Fête de la Jeunesse : pourquoi l’emploi reste-t-il un défi ?
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La Fête de la Jeunesse, célébrée chaque 21 août au Maroc, est une occasion pour s’arrêter sur la situation des jeunes face à l’emploi. Un sujet qui revient au centre des préoccupations. Derrière les progrès réalisés en matière d’éducation et de formation, les statistiques dressées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) mettent en évidence un marché du travail encore difficile d’accès pour une large partie de la jeunesse. Chômage élevé, difficulté d’accès au premier emploi, inadéquation entre les compétences et les besoins des entreprises ou encore progression du déclassement professionnel : les défis restent nombreux.
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Un chômage qui frappe d’abord les jeunes
Le chômage constitue l’un des principaux obstacles à l’insertion économique des jeunes Marocains. Sur l’ensemble de l’année 2025, le taux de chômage national s’est établi à 13%. Derrière cette moyenne se cachent toutefois de fortes disparités selon l’âge, le milieu de résidence et le niveau de qualification.
Les 15-24 ans demeurent particulièrement exposés. Leur taux de chômage a atteint 37,2% en 2025, soit un niveau largement supérieur à la moyenne nationale. La situation apparaît encore plus préoccupante dans les villes, où 29,7% des jeunes actifs étaient sans emploi. Au total, 75,8% des jeunes chômeurs du Royaume résident en milieu urbain.
Cette concentration du chômage dans les villes s’explique notamment par la forte présence des jeunes diplômés dans les centres urbains, mais aussi par les attentes plus élevées en matière de conditions de travail et de rémunération. Pour nombre d’entre eux, l’entrée sur le marché du travail se transforme ainsi en parcours particulièrement long.
L’accès au premier emploi constitue d’ailleurs un autre indicateur préoccupant. La proportion des chômeurs n’ayant jamais travaillé est passée de 49,3% à 52,9%. Autrement dit, plus d’un chômeur sur deux se retrouve encore à la recherche de sa première véritable expérience professionnelle.
Le paradoxe du diplôme
L’un des enseignements les plus frappants des données du HCP concerne le rapport entre niveau d’instruction et chômage. Contrairement à l’idée selon laquelle les études constituent systématiquement un rempart contre l’absence d’emploi, les statistiques montrent une situation beaucoup plus nuancée.
Le taux de chômage atteint 19,1% chez les détenteurs d’un diplôme, contre seulement 3,8% chez les personnes sans diplôme. Cette différence s’explique notamment par la nature des emplois recherchés. Les jeunes diplômés aspirent généralement à des postes correspondant à leur niveau de qualification, alors que les personnes peu ou pas diplômées peuvent davantage s’orienter vers des activités nécessitant moins de qualifications.
Dans le détail, le chômage touche 16,7% des titulaires de diplômes de niveau supérieur, notamment ceux délivrés par les facultés et les grandes écoles. Il s’établit à 16% pour les diplômés de niveau intermédiaire, parmi lesquels figurent les formations professionnelles, et à 11,4% pour les détenteurs de diplômes de niveau inférieur.
Ces chiffres soulignent les limites d’une approche fondée uniquement sur l’accumulation des diplômes. La question n’est désormais plus seulement celle de l’accès à l’éducation, mais aussi celle de la pertinence des compétences acquises au regard des besoins réels de l’économie.
Une économie qui crée des emplois, mais pas assez vite
Le marché du travail marocain n’est pourtant pas totalement figé. L’économie nationale a généré 193.000 emplois sur la période considérée. Cette création de postes témoigne d’une certaine capacité de résistance du marché du travail, malgré les difficultés persistantes.
Mais cette dynamique reste insuffisante pour absorber l’ensemble des nouveaux arrivants et réduire significativement le chômage. La baisse du nombre de chômeurs n’a atteint que 17.000 personnes sur la même période.
Le problème réside donc autant dans le volume des emplois créés que dans leur nature et leur répartition. Les jeunes recherchent notamment des emplois stables, correctement rémunérés et offrant des perspectives d’évolution. Or, une partie importante des opportunités disponibles se concentre dans des activités où les salaires restent modestes et où la protection sociale demeure limitée.
Le déclassement, autre visage de la crise
Décrocher un emploi ne signifie pas pour autant que le problème de l’insertion est définitivement résolu. Pour une partie des jeunes diplômés, l’entrée dans la vie professionnelle s’accompagne d’un phénomène de déclassement.
Les données exploitées par la Banque mondiale auprès du HCP montrent que la proportion des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 34 ans en situation de surqualification est passée de 34% à plus de 43%.
Ainsi, plus de quatre jeunes diplômés du supérieur sur dix occupent un emploi dont les exigences sont inférieures à leur niveau de qualification. Ce décalage traduit une difficulté plus profonde : celle de l’économie à proposer suffisamment de postes à haute valeur ajoutée correspondant aux compétences produites par le système éducatif.
Certains diplômés se retrouvent alors dans des emplois intermédiaires ou dans des secteurs comme le commerce, le BTP et les services de proximité. Si ces activités constituent des sources importantes d’emploi, elles ne permettent pas toujours de valoriser pleinement les compétences acquises durant les années d’études.
Les NEET, une population particulièrement vulnérable
La problématique de l’insertion ne concerne toutefois pas uniquement les jeunes diplômés. Une autre catégorie concentre les inquiétudes des pouvoirs publics : les jeunes NEET, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.
Au Maroc et plus largement en Afrique du Nord, cette population représente environ 20% des jeunes. Son poids révèle l’existence d’une frange de la jeunesse durablement éloignée à la fois du système éducatif et du marché du travail.
Les jeunes femmes sont particulièrement concernées. Les responsabilités familiales, les tâches domestiques non rémunérées et les difficultés d’accès à des emplois de qualité constituent autant de facteurs qui peuvent les éloigner de l’activité économique.
Cette situation représente un enjeu majeur, puisqu’une période prolongée d’inactivité peut compliquer davantage l’insertion professionnelle future et favoriser une perte progressive de compétences ou d’expérience.
Une jeunesse encore largement en dehors du marché du travail
Le faible taux d’activité des 15-24 ans doit également être interprété avec prudence. Il s’établit à 22,7%, un niveau qui s’explique en grande partie par la poursuite des études. Une importante partie de cette tranche d’âge reste donc naturellement éloignée du marché du travail.
Cette réalité rappelle que l’objectif ne consiste pas à faire entrer tous les jeunes immédiatement dans l’emploi, mais à garantir une transition efficace entre formation et activité professionnelle.
Le véritable défi consiste ainsi à réduire les périodes d’attente entre l’obtention d’un diplôme et le premier emploi, tout en renforçant les passerelles entre les établissements de formation et les entreprises.
Adapter la formation aux besoins de l’économie
À l’occasion de la Fête de la Jeunesse, les statistiques du HCP mettent donc en évidence un paradoxe : jamais la jeunesse marocaine n’a été aussi importante pour le développement économique du pays, mais son potentiel reste encore insuffisamment valorisé.
En définitive, ce diagnostic offre l’occasion de rappeler que l’insertion professionnelle ne peut être dissociée des ambitions économiques du Maroc. Réduire le chômage des jeunes, faciliter leur premier accès à l’emploi, limiter le déclassement et mieux intégrer les femmes et les NEET constituent autant de défis qui détermineront la capacité du Royaume à transformer son dividende démographique en véritable moteur de croissance. La jeunesse ne demande pas seulement un emploi : elle attend aussi des perspectives à la hauteur de ses compétences et de ses aspirations.
À l’occasion de la Fête de la Jeunesse, le roi Mohammed VI accorde sa Grâce Royale à 667 personnes, dont 526 détenues et 141 en liberté.
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