MRE ou la peur des urnes consulaires
Élections (photo d'illustration) © DR
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Depuis des années, le débat sur l’exercice effectif du droit de vote et d’éligibilité des Marocains résidant à l’étranger (MRE) semble piégé dans un labyrinthe administratif.
Pour le gouvernement, l’horizon 2030 est devenu le nouveau slogan pour mobiliser la diaspora, notamment dans la perspective du Mondial de football. Pourtant, nul n’est dupe et un fossé se creuse entre la citoyenneté économique, massivement sollicitée, et la citoyenneté politique, jalousement verrouillée.
L’argument du « c’est trop compliqué » ne résiste pas à l’analyse factuelle. Le Maroc dispose de toutes les capacités administratives, diplomatiques et technologiques pour organiser des élections législatives à l’étranger. Le réseau des consulats ne cesse de s’étendre, la digitalisation des services progresse et le ministère de l’Intérieur possède une expertise reconnue en ingénierie électorale. C’est un fait !
Pourtant, au lieu de créer des circonscriptions dédiées à l’étranger, les autorités s’en tiennent à des mesures de « bricolage technique » : numérisation de l’inscription sur les listes de l’intérieur, digitalisation de la procuration ou bonus financier pour les partis élisant des MRE sur des listes locales. Pour Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat et chercheur en migration, ces mesures sont des leurres. La procuration, notamment, est qualifiée de « véritable fiction démocratique » car elle n’est utilisée que par une infime minorité et ne permet pas une représentation directe.
Le miroir africain : quand les voisins réussissent
Ce qui semble insurmontable pour Rabat est pourtant une réalité quotidienne pour de nombreuses nations africaines, dont certaines disposent de moyens bien inférieurs à ceux du Royaume. L’expert cite notamment l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Niger, la Guinée Bissau, le Mozambique ou encore le Cap-Vert, qui ont déjà sauté le pas en créant des circonscriptions électorales législatives à l’étranger pour leurs ressortissants émigrés.
Ces pays prouvent que la distance géographique n’est pas un obstacle à la souveraineté électorale. Alors que le Maroc se veut un leader continental et aspire à une modernité éclatante d’ici 2030, il reste à la traîne sur cette question fondamentale des droits civiques de sa diaspora. Le Royaume possède les moyens de faire « mieux » que ces exemples cités, selon Belguendouz, mais la volonté fait défaut.
Si le blocage n’est pas dans les serveurs informatiques ou les valises diplomatiques, il se trouve dans les esprits. Selon l’expert, il existe une « peur des urnes consulaires » au sein des cercles décisionnels. Cette approche, qualifiée de « frileuse » et « bureaucratique », perçoit le vote des MRE comme un saut dans l’inconnu.
La principale crainte est dans l’imprévisibilité des résultats. Contrairement aux circonscriptions de l’intérieur, plus facilement « maîtrisables » par les partis politiques traditionnels, les voix de la diaspora sont perçues comme un risque pour l’équilibre institutionnel et parlementaire actuel. Pour Belguendouz, les citoyens MRE pourront exercer pleinement leurs droits le jour où les responsables politiques accepteront enfin de se soumettre au verdict des urnes, quels qu’ils soient.
Un « guichet d’investissement »
En maintenant ce statu quo, le système traite les MRE davantage comme une ressource financière d’optimisation ou un « guichet d’investissement » que comme des citoyens à part entière. On encourage les investissements, on célèbre les footballeurs de la diaspora lors des compétitions internationales, les traitant sous l’angle d’une simple « citoyenneté sportive », mais on refuse de leur donner une voix au Parlement.
Les incitations financières accordées aux partis politiques pour faire élire des MRE (un siège MRE comptant pour six dans le calcul des subventions) sont perçues comme une « carotte financière » visant à acheter le silence des formations politiques sur l’absence de réelles circonscriptions à l’étranger. C’est, selon Belguendouz, un « dévoiement démocratique » qui entretient l’immobilisme.
Il y a un puits entre l’esprit de la Constitution de 2011, qui prône une pleine citoyenneté, et la pratique législative qui exclut les circonscriptions extérieures. Le Maroc ne pourra pas faire l’économie de cette réforme s’il veut que le projet « Maroc 2030 » soit une réussite inclusive. Intégrer politiquement les MRE n’est pas une problématique technique insurmontable…
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