ITW – Chemirani : « la musique est un refuge »
Photo de l'artiste Bijan Chemirani prise lors du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde, le 5 juin 2026 © Ayoub Jouadi / LeBrief
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Vendredi 5 juin, au Jardin Jnan Sbil, le percussionniste iranien Bijan Chemirani a livré, aux côtés de Rami Khalifé et Redi Hasa, une performance immersive avec « L’Antidote », un projet musical pensé comme une réponse aux tensions du monde contemporain.
Interrogé par LeBrief, l’artiste assume pleinement cette dimension. « On vit une période qui est très particulière (…) et on a besoin de moments où on se rassemble, où on s’évade aussi », explique-t-il. Pour lui, la musique, au même titre que les autres formes d’art, constitue une réponse essentielle à un contexte global « très compliqué et pas facile ».
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Une musique du lien et de l’improvisation
Sur scène, le trio a offert un dialogue fluide entre piano, violoncelle et percussions, malgré des racines musicales distinctes. Une alchimie que Bijan Chemirani attribue à l’esprit de rencontre : « On est trois musiciens, trois personnalités différentes, trois cultures différentes (…) mais on a tous envie de créer des ponts, de faire des passerelles entre nos univers ».
Le secret de cette harmonie réside dans l’improvisation, mais aussi dans l’écoute. « C’est basé sur l’improvisation, mais surtout sur la confiance », souligne-t-il. « Quelqu’un va proposer quelques notes, ouvrir un chemin, et après ça circule ». Le format du trio facilite d’ailleurs cette interaction : « À trois, la musique peut circuler comme une discussion. À huit, c’est plus compliqué ».
Si une part de spontanéité est perceptible, elle repose néanmoins sur une structure préalable. « On a quand même un scénario. À l’intérieur, on prend des libertés », précise-t-il. Une construction souple où « l’écoute est très importante », chaque musicien restant attentif aux propositions des autres.
Héritage et liberté
Héritier d’une lignée musicale prestigieuse, fils du maître Djamshid Chemirani, l’artiste revendique un rapport exigeant à la tradition. « Il faut apprendre la grammaire de l’instrument. On ne peut pas faire n’importe quoi », affirme-t-il. Comparant la musique à une langue, il insiste : « On apprend les mots, le vocabulaire, et ensuite on peut parler, raconter ce qu’on veut ».
Mais cette maîtrise n’exclut pas l’évolution. Au contraire, elle la rend possible. « Ça évolue par les rencontres », explique-t-il, évoquant les dialogues avec d’autres instruments et d’autres styles, du jazz au classique. « C’est au contact des autres qu’on apprend ».
Sur le plan personnel, Bijan Chemirani préfère laisser parler la musique plutôt que définir sa propre signature. « Ce n’est pas forcément à moi de le dire », confie-t-il, tout en rappelant l’importance de la transmission familiale. « Notre père nous a dit : vous avez appris, maintenant faites-en ce que vous voulez (…) racontez votre propre histoire ».
Une bulle spirituelle
Dans le cadre du Festival de Fès, dédié aux musiques sacrées, l’artiste reconnaît également une dimension spirituelle dans son approche. « Quand on est dans la musique, on est dans une bulle, un cocon (…) relié à des énergies », décrit-il. Une expérience intime qui dépasse les mots et rejoint l’essence même du festival.
De passage éclair à Fès, le musicien n’a pas eu le temps de pleinement découvrir l’événement, mais confie son attachement à la ville. « À chaque fois que je viens ici, je me dis que j’aimerais revenir juste pour profiter du Maroc et de cette belle culture ».
Avec « L’Antidote », Bijan Chemirani et ses partenaires ont ainsi offert bien plus qu’un concert : une parenthèse de respiration, où la musique devient un langage universel, capable de relier les cultures et d’apaiser, le temps d’un instant, les tourments du monde.
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