Mohamed Karim, l’Atlas pour origine, le savoir pour horizon
Mohamed Karim © DR
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Certains parcours commencent loin des grandes villes, dans une école dont les gens ne connaissent pas forcément le nom, au milieu de montagnes qui semblent tenir le monde à distance. Celui de Mohamed Karim a commencé à Aït Boukhayou, dans le Moyen Atlas. Aujourd’hui professeur d’université, spécialiste des politiques économiques et expert auprès d’institutions internationales, il n’a pourtant jamais vraiment quitté cette terre. Son histoire raconte autant une ascension scientifique qu’une fidélité à ses origines.
Il y a, dans l’enfance de Mohamed Karim, une histoire de lait et de cahiers. Une histoire toute simple, comme le sont souvent les souvenirs qui finissent par prendre une place inattendue dans une vie.
A Aït Boukhayou, son village natal niché dans les reliefs du Moyen Atlas, il regardait ses frères et les autres enfants du village rentrer de l’école et boire du lait de vache frais. Lui aussi voulait connaître ce petit bonheur. Il voulait aller à l’école, comme eux, et ne plus rester à l’écart de cette scène familière. Alors, il insista pour être inscrit tôt. A cet âge, il ne cherchait ni les diplômes ni les distinctions. Il voulait simplement rejoindre les autres enfants.
Il ne savait évidemment pas que cette envie le conduirait bien plus loin que les bancs de l’école du village.
C’est à l’école de Souk El Tnin, à Aït Boukhayou, que commence véritablement son histoire avec le savoir. Puis vient Moulay Bouazza, avant Rabat et l’Université Mohammed V, où il choisit les sciences économiques. Entre-temps, le petit garçon qui voulait simplement aller à l’école a découvert ce que les livres pouvaient ouvrir comme portes. Et il n’a plus cessé de les pousser.
Des bancs de l’école aux grandes questions économiques
Chez Mohamed Karim, le parcours universitaire ne s’est pas arrêté à l’accumulation des diplômes. Il a suivi un doctorat de troisième cycle dans le cadre d’un partenariat avec le programme canadien, avant d’obtenir un doctorat d’Etat en sciences économiques à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Agdal, relevant de l’Université Mohammed V de Rabat.
Son choix des sciences économiques n’a rien d’anodin. Il y a une question autrement plus vaste : comment une société produit-elle ses richesses, comment les répartit-elle et quels choix permettent à un pays de construire son avenir ? C’est dans cet univers, à la croisée de la recherche et de l’action publique, que Mohamed Karim a progressivement construit son expertise.
A la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Salé, il a notamment dirigé le département d’Economie et Gestion, coordonné le master spécialisé en Sciences économiques et gestion et présidé l’équipe de recherche en Macroéconomie et Finances publiques. Il assure aujourd’hui la présidence de la rédaction de la Revue africaine des questions d’économie et de finance.
Le parcours a quelque chose de circulaire. Celui qui avait voulu entrer à l’école pour partager la joie des autres enfants est devenu professeur, chargé à son tour de transmettre, d’encadrer et d’ouvrir des perspectives. Il y a, entre ces deux scènes, toute une vie de travail. Et une certaine idée de la transmission : recevoir une chance, puis contribuer à la donner aux autres.
L’économie, entre amphithéâtres et institutions internationales
Mohamed Karim a également exercé comme inspecteur au ministère de l’Economie et des Finances, au sein de la Direction des études et des prévisions financières et du Trésor. Une expérience qui l’a placé au contact direct des mécanismes de l’action publique, loin de la seule construction théorique.
Son expertise l’a ensuite conduit vers des espaces de coopération et de réflexion économique qui dépassent largement les frontières marocaines. Il est membre du comité exécutif du réseau international de modélisation économique EcoMod, basé aux Etats-Unis, et a exercé des missions d’expert et de conseiller stratégique auprès de plusieurs institutions, dont l’Union européenne, la Banque mondiale, l’USAID, l’OCDE et le Programme des Nations unies pour le développement.
Son expérience s’étend également au Conseil économique, social et monétaire ainsi qu’aux gouvernements des Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Macroéconomie, finances publiques, politiques fiscales, modélisation économétrique, justice fiscale, structuration de l’impôt sur le revenu : ses domaines de spécialisation disent beaucoup de la nature de son travail. Il s’intéresse à ces mécanismes parfois austères qui, derrière les tableaux et les arbitrages budgétaires, déterminent une partie de la vie quotidienne des citoyens et des trajectoires des Etats.
Cette réflexion se prolonge dans la production scientifique. Mohamed Karim a notamment participé à la réalisation et à la coordination de l’ouvrage collectif Vers une croissance durable au Maroc : Fiscalité, investissement, innovation et gouvernance de la transition, auquel a également contribué le professeur Mohamed Bouzouzah. Un travail qui interroge les conditions d’une croissance durable et les choix économiques nécessaires pour y parvenir.
A ce stade, son itinéraire dessine celui d’un universitaire qui n’a jamais complètement séparé la recherche de la pratique. Les amphithéâtres, l’administration publique et les institutions internationales constituent les différents terrains d’une même réflexion : comprendre l’économie pour mieux éclairer les décisions.
On peut partir loin sans quitter sa terre
Reste une question, presque plus importante que la liste des fonctions et des distinctions : que reste-t-il du village dans le parcours d’un homme qui a traversé tant d’institutions, de villes et de frontières ?
Pour Mohamed Karim, Aït Boukhayou n’est pas une simple mention dans une biographie. C’est le point de départ d’une histoire à laquelle il continue de s’identifier. Il y a bien sûr l’attachement aux lieux, aux souvenirs et aux visages de l’enfance. Mais il y a aussi quelque chose de plus profond : la conviction que les territoires ruraux ne sont pas condamnés à rester en marge des grandes trajectoires intellectuelles et professionnelles.
Evoquer l’école de Souk El Tnin, c’est rappeler que les grandes réussites ne poussent pas exclusivement dans les grandes villes, que le talent ne choisit pas son adresse et que les premières ambitions peuvent naître là où les perspectives semblent pourtant les plus étroites.
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