Maidate Ar-Rahmane de Ramadan : entre solidarité, spiritualité et tradition

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La Maidate Ar-Rahmane de Ramadan entre solidarité, spiritualité et traditionLa Maidate Ar-Rahmane de Ramadan, d'un restaurant à Ain Sebaa, Casablanca © LeBrief

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Chaque année, avec l’arrivée du mois sacré de Ramadan, les communautés musulmanes à travers le monde se mobilisent pour vivre une expérience spirituelle et sociale unique. Parmi les traditions les plus emblématiques de cette période, la Maidate Ar-Rahmane, littéralement la table du miséricordieux, occupe une place centrale. Cette pratique, qui consiste à offrir des repas de rupture du jeûne (iftar) aux nécessiteux, aux voyageurs et aux fidèles, incarne l’essence même de la solidarité islamique.

Mais au-delà de son aspect charitable, la Maidate Ar-Rahmane est un phénomène complexe, ancré dans une riche tradition théologique, historique et jurisprudentielle. Elle est à la fois un acte de dévotion, un mécanisme de redistribution sociale et un symbole de cohésion communautaire. Cet article explore ses fondements, son évolution et son impact contemporain, en s’appuyant sur les sources coraniques, la Sunnah prophétique et les débats juridiques modernes.

Les fondements théologiques : entre Coran et Sunnah

La Maidate Ar-Rahmane trouve sa légitimité dans plusieurs versets coraniques qui soulignent l’importance de nourrir les démunis. Parmi les plus marquants, le verset 8 de la Sourate Al-Insan (L’Homme) : « Et ils donnent la nourriture, malgré leur amour pour elle, au pauvre, à l’orphelin et au captif ». Ce passage met en lumière une dimension essentielle de la charité islamique : le mérite réside dans le partage de ce que l’on chérit, et non dans la distribution de simples surplus.

La Sourate Al-Balad (90:14-16) va plus loin en liant la survie spirituelle du croyant à son engagement envers les plus vulnérables : « Nourrir, en un jour de famine, un orphelin proche ou un pauvre dans la misère ». Ce verset élargit la portée de la Maidate Ar-Rahmane, qui devient un rempart contre l’exclusion sociale, surtout en période de crise.

La tradition prophétique Sunnah renforce cette dimension spirituelle. Un hadith célèbre, rapporté par Zayd bin Khalid al-Juhani, stipule : « Celui qui nourrit un jeûneur aura la même récompense que lui, sans que la récompense du jeûneur ne soit diminuée ». Cette promesse crée un effet multiplicateur pour la piété du donateur, encourageant la générosité même pour les plus modestes contributions.

Lire aussi : Opération Ramadan 1447 H : une mobilisation nationale au service des plus démunis

Dans ce sens, le prophète a également souligné que nourrir les autres est un acte expiatoire majeur, capable d’éteindre les péchés « comme l’eau éteint le feu ». Ces enseignements transforment la Maidate Ar-Rahmane en un outil de purification spirituelle, accessible à tous, quel que soit leur niveau de richesse.

Le gaspillage alimentaire : un point noir de la consommation ramadanesque

Toutefois, l’un des défis majeurs qui persistent pendant le mois de Ramadan est le gaspillage (israf), contraire aux principes islamiques de modération. Dans ce contexte, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dresse un constat alarmant, qui fait état de 4,2 millions de tonnes de nourriture qui sont jetées chaque année par les ménages marocains, soit 113 kg par habitant, selon une enquête menée en 2022. Concrètement, 40 millions d’unités de pain sont gaspillées quotidiennement, représentant 36% des pertes totales dans la filière des céréales, détaille le CESE. 20% à 40% de pertes dans les filières des fruits et légumes, principalement pour les produits destinés au marché local et 1,6 milliard de m³ d’eau sont gaspillés chaque année pour produire des denrées non consommées, ajoute-t-il.

Face à cette situation, la Maidate Ar-rahmane se présente comme une initiative qui a pour but de redistribuer le surplus alimentaire, pas forcément aux plus démunis. En effet, LeBrief est allé à la rencontre de ces restaurateurs, qui transforment leur local en lieu de rupture de jeûne : « pour tout le monde ! pas forcément les mendiants, qu’on voit rarement. La plupart des personnes qui viennent sont des chauffeurs de taxis, de camions, des familles qui n’ont pas forcément le temps de préparer un ftour parce qu’elles travaillent jusqu’à des horaires tardifs », indique le gérant d’un restaurant dans le quartier de Ain-Sebaa à Casablanca.

Lire aussi : Opération Ramadan 1447 : 150.000 ftours distribués

À 20 minutes de l’appel à la prière, la table est déjà dressée. On peut compter une datte, une chebakia, une demi-baguette, un bol, de l’huile d’olive et du fromage. Pendant ce temps, de la harira, des œufs durs et du thé sont sur le feu au fond de la cuisine. « C’est un ftour adapté à n’importe qui. La personne en sort rassasiée », souligne le gérant du restaurant, ajoutant que c’est la cinquième année consécutive que le restaurant organise cette Maidate Ar-rahmane.

Par ailleurs, il indique que « l’organisation de ces initiatives n’est pas uniquement réservée aux personnes qui ne jeûnent pas Ramadan, comme beaucoup le pensent. N’importe quelle personne qui souhaite faire du bien autour de lui peut mettre en place cette table de rupture de jeûne sans problème ».

La Maidate Ar-Rahmane est bien plus qu’une simple tradition : c’est un pilier de la solidarité islamique, capable de s’adapter aux défis modernes tout en préservant son essence spirituelle. En transformant un besoin biologique, la faim, en un acte de grâce collective, elle rappelle que la piété en Islam ne peut être complète sans le service de l’humanité.

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