Législatives 2026 : après les urnes, quel rapport de force au Parlement ?

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Législatives 2026 : après les urnes, quel rapport de force au Parlement ?Le Parlement marocain, à Rabat © Ayoub Jouadi / LeBrief

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Avec 97 sièges, le PAM arrive en tête des législatives du 23 septembre, devant le RNI (66) et l’Istiqlal (65). Le PJD signe son retour avec 54 sièges. Le politologue Driss Aissaoui analyse les nouveaux rapports de force et les équations auxquelles les partis seront confrontés au Parlement.

Les résultats provisoires des élections législatives du 23 septembre 2026 redessinent l’équilibre politique au sein de la Chambre des représentants. Le PAM s’impose comme la première force avec 97 sièges, devant le RNI, qui en compte 66, et l’Istiqlal, avec 65 élus. Le PJD réalise de son côté une remontée importante, passant de 13 sièges en 2021 à 54 en 2026.

Cette nouvelle configuration ne donne toutefois pas à une seule formation la capacité de constituer une majorité. Avec 395 sièges à la Chambre des représentants, le seuil de la majorité absolue est fixé à 198 élus. Les résultats placent donc les partis devant une nouvelle équation parlementaire, où le poids des différents groupes et leur capacité à négocier seront déterminants.

Pour comprendre cette nouvelle configuration, LeBrief s’est entretenu avec le politologue Driss Aissaoui.

Lire aussi : Laftit : le PAM en tête des législatives 2026

LeBrief : Avec 97 sièges pour le PAM, 66 pour le RNI, 65 pour l’Istiqlal et 54 pour le PJD, que nous disent ces résultats sur le nouveau rapport de force au sein de la Chambre des représentants ?

Driss Aissaoui : Les résultats provisoires des élections législatives du 23 septembre 2026 redessinent profondément l’équilibre politique au sein de la Chambre des représentants autour de trois dynamiques majeures.

La première est celle qui définit le PAM comme leadership de la majorité sortante. Avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité s’impose comme la première force politique du pays.

Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui avait triomphé en 2021, cède sa première place et rétrograde à 66 sièges. La stabilité de l’Istiqlal, avec 65 sièges, permet au parti de la Balance de talonner le RNI et de maintenir une influence cruciale au centre de l’échiquier politique.

À eux trois, les alliés de la coalition gouvernementale sortante totalisent 228 sièges, dépassant le seuil de la majorité absolue, fixé à 198 sièges sur 395. Bien que reconduite dans les urnes, la coalition voit son centre de gravité basculer du RNI vers le PAM, ouvrant la voie à d’intenses tractations pour la primature.

LeBrief : Quelle est la deuxième dynamique qui ressort de ces résultats ?

Driss Aissaoui : La deuxième dynamique concerne le retour spectaculaire du PJD.

La grande surprise de ce scrutin réside dans la remontada inattendue du Parti de la justice et du développement. En passant de seulement 13 sièges en 2021 à 54 sièges, la formation de Abdelilah Benkirane quadruple sa représentation.

Le parti retrouve son statut de force d’opposition incontournable à la Chambre, capitalisant potentiellement sur le vote sanction ou le mécontentement lié au pouvoir d’achat.

La troisième dynamique concerne la synthèse des forces du quatuor de tête : PAM, RNI, Istiqlal et PJD, avec un premier bloc d’opposition actuellement en forte hausse.

Ce nouveau rapport de force consacre la victoire globale des partis de l’alliance sortante, mais la redistribution interne des forces, avec la victoire nette du PAM sur le RNI, combinée à la résurgence d’une opposition islamiste structurée, promet des débats parlementaires nettement plus équilibrés et offensifs.

Législatives 2026 : suivez les résultats en direct

LeBrief : La majorité absolue étant fixée à 198 sièges, quelles sont les principales contraintes arithmétiques auxquelles les partis vont être confrontés dans la constitution d’une majorité ?

Driss Aissaoui : Pour atteindre le seuil de 198 sièges, synonyme de majorité absolue au sein d’un Parlement de 395 députés, les partis font face à des équations mathématiques rigides, rendues complexes par la fragmentation politique.

Trois principales contraintes arithmétiques pèsent sur les négociations de coalition.

D’abord, il y a le niveau d’effritement du vainqueur et le nombre de partenaires requis. Plus le parti arrivé en tête réalise un score éloigné des 198 sièges, plus il doit multiplier les partenaires de coalition pour atteindre la cible.

Il existe également un effet multiplicateur. Si le parti majoritaire n’obtient qu’une centaine de sièges, comme en 2021, ou moins, comme le bloc du PAM en tête en 2026 avec 97 sièges, une alliance à deux partis devient impossible. Il faut obligatoirement configurer des triangles ou des quadrilatères arithmétiques, autrement dit des alliances à trois ou quatre partis.

Il existe aussi une contrainte de dépendance. Chaque parti supplémentaire intégré pour obtenir les derniers sièges manquants augmente le risque de veto.

LeBrief : Pourquoi la réserve de sièges peut-elle devenir un enjeu dans la constitution d’une coalition ?

Driss Aissaoui : Il y a la question de la vulnérabilité de la « réserve de sièges », c’est-à-dire le matelas de sécurité.

Une coalition bâtie sur une addition arithmétique trop proche de la barre fatidique est structurellement instable. On se retrouve avec le danger du « juste à temps ».

Ici, une alliance totalisant exactement 198 ou 199 sièges ne dispose d’aucune marge de manœuvre. La défection, la dissidence ou simplement l’absence de deux ou trois députés lors d’un vote de confiance ou budgétaire fait immédiatement basculer le gouvernement dans la minorité.

Il y a donc un impératif de surdimensionnement. Les partis cherchent arithmétiquement une coalition surdimensionnée, par exemple 210 sièges ou plus, pour s’offrir un matelas de sécurité face aux frondes internes.

En troisième lieu, il y a la loi des blocs et les incompatibilités idéologiques. L’arithmétique pure se heurte à la réalité des lignes politiques.

Nous avons également le paradoxe des sièges inutilisables. Un parti peut mathématiquement détenir les sièges nécessaires pour faire passer une coalition de 180 à 200 députés, mais si ses positions sont incompatibles avec les autres membres, ces sièges deviennent « arithmétiquement stériles ».

Les négociateurs doivent donc exclure certains blocs de l’addition de départ, ce qui réduit drastiquement les combinaisons gagnantes possibles sur l’échiquier des 395 sièges.

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LeBrief : Au-delà du nombre de sièges, quels enseignements peut-on tirer du scrutin sur la capacité des différents partis à négocier et à peser dans la prochaine législature ?

Driss Aissaoui : Au-delà de l’arithmétique pure des sièges, un scrutin marqué par la fragmentation redéfinit en profondeur la grammaire des négociations et la capacité d’influence réelle des forces politiques.

Plusieurs enseignements majeurs dictent désormais l’aptitude des partis à peser sur la législature.

Nous avons d’abord la fin de l’alignement mécanique adossé au nombre des suffrages. Dans un système émietté sans majorité absolue, le poids politique réel ne dépend plus seulement de la taille du groupe, mais de sa centralité pivot.

Il y a aussi le paradoxe des extrêmes. Un parti arrivé en tête ou avec un contingent massif peut se retrouver isolé et privé de postes clés si des désistements ou des mécanismes politiques figent son pouvoir de négociation.

Nous avons aussi la revanche des pivots. Les partis modérés ou charnières, bien que minoritaires en sièges, maximisent leur pouvoir d’influence. Devenus indispensables pour atteindre des seuils de blocage ou de majorité, ils négocient leurs votes au cas par cas, texte par texte, imposant un coût politique disproportionné à leur taille réelle.

LeBrief : Cette nouvelle configuration peut-elle modifier les pratiques parlementaires ?

Driss Aissaoui : Il y a une culture du compromis face au risque de censure. Le scrutin impose une transition brutale d’une culture de la confrontation à une culture du compromis programmatique.

Les partis qui ont fondé leur campagne sur l’intransigeance doivent choisir entre le blocage systématique, au risque de s’aliéner l’opinion face à l’instabilité, et le compromis partiel.

La capacité à peser dépend de l’aptitude à rédiger des accords à géométrie variable. Les partis capables de transiger sur des thèmes transversaux, comme le pouvoir d’achat, l’inflation ou la fiscalité, deviennent des constructeurs de compromis indispensables.

La cohésion interne constitue également un levier de négociation. Un parti qui négocie doit être capable de « tenir » ses troupes. Le scrutin révèle le degré de discipline des coalitions. Ainsi, si une alliance électorale de circonstance, telle qu’une coalition de gauche ou une coalition gouvernementale sortante, se fracture immédiatement en sous-groupes parlementaires autonomes, sa capacité à peser diminue.

Plus un groupe est homogène et discipliné, plus sa voix est crédible face au gouvernement ou aux autres blocs. Inversement, les partis traversés par des guerres de leadership internes perdent toute fiabilité partenariale.

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LeBrief : Quels autres leviers peuvent permettre aux partis de peser au cours de la prochaine législature ?

Driss Aissaoui : Il y a également l’impact institutionnel et procédural. Le pouvoir parlementaire se mesurera à l’usage des instruments techniques.

Vous avez les niches parlementaires et les amendements. Chaque groupe, dès lors qu’il remplit les critères de constitution, dispose de journées réservées pour imposer ses propres propositions de loi.

Il y a aussi le contrôle des commissions. La présidence de commissions stratégiques, notamment la Commission des Finances, ou l’obtention de postes au Bureau du Parlement octroient un pouvoir de blocage ou d’agenda bien supérieur au simple vote dans l’hémicycle.

En somme, ce scrutin transforme la prochaine législature en un marché parlementaire permanent. Le pouvoir n’y est plus détenu par décret majoritaire, mais par l’art de la diplomatie parlementaire, la ruse procédurale et la flexibilité idéologique.

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