Entrepreneuriat féminin : créer une entreprise ne suffit plus

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Entrepreneuriat féminin : créer une entreprise ne suffit plusConférence de presse l’AFEM, le 23 octobre 2026 à Casablanca © Ayoub Jouadi/LeBrief

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Elles créent des entreprises, mais combien parviennent à les faire durer ? Au Maroc, l’entrepreneuriat féminin se heurte à une réalité moins reluisante que les discours sur l’autonomisation économique : accès difficile au financement, garanties bancaires, activités qui restent informelles et entreprises qui peinent à survivre. Lors d’une conférence de presse organisée par l’Association des femmes chefs d’entreprises du Maroc (AFEM), à l’occasion de la présentation de sa feuille de route à l’horizon 2030, sa présidente, Chahibia Belbzioui, a mis le doigt sur ce qui constitue l’un des grands défis de l’entrepreneuriat féminin : passer de la création à la pérennité.

Au Maroc, le problème n’est pas seulement d’encourager les femmes à entreprendre. C’est aussi de leur permettre de tenir sur la durée. Nombre de structures ne parviennent pas à s’installer durablement dans le paysage économique.

Lors de cette conférence de presse, la présidente de l’AFEM a évoqué quelque 60.000 entreprises créées par des femmes, un chiffre issu d’une étude de l’Observatoire marocain de la très petite et moyenne entreprise (OMTPME), selon ses explications. Mais elle a aussitôt souligné les limites de cette donnée. « La majorité de ces entreprises n’arrivent pas à faire survivre leurs entreprises », a-t-elle expliqué, en évoquant les difficultés auxquelles se heurtent les entrepreneures.

Le constat est important. Car créer une entreprise ne signifie pas nécessairement parvenir à dégager des revenus réguliers, à recruter, à investir ou même à poursuivre son activité quelques années plus tard. Et faute de données consolidées sur leur chiffre d’affaires, il reste difficile de mesurer précisément le poids économique des entreprises dirigées par des femmes.

Le financement, premier obstacle

Parmi les freins évoqués par la présidente figurent les difficultés d’accès au financement. Pour obtenir un crédit, les entrepreneures doivent notamment présenter des garanties et constituer des dossiers bancaires solides. Des démarches qui peuvent se révéler particulièrement compliquées pour celles qui disposent de peu de patrimoine ou qui débutent leur activité.

A cela s’ajoutent, selon la présidente, des obstacles socioculturels, mais aussi des lacunes en matière de préparation des dossiers et de connaissance des mécanismes de financement. Autrement dit, l’envie d’entreprendre ne suffit pas toujours. Encore faut-il disposer des moyens et des compétences nécessaires pour transformer une initiative en activité économiquement viable.

Cette difficulté pose une question plus large : les dispositifs d’accompagnement se concentrent-ils suffisamment sur la croissance des entreprises, ou restent-ils trop souvent focalisés sur leur création ? Pour l’AFEM, le défi est désormais de dépasser la logique du nombre et de miser davantage sur la consolidation des structures existantes.

L’objectif de sa feuille de route 2030 est d’accompagner les entreprises vers davantage de compétitivité, d’innovation, de digitalisation et de performance. Il ne s’agit plus seulement de compter les nouvelles structures, mais de leur donner les moyens de se développer et de créer de la richesse.

Une économie féminine encore invisible

Le paradoxe ne s’arrête pas aux entreprises officiellement constituées. Une partie de l’activité économique des femmes échappe également aux statistiques. Au cours de la conférence, une intervenante a avancé que plus de 100.000 femmes travailleraient depuis leur domicile, dans des activités qui ne sont pas pleinement comptabilisées dans l’économie nationale.

Ces activités peuvent représenter une source de revenus et mobiliser de véritables savoir-faire, sans pour autant déboucher sur une entreprise structurée. La crainte de la fiscalité, le manque d’incitations spécifiques et les difficultés liées à la formalisation contribueraient à maintenir certaines femmes dans cette situation, selon les explications avancées lors de la rencontre.

Pour l’association, élargir le champ de l’accompagnement devient donc indispensable. L’AFEM souhaite désormais intégrer davantage les autoentrepreneures, les microentreprises et les femmes rurales, dont les activités se développent notamment dans le cadre de coopératives ou de l’économie sociale et solidaire.

La présidente a d’ailleurs indiqué que les femmes rurales ne représentaient qu’environ 7% des cheffes d’entreprise membres de l’association. Un chiffre qui traduit aussi les limites d’un modèle historiquement tourné vers les dirigeantes disposant déjà d’un statut juridique et d’une entreprise formellement constituée.

L’enjeu est de permettre à ces activités de franchir une nouvelle étape : structurer leur fonctionnement, améliorer la commercialisation de leurs produits, accéder aux financements et, à terme, créer des emplois.

Passer de la création à la croissance

C’est précisément ce changement de logique que l’AFEM entend porter dans sa feuille de route à l’horizon 2030. L’association veut renforcer sa présence dans les régions et orienter davantage son accompagnement vers des secteurs jugés stratégiques, comme l’industrie, le numérique, l’énergie, la santé et les activités tournées vers l’exportation.

Reste à savoir comment cette ambition se traduira concrètement pour les entrepreneures. Combien d’entreprises seront accompagnées ? Combien parviendront à franchir un cap de croissance ? Et combien créeront des emplois durables ? Autant de questions auxquelles les résultats de cette stratégie devront permettre de répondre.

Car c’est là que se joue une bonne partie de l’avenir de l’entrepreneuriat féminin au Maroc. Non pas uniquement dans la capacité à lancer de nouvelles entreprises, mais dans celle de leur permettre de résister aux premières années, de trouver des débouchés, de financer leur développement et de s’inscrire dans la durée.

La création constitue un point de départ. La pérennité, elle, reste le véritable test.

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