SIAM 2026 : du terroir à l’export, la montée en gamme des coopératives sahraouies
Stand de la coopérative Bouhassoune au SIAM 2026 © DR
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Le Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) a une nouvelle fois servi de vitrine aux produits du terroir et, plus largement, à un modèle économique qui prend de l’ampleur : celui de la coopérative.
Pour cette 18e édition, le salon a accueilli plusieurs coopératives venues des provinces marocaines du Sud, mettant en lumière des savoir-faire ancrés dans le terroir local et des initiatives entrepreneuriales qui, au-delà de la valorisation des produits, contribuent à la création de revenus, à l’autonomisation des femmes et à la consolidation du tissu économique régional.
Selon l’Office du développement de la coopération (ODCO), le Maroc comptait 60.000 coopératives en 2023, dont 7.730 exclusivement féminines. Dans l’agriculture, premier secteur coopératif du pays, l’ODCO recense 40.033 coopératives regroupant 541.463 adhérents, dont 2.291 coopératives féminines et 24.084 adhérentes.
Ces chiffres disent à eux seuls le passage d’un tissu associatif de proximité à un véritable maillage entrepreneurial, particulièrement dans les territoires où l’économie formelle reste moins dense.
Les régions du Sud, des pôles coopératifs en pleine ascension
C’est précisément dans cette lecture qu’il faut replacer les coopératives sahraouies et celles du Sud en général. La région de Guelmim-Oued Noun, à elle seule, compte 3.464 coopératives, 23.982 adhérents, 582 coopératives féminines et 4.230 adhérentes. Laâyoune-Sakia El Hamra affiche, elle, 3.893 coopératives, 24.441 adhérents, 888 coopératives féminines et 5.870 adhérentes. Autrement dit, ces régions ne sont pas à la marge du mouvement coopératif marocain, elles en constituent l’un des pôles les plus dynamiques, notamment sur les segments féminins.
Sur les stands du salon, cette réalité se lit dans les produits exposés. Lahcen Sari, coopérateur originaire de la région de Guelmim-Oued Noun, a présenté plusieurs produits issus des provinces du Sud, parmi lesquels le daghmous, le fernan, les plantes aromatiques, le thym et surtout le miel.
« L’essentiel est de présenter les meilleurs produits issus de nos provinces du Sud », a-t-il expliqué, en soulignant que le salon constitue, selon lui, un excellent débouché pour le secteur. Il a ajouté que l’affluence est bonne et que la demande en miel est particulièrement importante, surtout pour le miel des provinces du Sud.
Au-delà du discours commercial, Lahcen Sari a défendu une identité de produit fondée sur l’environnement local. Pour le miel de Guelmim, il a insisté sur « sa grande qualité », qu’il attribue à la faible utilisation des pesticides et des médicaments, ainsi qu’à la rudesse du climat. Le miel de daghmous, a-t-il poursuivi, est « excellent, tout comme le miel de printemps : un miel pur, non mélangé, totalement naturel ».
Sur le soutien public, il dit bénéficier d’initiatives et d’un « accompagnement du département de l’Agriculture », tout en rappelant que la réussite dépend aussi, selon ses mots, du travail, de l’effort et d’une coopération constante entre État et coopératives.
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Des coopératives féminines au service de l’emploi et du revenu
Cette articulation entre terroir, valeur ajoutée et travail collectif se retrouve également chez les coopératives féminines.
Khadija Choukri, présidente de la coopérative Al Amani, dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, a expliqué que sa structure propose du couscous sous toutes ses formes et participe pour la deuxième fois au Salon international de l’agriculture au Maroc. Elle dit y retrouver des « clients fidèles, certains ayant déjà acheté l’an dernier et revenant cette année, tandis que d’autres découvrent la coopérative ». Cette dernière, a-t-elle rappelé, a été créée pour ouvrir un espace de travail aux femmes, en particulier à celles qui ont besoin d’un revenu mensuel pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.
Le cas d’Al Amani illustre un enjeu plus large qu’est celui de l’autonomisation économique des femmes par l’entrepreneuriat collectif. « Plusieurs femmes travaillent aujourd’hui au sein de la coopérative de manière permanente, et d’autres sont sollicitées lorsque la production augmente ». Par ailleurs, « l’accompagnement des services agricoles de Laâyoune et les formations reçues grâce à des structures chargées du développement coopératif » ont été essentiels à la réussite de la coopérative, fait valoir notre interlocutrice.
Partie d’une idée et de moyens limités, la structure bénéficie aujourd’hui d’un soutien matériel et d’une formation continue, ce qui lui a permis de progresser. Pour sa présidente, ce projet « a changé la vie de femmes qui n’avaient aucun revenu ».
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De l’artisanat à l’entreprise structurée
La trajectoire racontée par Khadija Bouhassoune, présidente de la coopérative Bouhassoune, dans la région de Guelmim-Oued Noun, apporte encore un éclairage sur la situation des coopératives du Sud : celui d’une génération de jeunes femmes diplômées qui ont choisi de faire de la coopérative un outil d’indépendance économique.
L’idée est née, explique-t-elle, d’un groupe d’étudiantes titulaires de diplômes supérieurs qui ont décidé de « créer un projet fondé sur les produits de leur région », sans attendre un emploi ni dépendre d’autrui. Elles ont alors investi dans l’argan et ses dérivés, notamment l’amlou.
L’évolution de cette coopérative résume à elle seule le passage d’un entrepreneuriat artisanal à un modèle plus structuré. Au départ, les fondatrices travaillaient de manière traditionnelle, en torréfiant et en broyant à la main, et ne participaient qu’à de petites foires. L’Initiative nationale pour le développement humain a ensuite joué, selon Khadija Bouhassoune, un rôle décisif en leur permettant « d’obtenir des machines modernes ».
Le résultat a été une production plus rapide, plus moderne et moins chronophage. La coopérative a par ailleurs obtenu un certificat de sécurité sanitaire ainsi qu’un certificat d’exportation, ce qui lui ouvre l’accès aux marchés étrangers.
Là encore, le territoire est au cœur du projet : l’argan est disponible dans les zones proches de Lakhssas et de la province de Sidi Ifni, ce qui inscrit l’activité dans un circuit de ressources locales et de transformation sur place.
Cette montée en gamme s’accompagne, selon la présidente, d’un effet d’entraînement plus large dans la région. Elle affirme que l’Initiative nationale a soutenu les coopératives existantes en leur fournissant du matériel de travail afin que les bénéfices puissent être partagés, et qu’une plateforme dédiée aux jeunes a également vu le jour pour élargir ces opportunités.
Cette dynamique rejoint une évolution observée à l’échelle nationale ; dans une note de l’ODCO, le secteur coopératif est décrit comme un levier de création d’auto-emploi et de structuration de l’économie sociale, notamment grâce à l’accompagnement, à la formation et à la mise à niveau des structures.
Dans les provinces du Sud, cette logique prend une résonance particulière. Les coopératives y répondent à plusieurs besoins à la fois : monétiser des ressources locales, professionnaliser des savoir-faire, créer des revenus pour les femmes, offrir des débouchés aux jeunes diplômés et renforcer l’ancrage territorial de l’activité économique.
Les chiffres de l’ODCO montrent que Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia El Hamra figurent parmi les régions qui comptent un nombre élevé de coopératives féminines, ce qui confirme le rôle des provinces sahariennes dans le développement de l’entrepreneuriat collectif.
Au fond, le message envoyé depuis Meknès est clair : le Sud ne se contente pas de fournir des produits de terroir à forte identité, il produit aussi des modèles de création de valeur.
Entre miel de daghmous, couscous, amlou et argan, les coopératives sahraouies démontrent qu’elles ne sont pas seulement un instrument social ou un relais d’aides publiques. Elles sont devenues un maillon du tissu entrepreneurial national, capable de transformer des ressources locales en activité économique durable, et des initiatives collectives en véritables trajectoires de réussite.
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