Législatives 2026 : la jeunesse marocaine face au défi de la participation

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Législatives 2026 : plus de 3.000 observateurs mobilisésEléction législative 2026 © Image générer par IA

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À la veille du scrutin du 23 septembre, les jeunes constituent l’un des principaux enjeux de la mobilisation électorale. Ils représentent une part importante de la population marocaine, mais seulement 4% des inscrits ont entre 18 et 24 ans. Derrière cette faible présence dans les listes électorales se dessine un rapport complexe à la politique ; défiance envers les partis et les institutions, préoccupations très concrètes autour de l’emploi et du pouvoir d’achat, mais aussi une demande de transparence et de redevabilité. Pour les formations politiques, l’enjeu dépasse donc la conquête d’un électorat, il s’agit aussi de renouer un lien distendu avec une génération qui ne se désintéresse pas nécessairement de la chose publique.

Le chiffre interpelle. Sur les 15.801.162 électeurs inscrits sur les listes électorales générales au 10 juillet 2026, les 18-24 ans ne représentent que 4%. Les 25-34 ans pèsent, eux, 15%. À l’autre extrémité de la pyramide, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent plus de 29% du corps électoral.

La comparaison avec le poids démographique de la jeunesse donne la mesure du décalage. Plus de la moitié de la population marocaine a moins de 35 ans, mais les jeunes générations restent nettement moins présentes dans le corps électoral que les catégories plus âgées. Cette situation ne peut toutefois être assimilée directement à de l’abstention ; l’inscription sur les listes électorales constitue une étape distincte de la participation le jour du scrutin.

Reste que cette faible représentation des jeunes dans les listes électorales intervient dans un contexte où leur rapport aux institutions politiques est marqué par une confiance limitée.

Lire aussi : Législatives : de 2021 à 2026, les chiffres du bilan gouvernemental

Une confiance politique sous tension

L’enquête publiée en mars 2026 par Afrobarometer auprès des Marocains âgés de 18 à 35 ans fournit plusieurs éléments permettant de comprendre cette distance. Seulement 37% des jeunes interrogés déclarent faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance au Parlement. La proportion tombe à 33% pour le chef du gouvernement et à 33% pour les partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

La défiance ne se limite pas aux formations politiques nationales. Les jeunes interrogés accordent également une confiance limitée aux institutions locales. Selon la même enquête, 34% déclarent faire confiance à leur conseil municipal. Ils sont par ailleurs plus nombreux que les générations plus âgées à percevoir de la corruption parmi les conseillers municipaux, les parlementaires et les responsables de la Primature.

Le rapport au politique n’est pourtant pas synonyme de désengagement généralisé. Afrobarometer relève que les jeunes Marocains sont moins susceptibles que les plus âgés de déclarer voter, de se sentir proches d’un parti politique ou de se mobiliser auprès d’autres citoyens pour demander une action au gouvernement. Mais ils sont davantage enclins à publier du contenu politique sur les réseaux sociaux et à participer à des manifestations.

Autrement dit, le recul de l’engagement partisan ne signifie pas nécessairement une disparition de l’intérêt pour les affaires publiques. Une partie de la jeunesse semble davantage privilégier des formes d’expression politique extérieures aux structures partisanes traditionnelles.

Le vote, mais pour changer quoi ?

Cette distance avec les partis intervient dans un contexte socio-économique où les attentes sont particulièrement fortes.

Une précédente enquête d’Afrobarometer consacrée à la jeunesse marocaine, publiée en 2025, montre que le chômage et l’inflation figurent en tête des problèmes que les jeunes souhaitent voir traités par les pouvoirs publics. L’enquête relevait également que seuls 20% des jeunes interrogés approuvaient les efforts du gouvernement en matière de création d’emplois et 14% son action concernant la stabilité des prix.

La question de l’emploi occupe une place particulière. Selon les données rapportées à l’approche du scrutin par Reuters, le chômage des jeunes reste élevé et constitue l’un des principaux facteurs alimentant les frustrations exprimées par une partie de cette population. L’agence souligne également le décalage ressenti entre les progrès économiques et infrastructurels du pays et l’accès concret aux opportunités pour certains jeunes.

L’enjeu électoral est donc très concret. Pour une partie de la jeunesse, les questions politiques se mesurent moins à travers les programmes idéologiques qu’à travers leur capacité supposée à améliorer les conditions de vie ; trouver un emploi, accéder à un revenu stable, faire face au coût de la vie ou encore bénéficier de services publics répondant aux attentes.

Cette dimension économique est d’autant plus importante que la jeunesse marocaine est aujourd’hui plus instruite que les générations précédentes. L’enquête Afrobarometer de 2025 indiquait que 56% des 18-35 ans interrogés avaient bénéficié d’un enseignement post-secondaire. Mais cette progression du niveau d’éducation ne se traduit pas nécessairement par une insertion professionnelle à la hauteur des attentes. Seuls 25% des jeunes interrogés déclaraient alors disposer d’un emploi à temps plein.

Une demande de redevabilité

Le paradoxe est particulièrement visible dans les réponses concernant le fonctionnement des institutions.

Les jeunes interrogés par Afrobarometer ne manifestent pas seulement une défiance envers les responsables politiques, ils expriment également des attentes fortes concernant la manière dont le pouvoir doit fonctionner. Ainsi, 67% considèrent que le chef du gouvernement doit rendre compte au Parlement de l’utilisation des fonds publics. Ils sont 63% à estimer qu’il doit respecter les lois et les décisions des tribunaux même lorsqu’il les juge erronées.

Dans le même temps, la perception de la réalité institutionnelle est plus réservée. Seuls 55% des jeunes interrogés estiment que le chef du gouvernement respecte généralement le Parlement, tandis que 50% considèrent qu’il respecte les lois et les tribunaux.

Ce décalage entre les principes auxquels les jeunes adhèrent et la manière dont ils perçoivent leur mise en œuvre constitue un élément central du rapport de cette génération aux institutions.

Il invite aussi à nuancer l’idée d’une jeunesse simplement « désintéressée » par la politique. Les données disponibles montrent plutôt une combinaison de faible confiance, d’attentes élevées et de recherche d’autres formes d’expression.

Les partis à la conquête d’une génération

À quelques jours du scrutin, cette génération représente donc un enjeu politique majeur pour les partis. La question ne se limite pas à leur capacité à convaincre les jeunes de se déplacer aux urnes. Elle concerne également leur aptitude à faire émerger une nouvelle génération de responsables politiques.

Le dispositif électoral mis en place pour les législatives de 2026 prévoit précisément des mécanismes destinés à renforcer la représentation des jeunes. Un soutien financier est notamment prévu pour encourager les formations politiques à présenter davantage de candidats âgés de 35 ans au plus. Le dispositif vise également à renforcer la représentation des femmes, des Marocains résidant à l’étranger et des personnes en situation de handicap.

Cette évolution répond à une question distincte de celle de la participation électorale. Une meilleure représentation des jeunes parmi les candidats ne garantit pas, à elle seule, une participation accrue des jeunes électeurs. Mais elle traduit la volonté d’agir sur l’un des facteurs susceptibles d’alimenter leur distance vis-à-vis des institutions : le sentiment d’être insuffisamment représentés par celles-ci.

Le défi est d’autant plus important que les partis doivent désormais s’adresser à une génération dont une partie de l’engagement politique passe par des canaux différents. Réseaux sociaux, mobilisations ponctuelles et débats en ligne constituent des espaces où la parole politique circule indépendamment des structures partisanes.

Lire aussi : Législatives 2026

Le 23 septembre, un premier test

Le scrutin du 23 septembre constituera une première mesure de cette relation entre la jeunesse et les urnes. Mais son interprétation nécessitera de dépasser le seul taux de participation national.

Il faudra notamment observer la participation des différentes classes d’âge, la répartition des candidats de moins de 35 ans et leur présence éventuelle parmi les élus. Il faudra également mettre ces résultats en regard des attentes exprimées par les jeunes au cours des dernières années.

Car les données disponibles dessinent un tableau plus nuancé qu’un simple désintérêt. D’un côté, les 18-24 ans ne représentent que 4% des inscrits aux législatives de 2026 et les jeunes affichent des niveaux de confiance limités envers les partis et plusieurs institutions. De l’autre, les enquêtes montrent des attentes précises en matière d’emploi, de coût de la vie, de transparence et de contrôle de l’action publique.

La question posée aux partis n’est donc pas uniquement celle de la mobilisation électorale. Elle est aussi celle du lien politique à reconstruire.

À court terme, les formations devront convaincre une partie des jeunes de transformer leurs préoccupations en participation électorale. À plus long terme, elles devront répondre à une interrogation plus profonde : comment restaurer la confiance d’une génération qui demande davantage de résultats, de transparence et de responsabilité, mais qui semble moins disposée que ses aînés à passer par les canaux politiques traditionnels ?

Le 23 septembre apportera une première réponse sur le comportement électoral. Il ne permettra toutefois pas, à lui seul, de trancher la question plus large du rapport de la jeunesse marocaine à la politique. Celle-ci se joue également en dehors des bureaux de vote, dans les universités, sur les réseaux sociaux, dans les mobilisations citoyennes et surtout dans les attentes quotidiennes liées à l’emploi et au niveau de vie.

Chiffres clés

  • 15,8 millions : nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales générales au 10 juillet 2026.
  • 4% : part des inscrits âgés de 18 à 24 ans.
  • 15% : part des 25-34 ans dans le corps électoral.
  • 29% : part des 60 ans et plus parmi les inscrits.
  • 37% : proportion des jeunes de 18-35 ans déclarant faire confiance au Parlement dans l’enquête Afrobarometer.
  • 33% : proportion déclarant faire confiance au chef du gouvernement et aux partis politiques.
  • 67% : proportion des jeunes estimant que le chef du gouvernement doit rendre compte au Parlement de l’utilisation des deniers publics.
  • 63% : proportion estimant que le chef du gouvernement doit respecter les lois et les décisions des tribunaux, même lorsqu’il les juge erronées.
  • 56% : part des jeunes interrogés par Afrobarometer en 2025 ayant déclaré avoir un niveau d’éducation post-secondaire.
  • 25% : proportion déclarant occuper un emploi à temps plein dans cette même enquête.
  • 35 ans : âge maximal retenu dans le dispositif d’incitation destiné à favoriser les candidatures de jeunes.
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