Secteur privé : nette dégradation des délais de paiement

Avatar de Manal Ben El Hantati

Temps de lecture :

TPE-PME : quatre arrêtés viennent compléter le dispositif de soutien à l’investissementImage d’illustration © DR

A
A
A
A
A

L’Observatoire des délais de paiement vient de publier ses observations au titre de 2020-2021, notamment concernant l’entreprise privée. Il en ressort que les délais se sont rallongés dans un contexte de crise. Aussi, les indicateurs se sont dégradés, tant pour les délais clients que fournisseurs. En moyenne, un quart des entreprises règlent leurs factures en plus de 120 jours, et plus d’un tiers recouvrent leurs créances commerciales en plus de 120 jours. Détails.

L’Observatoire des délais de paiement a publié, vendredi 14 octobre, son second rapport sur l’évolution des délais de paiement durant 2020-2021, notamment concernant le secteur privé.

D’après les observations et chiffres de Bank Al-Maghrib (BAM) qui a analysé l’évolution des délais de paiement des entreprises privées, il ressort une dégradation des pratiques de paiement durant l’exercice 2020 fortement marqué par les répercussions économiques de la crise liée à la pandémie de la Covid-19.

Lire aussi :Délais de paiement : les recommandations du Conseil de la concurrence

Les délais de paiement atteignent des niveaux élevés

L’analyse des comportements de paiement des entreprises en 2020 fait état d’une dégradation, avec des délais de paiement fournisseurs moyens atteignant 123 jours d’achats (JA).

Du côté clients, la moyenne globale se situe autour de 193 jours de chiffre d’affaires (JCA), mettant en évidence l’ampleur des retards supportés par les entreprises.

Dans ces conditions, le niveau du solde commercial s’est inscrit en hausse, s’établissant à 89 jours de chiffre d’affaires.

Dépassement des délais réglementaires

L’analyse des ratios individuels des délais de paiement fournisseurs fait ressortir que la tranche d’entreprises qui règlent leurs factures dans les délais réglementaires de 60 jours a baissé en 2020, passant de 64% à seulement 59%. Cela reflète les difficultés rencontrées par ces entreprises pendant la crise sanitaire. En parallèle, celles qui payent leurs fournisseurs au-delà de 120j représentent désormais un peu plus du quart des entreprises étudiées, soit 26%, contre 24% en 2019 et 2018, et 21% en 2017.

Du côté clients, si la part des entreprises payées dans des délais inférieurs à 60j reste relativement stable au cours de ces quatre dernières années, autour de la moitié des entreprises, celle des entreprises qui attendent au-delà de 120 jours pour récupérer leurs créances n’a cessé d’augmenter. Elle est passée de 32% e 2017 à 34% en 2018 et 2019 et à 36% en 2020.

Lire aussi : Conseil de gouvernement : adoption de projets de loi sur le CNP et les délais de paiement

En 2020, les TPE et autres catégories ont rencontré de nombreuses difficultés

L’examen des délais de paiement au titre de 2020 laisse indiquer que la Toute petite entreprise (TPE) reste la catégorie d’entreprises qui attend le plus avant de récupérer ses créances clients, avec une moyenne de 201 JCA, soit 68j de plus qu’en 2019. De même, les délais de paiement clients des PME (Petites et moyennes entreprises) ont progressé, d’une année à l’autre, de 37j pour atteindre 118 JCA et ceux des GE de 11j à 100 JCA.

Pour les délais fournisseurs, et contrairement aux années précédentes, où une certaine stabilité s’était affichée, l’exercice 2020 a connu une dégradation qui a touché les différentes catégories d’entreprises. Ils ont ainsi connu une hausse de 27j chez les TPE, de 24j chez les PME et de 21j pour les GE (Grandes entreprises), pour s’établir respectivement à 123 JA, à 126 JA et à 136 JA.

La dégradation observée en 2020, significative et généralisée

En termes d’évolution, la dégradation des pratiques de paiement fournisseurs se poursuit et se généralise dans la majorité des secteurs d’activité. La hausse la plus conséquente en 2020 a été observée au niveau du secteur de « la Restauration « , où la moyenne se situe autour de 107 JA, et dont la plupart des entreprises ont repoussé le règlement de leurs factures de plus d’un mois par rapport à 2019 (+37 jours).

Pour ce qui est des niveaux de délais les plus longs, ils ont été enregistrés dans le secteur des « Industries manufacturières » avec une moyenne de 165 JA, dans les « Activités de servies » à 150 JA et dans le « Commerce », Réparation d’automobile avec 143 JA, avec des hausses respectives de 28 et 26 jours.

Quant au secteur de la « Construction », les entreprises y opérant ont enregistré une moyenne de 78 JA, ayant maitrisé relativement leurs délais dans ce contexte de crise, avec une progression de 17 jours, soit l’évolution la mois prononcée de tous les secteurs.

Appel à sauver la situation des TPE

Dans un communiqué publié à l’occasion du discours royal prononcé à l’ouverture de la première session de la deuxième année législative, Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine des TPE/PME, a affirmé que «la situation des TPE au Maroc est très grave après deux années de crise causée par la Covid-19. À cette dernière s’ajoute la crise de l’inflation».

«Les prix des matières premières ont parfois doublé et triplé sans parler des prix du carburant qui devient un vrai obstacle aux TPE. Malheureusement, le gouvernement n’a rien fait pour accompagner ces millions de TPE ce qui entraine des centaines de milliers des TPE qui sont menacées de faillites et par la suite des centaines de milliers de postes d’emplois qui vont disparaître», a-t-il déploré.

El Fergui a ainsi appelé le gouvernement et le patronat à tenir compte que «plus de 95% de l’ensemble du secteur privé au Maroc est constitué des TPE qui sont délaissées et que le patronat ne représente plus tout le secteur privé».

«Si on veut créer des centaines de milliers de postes d’emplois pour les jeunes, doubler l’investissement privé par rapport au public et trouver des sources de financement aux différents programmes sociaux et de développement, il faut donner la voix aux TPE et les intégrer dans tous les programmes», a-t-il estimé.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Dakhla : levée partielle de l’interdiction sur le ramassage et la commercialisation des produits conchylicoles

Économie - Le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime lève l’interdiction de ramassage et commercialisation des palourdes et des huîtres dans certaines zones de Dakhla.

El Mehdi El Azhary - 20 mai 2026
Le Maroc accélère sa stratégie de hub pharmaceutique africain

Économie - Le Maroc s’allie à la Banque mondiale et à la Fondation Gates pour devenir un hub pharmaceutique en Afrique.

Ilyasse Rhamir - 20 mai 2026
Fiscalité : les salariés paient, d’autres échappent à l’impôt ?

Économie - Dans cet entretien, le Pr. Karim analyse la concentration inégale de l'impôt sur le revenu sur les fonctionnaires et salariés. Décryptage.

Rédaction LeBrief - 20 mai 2026
Rabat accueille la Global Growth Conference 2026

Économie - À Rabat, la Global Growth Conference 2026 réunit décideurs et experts autour des nouveaux modèles de croissance.

Ilyasse Rhamir - 20 mai 2026
Intelligence artificielle : le Maroc est-il en train de rattraper son retard ?

Économie - Présent en filigrane dans un rapport du PNUD et de la CESAO, le Maroc amorce son positionnement dans l’intelligence artificielle.

Ilyasse Rhamir - 20 mai 2026
Énergie : 3.000 MW de projets validés début 2026

Économie - Le Maroc valide 3000 MW de projets énergétiques début 2026, mobilisant 22 milliards de dirhams.

Ilyasse Rhamir - 20 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire