Législatives 2026 : comment expliquer les 38,08% de participation ?
Les derniers électeurs se sont rendus aux urnes à l’approche de la fermeture des bureaux de vote, à 19h. Bureau de vote à Rabat, ce mercredi 23 septembre 2026 © Mohamed Koumiya / LeBrief
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Le taux de participation de 38,08% enregistré lors des élections législatives du 23 septembre 2026 remet au centre du débat le rapport des Marocains aux urnes et aux institutions politiques. Avec une abstention majoritaire, le scrutin s’est caractérisé par une mobilisation nettement inférieure à celle observée lors des précédentes élections législatives.
Pour le politologue Driss Aissaoui, interrogé par LeBrief, ce chiffre constitue un signal important, mais ne peut être interprété isolément. La faible participation renvoie à plusieurs dynamiques : défiance envers la classe politique, décrochage d’une partie de la jeunesse, différences territoriales et évolution des formes d’engagement citoyen.
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Une participation en net recul
Avec 38,08% de participation, les législatives de 2026 affichent un niveau inférieur à celui enregistré en 2021. Cette évolution doit toutefois être replacée dans le contexte particulier du scrutin précédent, organisé simultanément avec les élections communales et régionales.
Pour Driss Aissaoui, « les scrutins locaux mobilisent traditionnellement beaucoup plus en milieu rural en raison des réseaux de proximité et d’enjeux perçus comme plus concrets pour le quotidien des citoyens ».
En 2026, les élections législatives ont été organisées seules. L’absence de ce couplage a donc contribué, selon son analyse, à modifier les conditions de mobilisation électorale.
Le politologue estime que le niveau de participation enregistré reflète surtout les difficultés rencontrées par les formations politiques pour mobiliser l’ensemble de l’électorat. « Ce taux s’inscrit en baisse nette en comparaison avec les élections générales de 2021 », souligne-t-il, en rappelant que la participation avait alors dépassé 50%.
Cette évolution ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à un désintérêt général pour la politique.
Une abstention liée à une crise de confiance
L’une des principales explications avancées par Driss Aissaoui concerne la défiance envers la classe politique. L’abstention peut, selon lui, traduire une forme de distance entre une partie des citoyens et les formations politiques.
Il évoque ainsi « une crise de confiance profonde envers la classe politique », qu’il relie notamment aux préoccupations sociales qui touchent une partie de la population.
Le chômage, particulièrement chez les jeunes diplômés, l’érosion du pouvoir d’achat ainsi que les difficultés perçues dans les secteurs de la santé et de l’éducation figurent parmi les facteurs susceptibles d’affecter le rapport aux institutions.
Dans cette perspective, le retrait des urnes peut également être interprété comme une forme de sanction. Aissaoui parle d’un « vote sanction silencieux », susceptible de traduire une insatisfaction à l’égard des résultats ou des bilans associés à l’action politique.
Cette lecture rejoint une autre dimension de son analyse : l’électeur qui ne se déplace pas n’est pas nécessairement indifférent aux affaires publiques. Il peut manifester son insatisfaction précisément en choisissant de ne pas participer au scrutin.
La jeunesse au cœur du décrochage électoral
La question générationnelle occupe une place centrale dans l’analyse du politologue. Selon les données évoquées par Driss Aissaoui, les 18-24 ans ne représentent plus que 4% des inscrits en 2026, contre 8% en 2021.
Pour lui, cette évolution met en évidence « une rupture générationnelle » et un éloignement d’une partie de la jeunesse vis-à-vis des formes traditionnelles de participation politique.
Le phénomène ne se limite pas au seul jour du scrutin. Il renvoie également à la capacité des partis à créer un lien avec les nouvelles générations et à proposer des réponses aux préoccupations qui les concernent directement.
Le chômage, les perspectives professionnelles et les conditions de vie apparaissent ainsi comme des enjeux importants dans cette relation entre jeunesse et politique.
Aissaoui relève également que les jeunes peuvent investir d’autres espaces pour exprimer leurs revendications. « L’absence dans les urnes ne signifie pas un désintérêt pour la gestion collective », estime-t-il.
Cette évolution conduit donc à distinguer abstention électorale et dépolitisation. Le recul de la participation peut coexister avec d’autres formes de mobilisation et d’expression citoyenne.
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Une politique qui se joue aussi en dehors des urnes
Les réseaux sociaux constituent, dans cette analyse, un nouvel espace d’expression politique. Une partie des citoyens, notamment parmi les jeunes, y exprime des revendications portant sur la justice sociale, la dignité et la gouvernance. Pour le politologue, il faut donc prendre en compte « un déplacement des modes d’engagement qui peut signifier autre chose qu’une dépolitisation ».
L’abstention peut également être volontaire et assumée. Certains citoyens peuvent choisir de ne pas voter pour contester l’offre partisane ou exprimer leur défiance envers les institutions représentatives.
Aissaoui évoque ainsi « le boycott conscient comme acte politique ». Dans cette configuration, l’absence du bureau de vote devient elle-même une forme d’expression, même si elle ne permet pas de mesurer à elle seule les motivations individuelles de l’ensemble des abstentionnistes.
L’analyse du scrutin doit donc intégrer plusieurs indicateurs et ne pas réduire le rapport des citoyens à la politique à leur seule présence dans les bureaux de vote.
Des fractures territoriales persistantes
Le taux national masque également de fortes disparités entre les territoires. Selon les éléments avancés par Driss Aissaoui, les grands centres urbains et certaines provinces du Nord ont connu une forte démobilisation, tandis que les provinces du Sud ont conservé des niveaux de participation beaucoup plus élevés.
La région de Laâyoune-Sakia El Hamra est notamment citée avec un niveau de participation de 77%, contre 61% à Dakhla-Oued Ed-Dahab.
Pour le politologue, ces différences montrent que le rapport au vote varie fortement selon les territoires. Dans les provinces du Sahara, le scrutin conserve une dimension nationale et locale particulière, tandis que dans les grandes agglomérations, l’abstention apparaît davantage liée aux préoccupations socio-économiques et à la distance vis-à-vis des institutions.
Cette fracture géographique constitue ainsi l’un des éléments importants pour comprendre pourquoi un taux national de 38,08% peut coexister avec des niveaux de mobilisation très élevés dans certaines régions.
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Une offre politique jugée insuffisamment différenciée
Au-delà de la participation, Driss Aissaoui met en avant la question de l’offre proposée aux électeurs.
Selon lui, le paysage politique marocain souffre d’une « uniformisation de l’offre politique ». La multiplication des formations partisanes ne garantit pas nécessairement une différenciation suffisamment claire entre leurs projets.
Cette situation peut nourrir chez certains électeurs l’impression que les différentes formations ne proposent pas des alternatives suffisamment distinctes et que leur vote ne permet pas d’obtenir des changements concrets.
Aissaoui évoque également « la crise de confiance et de médiation des partis », estimant que le rôle traditionnel des formations politiques comme intermédiaires entre citoyens et institutions est fragilisé.
Cette crise de la médiation peut alors se traduire par une moindre mobilisation électorale, particulièrement lorsque les citoyens considèrent que les enjeux qui les préoccupent ne trouvent pas de réponses suffisamment visibles.
Une évolution du comportement électoral
La comparaison avec les précédents scrutins permet enfin de mettre en évidence une évolution du comportement des électeurs.
Le taux de participation atteint 38,08% en 2026, contre 50,35% en 2021 et 42,27% en 2016, selon les chiffres repris dans l’analyse de Driss Aissaoui. Le niveau de 2026 se rapproche ainsi des plus faibles taux enregistrés lors des législatives précédentes.
Cette évolution s’accompagne d’une modification de la structure du corps électoral. Les 18-24 ans représentent 4% des inscrits, contre 8% en 2021, tandis que les 25-34 ans passent de 19% à 15%. Dans le même temps, la part des 60 ans et plus atteint 29%.
Le scrutin de 2026 met également en évidence une certaine volatilité parmi les électeurs qui participent. Le recul du RNI et la remontée du PJD illustrent, dans l’analyse du politologue, la capacité d’une partie des électeurs à modifier leurs choix en fonction des bilans et des attentes sociales.
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La crise de la représentation plutôt qu’une dépolitisation
Au terme de son analyse, Driss Aissaoui invite donc à ne pas interpréter mécaniquement les 38,08% de participation comme la preuve d’une désaffection générale pour la politique.
« Il s’avère donc plus rigoureux de parler d’une crise de la représentation institutionnelle traditionnelle plutôt que d’un désintéressement global pour la politique », affirme-t-il.
Le politologue considère que le détachement vis-à-vis des urnes peut coexister avec une vigilance citoyenne exercée en dehors du cadre électoral classique.
Le scrutin du 23 septembre pose ainsi plusieurs questions sur la capacité des partis à renouer avec les électeurs, notamment les jeunes et les populations urbaines. Il interroge également la capacité de la représentation politique à répondre aux préoccupations liées au pouvoir d’achat, au chômage, à la santé et aux services publics.
La faible participation constitue donc un indicateur important du rapport actuel aux élections, mais elle ne résume pas à elle seule le rapport des Marocains à la politique. Pour Aissaoui, l’enjeu dépasse désormais la mobilisation du jour du scrutin : il concerne également la capacité des institutions et des partis à restaurer une médiation politique jugée plus crédible et plus proche des attentes des citoyens.
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