La nomination de Fatima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement marque une première dans l’histoire politique du Maroc. Pour le politologue Driss Aissaoui, cette arrivée au sommet de l’exécutif traduit à la fois une évolution de la représentation des femmes, une transformation des voies d’accès au pouvoir et une recomposition des équilibres entre les principales formations politiques. Avec 97 sièges, le PAM doit désormais construire une majorité parlementaire.
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Résultats définitifs proclamés par le ministère de l’Intérieur. Législatives du 23 septembre 2026.
La nomination de Fatima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement marque, selon le politologue Driss Aissaoui, une première historique pour la représentation des femmes et la vie politique marocaine.
L’expérience de Fatima Zahra El Mansouri à la mairie de Marrakech et au gouvernement renforce sa légitimité politique, fondée sur l’ancrage territorial et la gestion de proximité.
Le PAM, crédité de 97 sièges sur 395, doit former une coalition pour atteindre les 198 élus, avec une alliance possible avec le RNI et l’Istiqlal totalisant 228 sièges.
Le futur gouvernement devra prioritairement répondre au chômage, au pouvoir d’achat, à l’inflation et au suivi des infrastructures liées notamment à la Coupe du monde 2030.
La nomination de Fatima Zahra El Mansouri comme cheffe du gouvernement constitue, selon Driss Aissaoui, un « tournant historique majeur » pour le Maroc et le monde arabe. À ses yeux, cette décision comporte une double dimension, à la fois symbolique et politique.
Sur le plan de la représentation des femmes, le politologue estime que « le plafond de verre est brisé ». Pour la première fois depuis l’indépendance du Maroc, une femme accède à la tête de l’exécutif. Une évolution qui constitue, selon lui, « un signal puissant envoyé à la société marocaine sur la place et les capacités des femmes à occuper les fonctions de pouvoir les plus élevées ».
Cette portée dépasse également les frontières nationales. Aissaoui souligne que Fatima Zahra El Mansouri devient la deuxième femme à diriger un gouvernement dans l’histoire moderne du monde arabe, après la Tunisienne Najla Bouden.
Le politologue y voit ainsi un signal régional et international susceptible de renforcer l’image du Maroc en matière de parité et de droits des femmes.
Mais cette nomination ne serait pas uniquement liée à sa dimension historique. Aissaoui insiste également sur le parcours de la nouvelle cheffe du gouvernement. Il considère que son ascension repose sur une expérience politique construite progressivement, notamment à travers ses responsabilités locales et ministérielles.
« Fatima Zahra El Mansouri n’est pas une nomination de pure forme », affirme-t-il. Selon lui, son parcours traduit une « légitimité par les urnes et la politique locale plutôt qu’un parachutage de circonstance ».
Pour Driss Aissaoui, l’arrivée d’El Mansouri à la tête de l’Exécutif révèle surtout des mutations plus profondes de la vie politique marocaine.
Le politologue met d’abord en avant la montée de la légitimité territoriale. Le parcours de la nouvelle cheffe du gouvernement, notamment ses mandats à la tête de Marrakech, illustrerait une évolution dans la manière dont une carrière politique nationale peut se construire.
« Le territoire et la gestion de proximité sont devenus des tremplins indispensables pour asseoir une crédibilité nationale », analyse-t-il.
Cette trajectoire dessine, selon lui, la figure d’un « nouveau notable » marocain, capable de combiner un ancrage territorial avec les codes d’une gouvernance moderne.
Aissaoui relève également le changement de dimension du Parti authenticité et modernité. Arrivé en tête des élections législatives, le PAM franchit, selon son analyse, une étape importante en accédant à la Primature par la légitimité électorale.
Le parti, longtemps perçu à sa genèse comme une formation de l’establishment, accède ainsi au pouvoir exécutif à travers le mécanisme prévu par la Constitution. Le politologue souligne également l’expérience récente du PAM en matière de gouvernance interne collégiale, qu’il interprète comme une volonté de moderniser les structures partisanes.
Cette évolution s’inscrit, selon lui, dans une « modernisation dans la continuité » du système politique marocain.
La nouvelle configuration parlementaire constitue toutefois le premier grand défi politique de Fatima Ezzahra El Mansouri.
Avec 97 sièges sur 395, le PAM arrive en tête mais reste loin du seuil de 198 élus nécessaire pour disposer d’une majorité absolue. La nouvelle cheffe du gouvernement doit donc négocier avec d’autres formations afin de bâtir une coalition capable de soutenir son mandat.
Pour Aissaoui, « la marge de manœuvre d’El Mansouri » est réelle, mais reste contrainte par le jeu des alliances parlementaires.
La première possibilité évoquée est celle d’une reconduction de l’alliance entre le PAM, le RNI et l’Istiqlal. Les trois formations totalisent 228 sièges, soit une majorité confortable à la Chambre des représentants.
Mais cette configuration ne reproduirait pas exactement les rapports de force précédents. « La hiérarchie du camp gouvernemental a changé », souligne le politologue.
Le PAM devient en effet la première force parlementaire, devant le RNI et l’Istiqlal. Cette nouvelle hiérarchie pourrait peser sur la répartition des portefeuilles ministériels et sur les arbitrages au sein du futur gouvernement.
Aissaoui estime également que d’autres formations peuvent servir de levier dans les négociations. Le Mouvement populaire, l’Union constitutionnelle ou encore le MDS peuvent théoriquement contribuer à différentes configurations.
Cette possibilité donne à El Mansouri une marge de négociation face au RNI et à l’Istiqlal. Mais le politologue prévient qu’une coalition trop large pourrait également présenter des difficultés en matière de cohérence politique et de prise de décision.
RNI et Istiqlal, deux partenaires incontournables ?
Avec 66 sièges pour le RNI et 65 pour l’Istiqlal, les deux formations se retrouvent dans une position particulière. Leur poids parlementaire est quasiment identique, avec seulement un siège d’écart.
Pour Aissaoui, cette configuration en fait des acteurs centraux des discussions. Ensemble, les deux partis disposent de 131 sièges. Avec les 97 élus du PAM, le bloc atteint 228 sièges.
Cette quasi-égalité entre le RNI et l’Istiqlal pourrait également nourrir une concurrence autour des responsabilités gouvernementales.
La perte de la Primature par le RNI ouvre, selon Aissaoui, « une compétition directe avec l’Istiqlal pour l’attribution des ministères régaliens et économiques clés ».
Le politologue estime ainsi que Nizar Baraka et son parti peuvent revendiquer un poids important dans l’architecture du prochain exécutif au regard de leur représentation parlementaire.
Dans le même temps, la possibilité pour le PAM de construire des majorités alternatives réduit le pouvoir de négociation individuel de chacun de ses deux principaux partenaires potentiels.
Aissaoui souligne notamment que des configurations sans l’un ou l’autre pourraient mathématiquement permettre au PAM d’atteindre la majorité avec le concours de formations intermédiaires.
L’expérience de Marrakech et du gouvernement
L’expérience de Fatima Zahra El Mansouri à Marrakech et au sein du gouvernement constitue également un élément important de son profil, selon le politologue.
Son passage à la tête de la ville lui aurait permis d’acquérir une connaissance directe des problématiques locales, notamment dans les domaines de l’urbanisme, des transports, des services de base et de l’emploi des jeunes.
Aissaoui évoque ainsi une « culture du terrain et de la proximité ».
Son expérience ministérielle lui a parallèlement permis de se familiariser avec le fonctionnement de l’appareil d’État et les grands chantiers publics.
Cette double expérience pourrait, selon le politologue, favoriser une approche cherchant à rapprocher les politiques nationales des réalités territoriales.
Elle lui aurait également permis de développer une expérience de la négociation et de la gestion de sensibilités politiques différentes, un élément particulièrement important dans le contexte actuel de formation d’une coalition.
Au-delà de la portée symbolique de sa nomination, Fatima Ezzahra El Mansouri devra rapidement faire face à des défis économiques et sociaux.
Driss Aissaoui cite notamment la lutte contre le chômage et la création d’emplois parmi les dossiers urgents. Il évoque également la préservation du pouvoir d’achat face à l’inflation ainsi que le suivi des grands projets d’infrastructure.
La préparation de la Coupe du monde de football 2030 figure également parmi les grands chantiers identifiés par le politologue.
Pour Aissaoui, l’enjeu dépasse donc largement la dimension historique de la nomination. « Au-delà du symbole de son genre, son gouvernement sera immédiatement jugé sur des dossiers concrets et cruciaux », estime-t-il.
La nouvelle cheffe du gouvernement devra ainsi transformer une victoire électorale du PAM en majorité parlementaire stable, puis traduire cette nouvelle configuration politique en action gouvernementale.
Pour le politologue, c’est précisément là que se situera le véritable test de cette nouvelle séquence : faire coïncider la rupture symbolique représentée par l’accession d’une femme à la tête du gouvernement avec une capacité effective à construire des compromis politiques et à répondre aux principales attentes économiques et sociales.
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