Élections 2026 : 61% des Marocains ont l’intention de voter

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

Élections 2026 : 61% des Marocains ont l’intention de voterUn électeur glisse son bulletin de vote dans une urne © DR

A
A
A
A
A

À l’approche des élections législatives de 2026, la question de la participation électorale s’impose comme l’un des principaux enjeux du débat public. Dans un contexte marqué par une défiance persistante envers les partis politiques et une perception critique de leur action, les intentions de vote et les facteurs déterminants de la mobilisation électorale font l’objet d’une attention accrue.

 

Une enquête récente menée par le cabinet d’étude Sunergia apporte un éclairage détaillé sur les attitudes politiques des Marocains, leur disposition à voter et les facteurs susceptibles d’influencer leur participation. Selon les résultats de l’enquête, 61% des Marocains déclarent avoir l’intention de participer aux prochaines élections législatives, dont 54% affirment qu’ils iront « certainement » voter.

Cette proportion suggère une base de participation majoritaire, mais elle demeure fragile compte tenu du niveau relativement élevé de l’abstention déclarée et de l’indécision. En effet, 24% des personnes interrogées indiquent qu’elles ne comptent pas voter, tandis que 15% ne se prononcent pas encore.

L’analyse sociodémographique montre des disparités significatives. L’intention de vote est plus élevée chez les personnes âgées de 45 ans et plus, chez les habitants des régions du Nord et de l’Est ainsi que dans les zones rurales.

À l’inverse, l’abstention potentielle est plus marquée parmi les jeunes âgés de 18 à 34 ans, les populations urbaines et les habitants du centre du pays. Ces écarts confirment une tendance déjà observée lors de précédents scrutins, caractérisée par une participation plus forte des électeurs âgés et ruraux.

Parmi les Marocains déclarant vouloir voter, la motivation dominante reste le sens du devoir citoyen, cité par 51% des répondants. Cette dimension civique demeure donc un moteur central de la participation électorale. En deuxième position, 38% affirment vouloir voter pour changer l’orientation politique actuelle, ce qui traduit une volonté de transformation politique chez une partie importante de l’électorat.

Les motivations plus directement liées à l’offre politique apparaissent moins déterminantes. En effet, 13% indiquent voter pour soutenir une personne ou une liste spécifique, 8% évoquent l’existence de programmes jugés convaincants, tandis que 5% déclarent voter sans raison particulière et 2% mentionnent une pression sociale ou familiale.

Ces données suggèrent que la participation électorale repose davantage sur des considérations civiques ou de changement politique global que sur l’adhésion forte à des partis ou à des projets politiques spécifiques.

Lire aussi : Rabat : organisation d’un coloque sur les enjeux juridiques et politiques des élections législatives de 2026

La défiance envers les partis, premier facteur d’abstention

Du côté des abstentionnistes, la principale raison avancée est le manque de confiance dans les partis politiques, cité par 53% des personnes qui déclarent ne pas vouloir voter. Cette donnée confirme l’existence d’un déficit de crédibilité des formations politiques, considéré comme l’un des principaux obstacles à la mobilisation électorale.

D’autres facteurs expliquent également la non-participation. Concrètement, 17% estiment qu’aucun candidat n’est convaincant, 10% indiquent ne pas être inscrits sur les listes électorales et 6% déclarent ne pas comprendre le processus électoral. Enfin, 16% affirment ne pas avoir de raison particulière pour leur choix de ne pas voter. L’ensemble de ces résultats souligne que l’abstention combine des facteurs politiques, institutionnels et informationnels.

L’enquête met également en évidence l’intérêt potentiel des innovations technologiques pour renforcer la participation électorale. Ainsi, 67% des Marocains estiment que l’introduction du vote électronique pourrait les encourager à voter ou faciliter leur participation, dont 56% se disent convaincus de son effet positif.

Ce soutien est particulièrement marqué chez les parents ayant des jeunes âgés de 18 à 24 ans ainsi que parmi toutes les catégories socioprofessionnelles. En revanche, 20% des personnes interrogées considèrent que le vote électronique n’aurait pas d’impact sur leur participation et 12% ne se prononcent pas. Ces résultats suggèrent que la modernisation des modalités de vote pourrait contribuer à réduire certaines barrières pratiques, sans toutefois suffire à résoudre les causes politiques de l’abstention.

Une satisfaction limitée envers les partis politiques

L’enquête du cabinet Sunergia révèle également un niveau relativement faible de satisfaction à l’égard des partis politiques. Seuls 20% des Marocains déclarent être satisfaits de leur action, dont 7% très satisfaits et 13% plutôt satisfaits. À l’opposé, 41% se disent insatisfaits, tandis que 38% ne se prononcent pas.

La satisfaction apparaît plus élevée chez les hommes, les populations rurales et les personnes âgées de 45 à 54 ans, alors que l’insatisfaction est plus marquée chez les jeunes adultes de 25 ans à 34 ans, les citadins et les catégories socioprofessionnelles supérieures. Ces résultats confirment une fracture générationnelle et territoriale dans la perception de l’action politique.

Lire aussi : Participation politique des femmes : cap sur la stratégie des prochaines élections

Les personnes insatisfaites invoquent principalement l’absence de résultats concrets, citée par 64% des répondants. Les promesses non tenues constituent la deuxième cause de mécontentement, mentionnée par 34% des personnes interrogées. Par ailleurs, 24% estiment que les responsables politiques ne traitent pas suffisamment les problèmes prioritaires, notamment l’emploi et la santé.

D’autres motifs sont également évoqués, notamment la corruption et les intérêts personnels (15%), le manque de communication (11%), l’insuffisance de compétence (10%), la perception d’une faible représentation des jeunes (5%) ainsi que l’augmentation du coût de la vie et l’absence de vision claire (4%). Ces facteurs témoignent d’une insatisfaction multidimensionnelle, liée à la fois aux performances politiques, à la gouvernance et à la représentation.

Une connaissance encore partielle des nouvelles opportunités politiques pour les jeunes

L’étude souligne enfin le niveau de connaissance des dispositions permettant aux jeunes de moins de 35 ans de se présenter aux élections législatives sans passer par un parti politique. Selon les résultats, 51% des Marocains sont informés de cette possibilité, tandis que 49% déclarent ne pas en avoir connaissance.

La connaissance de cette mesure est plus répandue chez les hommes, les jeunes de 25 à 34 ans et les catégories socioprofessionnelles aisées et moyennes, alors qu’elle reste moins connue chez les femmes, les personnes âgées de 65 ans et plus et les catégories socioprofessionnelles populaires. Cette situation met en évidence l’importance de renforcer les actions d’information et de sensibilisation afin de favoriser la participation politique des jeunes et de promouvoir les nouvelles formes de candidature.

Dans l’ensemble, les résultats de l’enquête menée par le cabinet Sunergia mettent en évidence une participation électorale potentiellement majoritaire mais encore fragile, fortement influencée par le niveau de confiance envers les partis politiques et par la perception de leur efficacité. Si le sens du devoir citoyen demeure un facteur clé de mobilisation, la défiance politique constitue toujours un obstacle important à la participation.

La modernisation des modalités de vote, notamment par l’introduction du vote électronique, apparaît comme un levier potentiel pour faciliter la participation, mais elle ne saurait à elle seule résoudre les causes structurelles de l’abstention. L’amélioration de la crédibilité des partis, la production de résultats tangibles et le renforcement de la communication politique semblent ainsi constituer des conditions essentielles pour consolider la participation électorale lors des législatives de 2026.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Routes endommagées par les intempéries : 124 tronçons rouverts, 44 restent fermés

Politique - Le ministre Nizar Baraka a annoncé la réouverture de 124 tronçons sur 168 affectés par les intempéries, tandis que 44 restent fermés.

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Le Conseil de gouvernement adopte le projet de loi de règlement de l’exercice 2024

Politique - le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi de règlement n°04.26 relatif à l’exécution de la loi de finances 2024.

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Eau, énergie, alimentation : le HCP lance une prospective nationale à l’horizon 2040

Economie - Le HCP lance une étude prospective à l’horizon 2040 sur le Nexus Eau–Énergie–Alimentation. Associant plusieurs ministères et Bank Al-Maghrib.

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Addis-Abeba : Nasser Bourita multiplie les échanges avec ses homologues africains

Politique - À Addis-Abeba, Nasser Bourita a rencontré plusieurs ministres africains des Affaires étrangères en marge de la 48ᵉ session du Conseil exécutif de l’UA. Des échanges centrés sur la coopération bilatérale, à l’approche du sommet continental.

Ilyasse Rhamir - 11 février 2026
Autonomisation économique des femmes : le Parlement au cœur des réformes

La Chambre des représentants a accueilli, mercredi, une conférence-débat dédiée aux politiques publiques et aux cadres législatifs favorisant l’autonomisation économique des femmes. Cette initiative a…

Mouna Aghlal - 11 février 2026
Le Maroc décroche un nouveau mandat au Conseil paix et sécurité de l’UA

Politique - Élu dès le premier tour à Addis-Abeba, le Maroc obtient un nouveau mandat de deux ans au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

Ilyasse Rhamir - 11 février 2026
Voir plus
Sahara : 4 ans pour tout régler ?

Dossier - Le Maroc peut maintenant demander plus : sortir le dossier du Sahara de la quatrième commission de l'ONU, inscrire le Polisario comme organisation terroriste…

Sabrina El Faiz - 25 janvier 2025
Inondations à Safi : le PJD demande la reconnaissance officielle de la catastrophe

Politique - Après les inondations meurtrières, le PJD demande une officialisation de la catastrophe pour soutenir les victimes et les sinistrés.

Mouna Aghlal - 17 décembre 2025
Sahara : Guterres appelle à un changement de cap

Politique - L’ONU tire la sonnette d’alarme : le Sahara reste en tension, Guterres appelle les parties à un changement de cap pour éviter l’escalade.

Hajar Toufik - 25 août 2025
Fête du Trône : le Roi adresse un discours à la Nation

Le roi Mohammed VI a adressé, mardi, un discours au peuple marocain à l’occasion du 26e anniversaire de son accession au Trône. Voici le texte…

Rédaction LeBrief - 29 juillet 2025
Parlement : la diplomatie de l’ombre

Dossier - À l’instar d’un pur-sang arabe, le Parlement avance toujours, rectifiant ses virages au besoin. Immersion dans un univers parallèle.

Sabrina El Faiz - 28 décembre 2024
Le roi Mohammed VI adressera un discours à son peuple ce soir

Politique - Le Ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie annonce que le roi Mohammed VI adressera un discours à son peuple.

Rédaction LeBrief - 31 octobre 2025
pub

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire