Image d’illustration Les mardis du Maghreb © LeBrief
Les mardis du MaghrebHafid Boutaleb Publié le 29/09/26 à 10:11
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Maghreb en ordre dispersé

Chaque semaine, un regard affûté sur les grands enjeux du Maghreb. "Les mardis du Maghreb", une chronique hebdomadaire pour comprendre ce qui se joue, au-delà des apparences...

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Comparaison n’est pas raison, dit l’adage. Et c’est bien vrai.

Pourtant, souvent la plupart d’entre nous cèdent à cet exercice, que ce soit entre individus, familles, équipes sportives, entreprises, et évidemment les États n’y échappent pas non plus.

Au Maghreb par exemple, on compare le plus fréquemment l’Algérie et le Maroc pour situer le leader de la région. Tout y va, le PIB, le nombre de kilomètres de routes et d’autoroutes, la capacité des ports, le montant des réserves de change, la population, etc.

En revanche, fait notable, personne ne pousse la comparaison jusqu’à examiner les dynamiques démocratiques dans ces pays, notamment à travers leurs résultats électoraux.

Pourtant là-dessus, il y a matière à comparaison :

Le Maroc, monarchie constitutionnelle, n’a jamais opté pour le parti unique. Il a pu organiser trois alternances depuis 1998, notamment deux vis-à-vis d’une opposition, USFP et PJD, qu’aucun observateur averti n’imaginait un jour former un gouvernement. Et comme les élections précédentes, un vrai suspense précède l’annonce des résultats car chaque scrutin vient avec son lot de surprises. Nos partis captent aussi plus que ceux en Algérie, le 3è parti en 2026, l’Istiqlal, réunit autant que le FLN en Algérie qui arrive premier depuis 1962.

Seulement, vu du Maroc, personne n’a le cœur au triomphalisme. Bien au contraire. L’abstention est le grand vainqueur, les jeunes sont sous-représentés et nous avons perdu trois millions d’électeurs en 5 ans, passant de 9 à 6 millions. Dans les deux cas, c’est faible pour un nombre de 28 millions de Marocains en âge de voter. La population semble désabusée et le régime représentatif est en grande crise, et pas seulement au Maroc.

Ainsi, si la comparaison des résultats électoraux entre les frères rivaux se tient sur le papier, les maux sont finalement les mêmes de part et d’autre de la frontière. La plus longue frontière fermée au monde. Et les interrogations qui pèsent sur l’avenir régional ne se retrouvent que plus amplifiées avec une si faible participation citoyenne.

Dans un tel contexte de désaffection profonde du politique par des populations encore cernées par la précarité, le chômage et l’absence d’horizon, parler d’autre chose que de développement semble dantesque.

Pour autant, les dirigeants algériens, qui viennent encore de solliciter Massad Boulos à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, ne semblent accaparés que par cette ingérence « neutre » dans les affaires de leurs voisins. Le Maroc en tête. Un seul point à l’ordre du jour : « sky is the limit », pour reprendre les termes utilisés par l’ambassadeur algérien aux Nations unies pour apaiser les républicains de retour aux affaires en 2025. En d’autres termes, toutes les ressources de l’Algérie sont offertes sur un plateau d’argent à l’émissaire américain, pourvu que l’administration républicaine à Washington, Trump en tête, ne se presse de solder le conflit artificiel du Sahara marocain.

Artificiel car les dirigeants d’Alger ne souhaitent pas et n’ont jamais souhaité l’indépendance de ce territoire. Ils ne font en réalité que prolonger la mise en scène d’un statu quo, bloquant la région, empêchant son développement. Bien loin des préoccupations véritables des peuples.

Et dans cette logique, la candidature libyenne, annoncée au lendemain de celle du Maroc au Conseil de sécurité des Nations unies, n’a surpris personne. L’Algérie ne pouvant se représenter car arrivant au terme de son mandat, le gouvernement de Tripoli proche d’Alger aurait été invité à barrer la route au Maroc. Ce ne serait pas la première fois.

Déjà en 2011, un autre pays maghrébin, la Mauritanie de Ould Abdel Aziz avait aussi candidaté après l’annonce par l’ambassadeur Loulichki de la candidature marocaine. Et déjà à l’époque les observateurs étaient unanimes à y voir la main d’Alger. Car aucune autre candidature maghrébine au siège de membre non permanent Conseil de sécurité ne se voyait concurrencée par un autre pays du Maghreb jusqu’en 2011.

Comment ne pas voir se rejouer la défiance de la Libye, de la Tunisie et de l’Égypte qui, en 2004, choisirent de rivaliser avec le Maroc pour l’organisation de la Coupe du monde 2010, plutôt que de soutenir la candidature d’un voisin maghrébin engagé dans la course depuis 1990 ?

Après le retrait tunisien, Libye et Égypte se sont contentées d’un 0 voix lors du vote officiel, contre 10 pour le Maroc et 14 pour l’Afrique du Sud. Quinze années plus tard, le Maroc a finalement décroché la coorganisation de la Coupe du monde de la FIFA 2030, la Tunisie, l’Égypte et la Libye ont eu en revanche une trajectoire toute autre.

Et que dire de cette initiative d’un Maghreb à trois, excluant de fait le Maroc et la Mauritanie, pourtant les deux pays à l’extrémité occidentale du Maghrib ?

Comme pour les précédentes, le Maroc n’a naturellement rien à craindre de ce nouvel épisode autour du Conseil de sécurité. Si ce n’est que cette nouvelle course au siège creusera encore davantage le fossé avec nos voisins du Maghreb. Ou plutôt, qu’elle illustre une manœuvre de plus pour les éloigner de nous. Car au Maroc, malgré toutes les turpitudes, il n’y a pour les Marocains qu’un seul objectif : avancer.

Hafid Boutaleb est journaliste spécialiste des affaires internationales. Chroniqueur télévision et radio, il est également co-fondateur de "Intiatives pour la communauté économique du Maghreb".
Depuis 2014, Hafid Boutaleb travaille comme consultant en médias. En 2022, afin de perfectionner ses compétences en journalisme et médias, il a intégré et obtenu avec succès un Master of Letters (MLitt) en journalisme numérique à l'Université de Strathclyde Glasgow. Tout au long de sa carrière, Hafid Boutaleb a collaboré étroitement avec des institutions internationales prestigieuses telles que la CCNUCC, l'AIE, l'IPEEC, la BAD et la BERD.

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