LOGITERRE 2025 : comment le Maroc trace la voie d’une connectivité africaine ?
2è édition du Forum-Salon International de la Mobilité, du Transport et de la Logistique (LOGITERRE 2025) © Ayoub Jouadi / Le Brief
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A Casablanca, le forum LOGITERRE 2025 a réuni plus de 60 intervenants venus d’une dizaine de pays africains autour d’un thème hautement stratégique : « Connectivité : vers un nouveau modèle de coopération Sud-Sud ». Cette deuxième édition du Forum-Salon International de la Mobilité, du Transport et de la Logistique s’est voulue un espace où s’esquisse une Afrique nouvelle, reliée par ses infrastructures autant que par ses ambitions.
De la tribune, les responsables ont livré une même conviction, celle de la connectivité qui ne devrait pas être un luxe, mais une condition de souveraineté. Elle n’est pas seulement affaire de routes, de câbles ou de ports, mais un langage politique à travers lequel le continent affirme son indépendance, son unité et son avenir.
Une Afrique en quête de cohérence
Pour le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, le Maroc a fait de la connexion et de l’intégration continentales un choix stratégique, inscrit dans la continuité de la vision royale. Fort de sa position géographique privilégiée et de sa politique africaine résolument tournée vers la coopération, le Royaume mise sur des projets structurants qui allient développement économique et solidarité.
Cette stratégie s’incarne notamment dans l’initiative royale visant à permettre aux pays du Sahel d’accéder à l’océan Atlantique, une idée pionnière qui consacre la vocation du Maroc comme passerelle naturelle entre l’Afrique et le reste du monde. A travers cette ouverture, le Royaume entend contribuer à la transformation des économies sahéliennes, en renforçant leur autonomie stratégique et leur accès aux échanges internationaux.
Pour rendre cette vision tangible, le Maroc a développé un écosystème logistique intégré : Tanger Med et Nador West Med, véritables hubs maritimes, le futur port Dakhla Atlantique, pivot d’une Afrique de l’Ouest connectée, l’autoroute Tiznit-Dakhla, trait d’union stratégique entre le nord et le sud du continent. Ces projets, conjugués aux efforts de numérisation et d’harmonisation des procédures douanières, dessinent une carte africaine interconnectée où la fluidité devient synonyme de développement partagé.
Au-delà des infrastructures, le ministre a souligné l’importance de la coopération institutionnelle et réglementaire, notamment à travers la mise en œuvre des accords internationaux comme le Transport international routier (TIR). Avec pour objectif de fluidifier les échanges commerciaux intra-africains, réduire les disparités territoriales et stimuler les économies régionales.
Connectivité : une souveraineté en construction
L’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union africaine et de la CEA-ONU, Mohamed Arrouchi, a, pour sa part, rappelé que la connectivité ne se résume pas à des infrastructures physiques. Elle constitue, selon lui, « le langage silencieux de la confiance, l’architecture de la solidarité et le fondement de la souveraineté ».
Dans cette perspective, il appelle à penser la connectivité africaine comme un projet global : relier les marchés à travers des corridors transafricains intégrant transport, énergie et numérique, créer un Fonds africain pour la connectivité, renforcer les capacités humaines et institutionnelles et mobiliser les partenariats public-privé africains pour financer et piloter ces grands chantiers.
Pour Arrouchi, l’enjeu est de permettre à l’Afrique de devenir « un acteur décisif, un architecte souverain de sa propre transformation ». Ce positionnement rejoint la vision de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui prône une Afrique intégrée, prospère et pacifique.
Dans cette architecture, le Maroc joue un rôle moteur. Sa diplomatie du développement, ancrée dans la coopération Sud-Sud, se traduit par des investissements dans les énergies renouvelables, la formation, la sécurité alimentaire et les infrastructures régionales. Une approche cohérente, fondée sur la solidarité et le partage des bénéfices, loin des logiques d’assistance traditionnelles.
Les intervenants venus d’Afrique de l’Ouest, du Sahel et du Maghreb, lors du Forum LOGITERRE 2025, ont débattu des défis concrets qui freinent encore la complémentarité régionale : financement des projets, coordination des politiques nationales, harmonisation des normes logistiques, ou encore sécurisation des corridors de transport.
Pour l’ancienne ministre Nouzha Bouchareb, la réussite de l’intégration africaine passe par une planification continentale concertée, alliant infrastructures, gouvernance et transfert technologique. Elle plaide pour la création de groupements industriels régionaux, plateformes d’échange d’expertises et de diffusion d’innovation.
La connectivité, rappelle-t-elle, doit relier les compétences, les savoirs et les jeunesses africaines. Avec 60% de la population du continent âgée de moins de 25 ans, la jeunesse africaine représente un levier décisif de l’intégration si elle est soutenue par des systèmes logistiques et numériques performants.
Même son de cloche chez Hicham Bouzekri, PDG d’African Technical Advisors, qui insiste sur le rôle du secteur privé africain. Pour lui, les opérateurs nationaux doivent se mobiliser pour conquérir les marchés continentaux, plutôt que de les laisser aux multinationales. D’où l’importance des partenariats public-privé, moteurs de développement et de compétitivité.
Les intervenants ont enfin souligné la dimension culturelle et sociale de cette connectivité : créer des passerelles, ce n’est pas seulement relier des territoires, mais rapprocher des peuples, renforcer la confiance et encourager le partage d’expériences.
LOGITERRE 2025 a ainsi confirmé le rôle du Royaume comme catalyseur d’une Afrique en mouvement, capable de transformer la vision royale en action concrète.
Une Afrique qui ne subit plus les modèles de développement, mais les invente.
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