Enseignement supérieur : une rentrée sous haute tension
Azzedine El Midaoui, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation © DR
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Au lendemain de l’adoption du projet de loi 59.24, les enseignants du supérieur sont montés au créneau, à l’instar du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup), qui a réagi en convoquant une réunion d’urgence à Rabat, vendredi dernier. Le bureau national du SNESup a dénoncé une « approche exclusiviste » du ministre et reproché au gouvernement d’avoir soumis le texte au Conseil du gouvernement du 28 août sans réelle concertation avec les partenaires sociaux.
Selon le syndicat, cette démarche traduit un mépris des engagements pris lors de la réunion du 24 juillet 2025. Il ajoute que plusieurs dossiers sensibles restent en suspens, notamment la reconnaissance du doctorat français, la question des promotions, l’ancienneté générale ou encore l’exonération fiscale des indemnités de recherche scientifique. Le SNESup appelle à un « front national » pour défendre la gratuité de l’enseignement supérieur, la dignité des enseignants et le rôle central de l’université publique.
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Cette fronde du SNESup s’ajoute à celle des enseignants-chercheurs progressistes, affiliés au syndicat, qui avaient déjà donné le ton avant même la présentation officielle du texte. Dans un communiqué daté du 25 août, ils qualifiaient le projet de loi d’« attaque frontale » contre l’université publique et de « régression démocratique ». Ces derniers ont accusé le ministère de vouloir réduire les structures élues — conseils d’université, laboratoires, filières — à de simples instances consultatives, vidées de tout pouvoir réel.
Privatisation et perte d’autonomie redoutées
Les critiques émises à l’encontre de ce projet de loi convergent sur plusieurs points, notamment la recentralisation des décisions stratégiques au profit du ministère, la mise en place d’un conseil d’administration assimilé à une tutelle administrative, et surtout le risque d’une privatisation progressive du secteur. Pour de nombreux enseignants-chercheurs, ce texte tend à transformer le savoir en marchandise, l’étudiant en « client » et l’enseignant en simple exécutant technique.
Le SNESup accuse en outre le ministère d’imposer un cahier des charges pédagogique national « élaboré en dehors des cadres légaux et sans concertation avec les enseignants ». Cette méthode, estiment-ils, fragilise l’unité de l’enseignement supérieur, remet en cause le principe de gratuité et affaiblit le rôle de l’université publique dans la société.
La riposte syndicale s’organise
La contestation dépasse le seul SNESup. Le Syndicat national des fonctionnaires de l’enseignement supérieur et des cités universitaires (affilié à la CDT) a également annoncé un calendrier de grèves et de sit-in pour septembre et octobre. La mobilisation débutera par une grève nationale de 48 heures les 2 et 3 septembre, suivie d’une grève de 72 heures les 9, 10 et 11 septembre, accompagnée d’un sit-in devant le ministère le 10. Deux autres séries de grèves de 72 heures sont prévues les 17-19 septembre et les 30 septembre-2 octobre, dont l’une comprendra une action devant le ministère de l’Économie et des Finances.
Enseignement supérieur : une série de grèves et de sit-in annoncée en septembre
Ces syndicats reprochent au gouvernement un manque de dialogue sérieux, le retard dans la finalisation du statut des fonctionnaires du secteur, ainsi que des « mesures visant à briser les mouvements de grève ». Ils affirment que la mobilisation se poursuivra tant que le texte ne sera pas renvoyé à la table des négociations.
Vers un bras de fer à l’approche de la rentrée
La rentrée universitaire 2025-2026 s’annonce donc particulièrement tendue. D’un côté, un ministère déterminé à imposer une réforme et à donner un nouvel élan à l’enseignement supérieur. De l’autre, une communauté universitaire qui redoute une remise en cause profonde de l’autonomie, des acquis sociaux et de l’identité de l’université publique.
Le bureau national du SNESup appelle la Commission administrative à se réunir le 14 septembre afin d’élaborer un plan d’action visant à suspendre la procédure législative. Il prévoit également l’organisation d’une conférence de presse pour alerter l’opinion publique et renforcer la mobilisation.
Alors que les coordinations étudiantes envisagent, elles aussi, de se mobiliser si le texte n’est pas amendé, le spectre d’une paralysie nationale de l’enseignement supérieur se profile. À terme, le projet de loi 59.24 pourrait devenir le point de rupture entre le gouvernement et une communauté académique déterminée à défendre son avenir.
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