiques internes et les fidélités politiques priment souvent sur les critères de genre lors de l’attribution des portefeuilles.
Nous avons le poids des ministères régaliens et les nécessaires reconductions. Plusieurs portefeuilles stratégiques (Intérieur, Affaires étrangères, Économie et Finances) sont restés aux mains d’hommes fortement ancrés ou de profils technocratiques maintenus pour garantir la continuité des grands chantiers.
Si des femmes occupent des ministères de premier plan (comme l’Énergie ou la Famille), la majorité d’entre elles se retrouvent concentrées dans des postes de ministres déléguées (Habitat, Réforme administrative, Formation professionnelle), ce qui reflète la persistance des mécanismes traditionnels de répartition où le plein exercice reste majoritairement masculin.
La résistance des structures partisanes : les structures internes des partis politiques marocains demeurent dominées par des cadres masculins, limitant le vivier de femmes immédiatement positionnées pour des postes ministériels de premier plan.
Avocate à Casablanca et défenseure des droits des femmes, Aïcha Guellaa prend les fonctions de ministre déléguée chargée de la Réforme de l’administration.
Ilyasse Rhamir - 16 octobre 2026Haut fonctionnaire au ministère de la Culture et ancien secrétaire général par intérim, Salah-Eddine Abkari a été nommé ministre délégué chargé de la Jeunesse le 16 octobre 2026.
El Mehdi El Azhary - 16 octobre 2026Abdeljebbar Rachidi quitte l’Insertion sociale pour prendre en charge l’Artisanat et l’Économie solidaire, avec une promotion au rang de ministre délégué.
Ilyasse Rhamir - 16 octobre 2026Fatima Saadi rejoint le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri comme ministre déléguée chargée de l’Habitat et de la Politique de la ville.
Ilyasse Rhamir - 16 octobre 2026Son parcours mêle expérience parlementaire, ancrage territorial dans le Moyen Atlas et engagement ancien sur les questions sociales et rurales.
Rédaction LeBrief - 16 octobre 2026Elle a notamment occupé le poste de secrétaire générale de l’Académie internationale Mohammed VI de l’aviation civile et exercé des responsabilités au sein de l’ONDA.
Rédaction LeBrief - 16 octobre 2026Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le prince héritier Moulay El Hassan est nommé coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des FAR par le roi Mohammed VI.
Ilyasse Rhamir - 2 mai 2026Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?
Sabrina El Faiz - 12 mars 2026Élections législatives 2026 : suivez en direct le vote, la participation, les principaux faits de la journée et l’annonce des résultats.
Ilyasse Rhamir - 23 septembre 2026