Entre deux rives : grandir franco-marocaine

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Maroc-France : renforcement de la coopération parlementaireImage d'illustration. DR.

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« Se sentir chez soi dans deux pays ». L’expression semble simple, presque évidente. Pourtant, derrière elle se cache une réalité bien plus complexe, faite de tiraillements, de nostalgie et de questionnements identitaires. Riham, jeune franco-marocaine, raconte avec une lucidité désarmante ce que signifie appartenir à deux cultures sans jamais pleinement appartenir à l’une d’elles.

Il y a des questions qui paraissent anodines jusqu’à ce qu’on tente d’y répondre honnêtement. « Quand tu dis chez moi, tu penses plutôt à la France ou au Maroc ? » Pour Riham, la réponse est instinctive : le Maroc. Non pas parce que la France lui serait étrangère – elle y vit, y grandit, y construit son avenir – mais parce que le Maroc, c’est là où se trouve le reste. La famille, les cousins, les rires partagés une fois par an, le temps suspendu des vacances estivales. « Quand j’y vais, je vois ma famille que je ne vois jamais, et c’est peut-être eux qui font que cet endroit est plus chez moi ».
En France, la vie quotidienne est celle d’un foyer réduit à son noyau : les parents, la sœur. Une cellule aimante, certes, mais qui ne suffit pas à combler l’absence de tous les autres. Le Maroc, lui, déborde de bruit, de présence, de liens. C’est ce trop-plein affectif qui le rend irremplaçable aux yeux de Riham, et qui fait de chaque retour en France une forme de deuil silencieux.

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La nostalgie comme état permanent

Ce deuil, Riham l’a nommé avec une précision qui surprend : la nostalgie. Mais pas celle qu’on imagine, tournée vers un passé révolu. La sienne est une nostalgie du moment présent, ce sentiment étrange de vouloir retenir l’instant même où on le vit, de savoir qu’il est déjà en train de s’échapper. Au Maroc, elle ne veut pas rentrer. En France, elle repense au Maroc. « Le sentiment ne change pas vraiment, peu importe où je suis. Il est juste plus long quand je suis en France ».

Cette formulation dit tout d’une vie partagée entre deux espaces-temps qui ne se superposent jamais vraiment. Il n’y a pas de repos, pas de moment où l’on est pleinement là, sans l’ombre de l’ailleurs. La nostalgie devient alors moins une émotion passagère qu’un état de fond, une manière d’être au monde propre à ceux qui ont grandi entre deux pays. Elle n’est ni triste ni heureuse, elle est simplement là, comme une musique de fond qu’on finit par ne plus entendre mais qui continue de jouer.

Ni vraiment française, ni vraiment marocaine

Mais au-delà de la nostalgie, c’est la question de l’appartenance qui revient avec le plus de force dans le témoignage de Riham. Être franco-marocaine, c’est évoluer dans un entre-deux permanent. Non pas comme un équilibre confortable, mais comme une zone grise où les identités se négocient en permanence. Au Maroc, la barrière de la langue et les écarts culturels creusent une distance avec la famille et les voisins. En France, c’est autre chose : on n’est jamais vraiment considéré comme français.

« On n’est jamais pleinement considéré comme marocain au Maroc, et jamais vraiment comme français en France ». Cette double exclusion, formulée avec un calme qui n’enlève rien à sa violence, dessine le quotidien de nombreux jeunes issus de l’immigration. Pas d’un côté, pas de l’autre. Toujours entre les deux. Et avec cet entre-deux vient une remise en question permanente : suis-je vraiment française ? Vraiment marocaine ? Faut-il choisir ?
Riham perçoit elle-même le piège de cette injonction au choix. Elle sait, intellectuellement, qu’elle est les deux à la fois, et qu’elle n’a pas à trancher. Mais savoir et ressentir sont deux choses différentes. La société, dans ses deux versants, continue de lui renvoyer l’image d’une appartenance incomplète, et c’est contre cette image-là qu’il faut sans cesse se battre pour simplement exister dans sa pleine complexité.

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Ce que le témoignage de Riham révèle, en creux, c’est que l’identité biculturelle n’est pas un don mais un travail. Un travail quotidien, parfois épuisant, qui consiste à habiter deux cultures sans se laisser réduire à aucune des deux. La France lui a offert des opportunités, une ouverture sur le monde, la fierté de rendre ses parents – qui ont tout quitté pour immigrer – fiers de ce qu’elle devient. Le Maroc lui a offert la chaleur d’une famille élargie, un ancrage affectif profond, le sentiment d’être attendue et aimée au-delà du cercle restreint du quotidien.

Entre ces deux héritages, Riham ne choisit pas. Elle compose, elle navigue, elle négocie. Et c’est peut-être là, dans cette capacité à tenir les deux bouts sans lâcher ni l’un ni l’autre, que réside la force tranquille de ceux qui grandissent entre deux rives.

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