Gaz, électricité, transport… les milliards mobilisés par le Maroc face à la crise

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

Gaz, électricité, transport… les milliards mobilisés par le Maroc face à la criseDrapeau du Maroc © Ayoub Jouadi / LeBrief

A
A
A
A
A

Face aux conséquences économiques du conflit régional déclenché fin février 2026, le Maroc a privilégié une réponse axée sur le maintien des prix de l’énergie et le soutien au secteur du transport. Un récent bulletin de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (ESCWA) met en lumière cette stratégie, tout en soulignant ses limites en matière de protection sociale.

Le Maroc figure parmi les pays arabes ayant réagi rapidement aux conséquences économiques du conflit régional ayant éclaté le 28 février 2026. C’est ce qui ressort d’un bulletin spécial publié par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (ESCWA), qui analyse les politiques adoptées par les États de la région jusqu’au 15 mai 2026 afin de limiter les répercussions sociales et économiques de cette crise.

Selon ce document, le Royaume apparaît parmi les pays ayant pris plusieurs mesures de soutien dès le mois de mars. La représentation graphique du rapport fait état de trois interventions majeures. Toutefois, la section détaillée consacrée au Maroc en recense quatre, toutes classées dans la catégorie des subventions publiques. Cette orientation distingue le Royaume d’autres pays de la région ayant choisi de renforcer les aides sociales directes ou les transferts destinés aux ménages les plus vulnérables.

Électricité verte : le gouvernement encadre l’accès au réseau et la commercialisation

Une stratégie centrée sur les prix de l’énergie

La première décision recensée remonte au 30 mars 2026. À l’issue d’une réunion d’un comité ministériel chargé d’évaluer les conséquences des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le gouvernement a annoncé le maintien des prix du gaz butane et de l’électricité sur le marché national, malgré l’envolée des cours internationaux du pétrole. L’État s’est engagé à absorber les surcoûts à travers un dispositif de subventions financé par le budget public.

Le même jour, une deuxième mesure a été dévoilée en faveur des professionnels du transport. Les transporteurs ont bénéficié d’une aide financière exceptionnelle destinée à compenser la hausse des carburants. Le dispositif prévoyait une subvention de trois dirhams par litre pour le carburant consommé entre le 15 mars et le 15 avril 2026. Plus de 87.000 demandes ont été enregistrées via la plateforme numérique dédiée à ce programme.

Le soutien au secteur du transport a ensuite été renforcé. Le 16 avril, le ministère du Transport et de la Logistique a annoncé la prolongation du dispositif, accompagnée d’une augmentation de 25% du montant des aides accordées aux opérateurs.

Parallèlement, le gouvernement a confirmé, le 2 avril, la mobilisation de 1,65 milliard de dirhams par mois afin de couvrir les coûts supplémentaires liés à la hausse des prix de l’énergie. Cette enveloppe devait permettre de préserver les tarifs du gaz et de l’électricité tout en poursuivant l’accompagnement des transporteurs.

Enfin, le 15 mai 2026, un effort budgétaire supplémentaire a été annoncé avec l’injection de 20 milliards de dirhams additionnels dans le budget de l’année. L’objectif affiché était de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et de préserver la stabilité économique en maintenant les dispositifs de subvention du gaz, de l’électricité et du transport public.

Lire aussi : Pétrole-gaz : une nouvelle ère énergétique s’annonce au Maroc

Les limites d’un modèle basé sur les subventions

Au-delà du recensement des mesures, le rapport de l’ESCWA s’interroge sur leur efficacité à long terme. Le cas du Maroc est présenté comme une illustration de la forte dépendance de plusieurs pays arabes aux subventions universelles pour répondre aux crises économiques.

L’organisation estime que ces interventions permettent certes d’atténuer rapidement les effets de la hausse des prix, mais qu’elles constituent principalement des réponses temporaires plutôt que des réformes structurelles de la protection sociale.

Le bulletin relève également que le Maroc n’a mis en place, durant la période étudiée, ni nouvelles aides sociales ciblées, ni mesures d’assurance sociale, ni dispositifs spécifiques en faveur du marché du travail. L’ensemble de la réponse publique s’est concentré sur les subventions énergétiques.

Selon l’analyse de l’ESCWA, ce type de soutien peut présenter un caractère régressif. Les ménages consommant davantage de gaz ou d’électricité bénéficient mécaniquement d’une part plus importante des subventions que les foyers aux revenus les plus modestes, ce qui limite leur impact redistributif.

Le rapport souligne enfin que les mesures marocaines ont été intégralement financées par des ressources nationales. Contrairement à d’autres pays de la région, comme le Liban ou l’Égypte, le Royaume n’a pas eu recours à un soutien financier extérieur provenant d’organisations internationales ou de partenaires internationaux pour financer cette réponse d’urgence. Cette stratégie traduit la volonté des autorités de contenir le choc énergétique tout en préservant la stabilité économique dans un contexte régional particulièrement incertain.

Quand le pétrole fait vaciller l’économie nationale

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Tanger accueillera la 18e édition du Forum international MEDays en novembre

Le Forum international MEDays réunira à Tanger plus de 8.000 participants venus de 130 pays pour débattre des grands enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques.

Ilyasse Rhamir - 16 juillet 2026
Exportations : l’ASMEX accélère sa stratégie de compétitivité

L’ASMEX lance sa mandature 2026-2029 avec une feuille de route axée sur l’élargissement de la base exportatrice, le financement et la conquête des marchés.

El Mehdi El Azhary - 16 juillet 2026
HCP : la croissance du Maroc devrait accélérer à 5,4% au troisième trimestre 2026

Le HCP prévoit une croissance de 5,4% au troisième trimestre 2026, portée par le rebond de l'agriculture, la demande intérieure et la résilience des services.

Mouna Aghlal - 16 juillet 2026
Gazoduc Maroc-Nigeria : le tracé au Maroc et le calendrier se précisent

Tracé, stations, calendrier et connexion au Gazoduc Maghreb-Europe sont désormais précisés, avec une décision d’investissement attendue fin 2026 et un premier gaz visé en 2031.

Rédaction LeBrief - 16 juillet 2026
Auto Hall prépare une levée de 250 MDH pour sa transformation

Le groupe veut lever près de deux cent cinquante millions de dirhams à la Bourse de Casablanca via une augmentation de capital de 3.846.050 actions à 65 dirhams.

Rédaction LeBrief - 16 juillet 2026
Carburants : le gasoil et l’essence plus chers à partir du 16 juillet

Les prix des carburants repartent à la hausse au Maroc dès le 16 juillet, avec un gasoil en hausse de 65 à 70 centimes et une essence plus chère de 38 à 39 centimes.

Mouna Aghlal - 16 juillet 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire