Manuels scolaires : avant, c’était mieux
Deux textes proposés aux élèves de CE1. À gauche : un texte tiré de Bien lire et comprendre. À droite : un livre tiré du manuel Timini 2025 © LeBrief
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Assise dans son bureau à l’étage, la responsable pédagogique de l’établissement prépare les programmes que les professeurs devront suivre cette année. Un plan basé sur des livres emblématiques comme Bien lire et comprendre ou encore Daniel et Valérie. La responsable explique que cette décision repose principalement sur une comparaison entre les anciens et les nouveaux manuels. Selon elle, les ouvrages des années 1970 se distinguent notamment par la construction des phrases, la richesse du vocabulaire et la présence plus importante de figures de style. « La richesse du contenu » constitue ainsi le principal argument avancé pour justifier ce choix.
La responsable pédagogique estime également que certains manuels actuels ont tendance à simplifier davantage les textes. Elle cite notamment Le Petit Prince comme exemple d’œuvre dont les différentes éditions permettent d’observer des écarts dans la formulation et la richesse linguistique. À ses yeux, une simplification excessive peut réduire l’effort de réflexion demandé à l’élève.
La simplification des textes au cœur du débat
Cette expérience casablancaise s’inscrit dans un débat plus large sur l’évolution des ouvrages destinés aux jeunes lecteurs. En effet, plusieurs études consacrées à l’allégement textuel montrent que de nombreuses rééditions contemporaines procèdent à des coupes, à une modernisation du vocabulaire ou encore à une simplification de la syntaxe. Ces transformations sont généralement présentées comme des moyens de faciliter la lecture et d’améliorer l’accès aux œuvres.
L’allégement peut notamment consister à supprimer certaines descriptions, digressions ou épisodes secondaires afin de rendre le récit plus rapide. La modernisation lexicale vise, elle, à remplacer des mots jugés trop anciens ou difficiles. La syntaxe peut également être simplifiée par des phrases plus courtes, la suppression de constructions complexes ou la modification de certains temps verbaux.
Ces pratiques répondent parfois à des préoccupations pédagogiques réelles. Les éditeurs avancent notamment l’argument de la réduction de la charge cognitive pour les lecteurs débutants ou en difficulté. Mais les études soulignent également que les considérations commerciales jouent un rôle, certaines collections cherchant à rajeunir leur lectorat ou à adapter leur offre à différents publics.
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Des élèves confrontés à une langue plus exigeante
Dans l’école casablancaise, cette exigence linguistique est assumée. Les parents interrogés ou rencontrés par l’établissement reconnaissent pour certains les anciens ouvrages, qu’ils avaient eux-mêmes utilisés durant leur scolarité. Les enseignants, de leur côté, constatent que leur niveau peut apparaître élevé pour les élèves actuels.
L’objectif n’est toutefois pas de parcourir rapidement les manuels. La responsable pédagogique estime qu’un même ouvrage peut nécessiter deux années de travail afin d’en exploiter pleinement le contenu. L’établissement a également choisi de réorganiser son temps scolaire pour accorder davantage de place à la compréhension écrite, au détriment d’une partie des séances traditionnellement consacrées à la langue.
Les élèves découvrent ainsi des livres plus petits, structurés en paragraphes clairement identifiables et accompagnés d’illustrations anciennes, parfois dessinées à la main. Mais c’est surtout la construction des phrases qui constitue le cœur de la démarche. L’établissement fait le pari qu’une exposition régulière à des textes bien écrits peut progressivement améliorer les capacités rédactionnelles des élèves.
Lire pour mieux écrire
La démarche ne se limite pas au choix des manuels. L’école prévoit également plusieurs activités destinées à renforcer le rapport des élèves à la lecture : concours de lecture chronométrée, lecture expressive ou encore lecture théâtralisée. L’idée est de faire vivre les textes et de multiplier les occasions pour les élèves d’entendre, de comprendre et de restituer une langue correctement construite.
L’écriture occupe également une place croissante dans cette stratégie. Des séances spécifiques ont été introduites de la première année du primaire jusqu’aux niveaux supérieurs, après un constat de moindre attention accordée à cette compétence. La responsable pédagogique insiste notamment sur l’importance de la maîtrise de l’écriture manuscrite, certains problèmes de formation des lettres et des chiffres pouvant persister chez des élèves plus âgés.
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Entre accessibilité et richesse linguistique
Les travaux consacrés à l’édition jeunesse apportent un éclairage important sur cette approche. Les travaux cités mettent en garde contre une simplification généralisée qui pourrait priver les jeunes lecteurs d’une partie de la richesse lexicale et syntaxique de la littérature. La littérature jeunesse contient en effet une proportion importante de vocabulaire rare, susceptible de contribuer à l’acquisition de nouveaux mots et de nouvelles structures linguistiques.
La notion de « texte résistant », associée notamment aux travaux de Catherine Tauveron, souligne justement l’intérêt pédagogique de textes qui comportent ambiguïtés, ellipses ou difficultés d’interprétation. Ces éléments peuvent encourager l’élève à mobiliser davantage ses capacités de réflexion et de compréhension.
Le débat ne signifie pas pour autant que toute adaptation serait négative. Les recherches distinguent les adaptations destinées à répondre à des besoins spécifiques, notamment pour les élèves présentant des difficultés de lecture, des troubles d’apprentissage ou ayant besoin d’un langage simplifié, d’une réduction systématique de l’exigence linguistique.
À Casablanca, cette philosophie est également appliquée à l’enseignement de l’arabe, avec le recours à d’anciens manuels devenus difficiles à trouver. La responsable pédagogique affirme que ces ouvrages sont recherchés pour les mêmes raisons : proposer aux élèves des textes et une langue jugés plus riches.
Au-delà du choix d’un manuel, l’expérience pose donc une question plus large : comment concilier l’accessibilité des apprentissages avec l’exigence linguistique ? Pour l’établissement casablancais, la réponse passe par une exposition accrue à des textes structurés, riches et parfois difficiles.
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