Fausses immatriculations de taxis : Marrakech serait-elle moins risquée ?

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

Fausses immatriculations de taxis : Marrakech serait-elle moins risquée?Photo illustration © DR

A
A
A
A
A

Sur les routes des grandes villes marocaines, les taxis font partie intégrante du paysage urbain. Ils assurent chaque jour des milliers de trajets et constituent un maillon essentiel du transport public, notamment dans les zones où bus et tramways sont insuffisants ou inexistants. Pourtant, derrière cette apparente normalité se cache un fléau grandissant : la circulation de taxis munis de faux agréments ou de fausses plaques d’immatriculation.

Ce phénomène ne se limite pas à une simple fraude administrative. Les faux taxis représentent une menace directe pour la sécurité des passagers, nuisent à l’image du secteur touristique, alimentent la concurrence déloyale et sapent la confiance des citoyens envers les institutions et les professionnels du métier. À Casablanca, le problème prend la forme d’un trafic bien organisé, avec falsification de documents officiels et démantèlement de réseaux criminels. À Marrakech, en revanche, ce sont les dérives quotidiennes, les pratiques abusives et la présence de véhicules non autorisés qui inquiètent aussi bien les conducteurs traditionnels que les syndicats.

Contexte : la falsification d’agréments pour les petits taxis, un problème plus grave qu’il n’y paraît

À Casablanca, les rues encombrées et les klaxons incessants dissimulent parfois des pratiques bien plus inquiétantes. La capitale économique du Maroc est aujourd’hui confrontée au fléau des petits taxis circulant avec de faux agréments.

Une affaire révélée par le journal Al Massae met en lumière l’ampleur du problème. Selon le quotidien, les services de sécurité du quartier Hay Hassani ont démantelé une bande organisée spécialisée dans la falsification d’agréments pour petits taxis, dits de deuxième catégorie. Trois individus ont été arrêtés, en possession de preuves accablantes. L’affaire débute par l’interpellation d’un chauffeur de taxi pris avec un agrément falsifié. Une arrestation isolée qui dévoile l’existence d’un véritable réseau.

Lire aussi: Taxis : de nouvelles mesures pour réguler le secteur

L’enquête, menée avec rigueur par la police, a permis de remonter la filière jusqu’à un suspect dont le véhicule contenait plusieurs documents compromettants : des agréments de taxis, des plaques d’immatriculation, et même des plaques de constructeurs automobiles. Il ne s’agissait donc pas d’un simple faussaire, mais d’un acteur clé d’un trafic bien plus vaste. La falsification d’agréments constitue une infraction grave, d’autant plus pernicieuse qu’elle compromet directement la sécurité des usagers et perturbe la régulation du secteur.

Pour les autorités, ce type de fraude compromet l’organisation du transport urbain. Les taxis officiels sont soumis à un nombre limité d’agréments délivrés par l’État et encadrés par une législation stricte. La prolifération de taxis illégaux engendre une concurrence déloyale et échappe à tout contrôle administratif, fiscal et sécuritaire. De plus, ces véhicules peuvent circuler sans assurance adéquate, mettant en danger la vie des passagers en cas d’accident.

Lire aussi: Suites aux incidents des taxis, l’Intérieure rappelle à l’ordre

Ce phénomène soulève également la question du rôle de certains intermédiaires. L’affaire de Casablanca laisse penser que des individus maîtrisent parfaitement les procédés de falsification, ayant accès à des éléments très spécifiques tels que les numéros d’identification, les plaques officielles et les faux tampons, ce qui suggère une possible complicité au sein de certaines administrations ou garages.

Pour les chauffeurs honnêtes, cette situation est désastreuse : ils doivent supporter des charges réglementaires tout en subissant une pression concurrentielle accrue, tandis que les taxis illégaux contournent les règles sans scrupules.

Marrakech et ses dérives quotidiennes : entre arnaques et image ternie

Si Casablanca est en proie à un réseau structuré de falsification, Marrakech fait face à un autre visage du phénomène : la prolifération de pratiques abusives, parfois illégales, qui brouillent la frontière entre légalité et escroquerie.

Lire aussi:  Taxis vs VTC : tensions sur fond de poursuite spectaculaire

En effet, des forums sur les réseaux sociaux alertent les touristes sur la surfacturation, l’une des arnaques les plus fréquentes dans des villes touristiques comme Marrakech. Les chauffeurs refusent souvent d’activer le compteur, notamment pour les trajets depuis l’aéroport, préférant imposer un prix gonflé aux touristes. Ces pratiques discréditent l’ensemble de la profession et alimentent une méfiance généralisée.

L’un des membres de ce groupe sur les réseaux sociaux énumère une liste de recommandations, conseillant aux visiteurs d’exiger l’activation du compteur ou, à défaut, de négocier fermement le tarif avant de monter à bord. Il mentionne également l’alternative des applications comme Careem, InDrive ou Yango, qui permettent de réduire les risques d’abus. Pourtant, ces solutions ne résolvent pas le problème des fausses immatriculations ni celui des taxis dits pirates, qui opèrent dans la ville ocre sans aucune autorisation.

Lire aussi: Qu’est-ce qui agace les passagers lorsqu’ils utilisent un petit taxi ?

Ce danger est souligné par le syndicat des taxis de Marrakech, qui affirme que « ce phénomène est beaucoup plus répandu dans des villes comme Casablanca ». Le syndicat ajoute : « C’est une pratique très dangereuse pour les passagers, notamment à cause des arnaqueurs et des escrocs, mais pour nous, conducteurs de taxi, cela porte atteinte à notre réputation et à notre crédibilité auprès des clients ». Ce témoignage met en lumière une réalité difficile : les professionnels du secteur sont souvent les premières victimes des dérives de quelques-uns.

D’autre part, à Marrakech, le syndicat plaide pour une régulation renforcée et un meilleur encadrement des chauffeurs alternatifs, notamment ceux utilisant des plateformes numériques. « On ne cherche pas le conflit ni à les retirer de la circulation », précise-t-il, « mais simplement qu’ils obtiennent une autorisation d’exercer délivrée par les autorités ». « Nous sommes favorables à la coopération ».

Lire aussi: Taxis : modernisation en cours

Ce souhait d’une coexistence encadrée montre que les chauffeurs traditionnels ne sont pas opposés à l’évolution du secteur, mais refusent une concurrence déloyale. Ils demandent surtout que tous les acteurs soient soumis aux mêmes règles. Une telle régulation permettrait de garantir la sécurité des passagers, la transparence des tarifs et la reconnaissance du métier de chauffeur de taxi, trop souvent dévalorisé.

Les fausses immatriculations de taxis et les pratiques abusives dans le transport urbain desservent autant les professionnels que les usagers. Tandis que Casablanca fait face à un réseau structuré de falsification, Marrakech lutte contre des abus quotidiens et une concurrence déloyale. Dans les deux cas, la régulation, la transparence et la coopération entre autorités et professionnels apparaissent comme les seules voies pour assainir le secteur. La sécurité, l’image du pays et la justice sociale sont en jeu.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Rabat : l’archevêque Cristobal Lopez Romero nie toute accusation et se met en retrait

Cinq femmes accusent le cardinal-archevêque de Rabat de violences sexuelles, selon une enquête de l'AFP. Le Vatican enquête, le religieux nie les faits et se met en retrait.

Wissal Bendardka - 7 juillet 2026
Affaire du chien écorché : le youtubeur Benesnes condamné à huit mois de prison

Le youtubeur marocain Benesnes a été condamné à huit mois de prison et 20.000 dirhams d’amende pour une vidéo virale montrant la mutilation d’un chien mort.

El Mehdi El Azhary - 7 juillet 2026
Vague de chaleur : jusqu’à 47°C dans plusieurs régions du Maroc

Le Maroc reste sous l’effet d’un épisode de fortes chaleurs, avec un pic à 47°C à Es-Semara et quatorze villes au-dessus des 40°C. L’alerte se poursuit jusqu’à jeudi.

Rédaction LeBrief - 7 juillet 2026
« Ma thèse en 180 secondes » : 28 doctorants en finale à l’UIR

28 doctorants concourent à l'UIR le 7 juillet 2026 pour présenter leur thèse en 3 minutes dans le cadre du concours « Ma thèse en 180 secondes ».

El Mehdi El Azhary - 6 juillet 2026
Près de deux Marocains sur trois se prononcent en faveur d’un GMT permanent

Sondage : 64% des Marocains se disent favorables à l'adoption du GMT tout au long de l'année, tandis que 66% estiment que le maintien du GMT+1 a un impact négatif sur le quotidien.

Mouna Aghlal - 6 juillet 2026
PHOTOS – Terrorisme : le BCIJ démantèle une cellule liée à Daech

Le BCIJ a neutralisé une cellule terroriste active dans plusieurs villes du Maroc. Dix suspects ont été arrêtés et un important arsenal a été découvert.

Ilyasse Rhamir - 6 juillet 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire