Criminalité : l’UNICRI alerte sur la montée des réseaux polycriminels
Image d’illustration. © DR
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Cette analyse s’inscrit dans le cadre du Crime and justice trends study, lancé par l’UNICRI en 2025 afin d’examiner, à partir de données et d’analyses comparatives, l’évolution de la criminalité et des systèmes de justice pénale dans différentes régions du monde. L’étude s’appuie notamment sur neuf analyses régionales et sur des entretiens avec des experts et des organisations spécialisées.
Des réseaux criminels de plus en plus diversifiés
Selon l’UNICRI, l’une des principales évolutions observées réside dans la montée de la « polycriminalité ». Les réseaux criminels ne se limitent plus à une activité spécifique mais diversifient leurs sources de revenus en investissant plusieurs marchés illicites et en infiltrant également des secteurs de l’économie légale.
Trafic de drogues, exploitation des ressources naturelles, trafic de migrants, traite des personnes, blanchiment d’argent ou encore criminalité environnementale peuvent ainsi se retrouver au sein d’un même portefeuille criminel. La mondialisation et la digitalisation des services offrent à ces réseaux de nouvelles possibilités pour exploiter les différences réglementaires entre les pays et développer leurs activités au-delà des frontières.
Cette évolution contraste avec la tendance observée pour certaines formes de criminalité plus traditionnelles. L’UNICRI relève notamment une diminution mondiale de l’homicide, passé de 5,9 pour 100.000 habitants en 2015 à 5,2 en 2023. Toutefois, certaines régions, notamment l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Afrique subsaharienne, continuent d’enregistrer des niveaux élevés de violence, souvent liés à la présence de groupes criminels organisés.
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La technologie abaisse les barrières à l’entrée
La transformation numérique constitue l’un des principaux facteurs d’évolution de la criminalité. L’essor de l’intelligence artificielle générative, des plateformes numériques, des communications chiffrées et des actifs numériques permet à des acteurs criminels d’accéder à des outils autrefois réservés à des organisations disposant de moyens techniques importants.
L’UNICRI souligne ainsi le développement du « crime-as-a-service », qui permet de commercialiser ou de louer des outils et services destinés à faciliter différentes formes de cybercriminalité. Cette évolution contribue à réduire les barrières d’entrée et permet à des groupes moins structurés d’acquérir rapidement des capacités criminelles.
Les escroqueries en ligne illustrent particulièrement cette dynamique. Selon les données citées par l’étude, une enquête menée en 2025 dans 42 pays indiquait que 57% des adultes interrogés avaient été confrontés à une escroquerie et que 23% avaient perdu de l’argent au cours des douze mois précédents. Les pertes liées aux escroqueries auraient atteint jusqu’à 1.000 milliards de dollars en 2024.
Criminalité, conflits et environnement
L’étude met également en évidence les liens croissants entre criminalité, conflits et terrorisme. Dans plusieurs régions, notamment au Sahel, des groupes armés et extrémistes tirent des ressources de marchés illicites tels que le trafic d’armes, l’or ou d’autres ressources naturelles. L’UNICRI souligne que les zones de conflit deviennent de plus en plus des espaces de criminalité transnationale, les réseaux profitant des territoires faiblement gouvernés et des routes commerciales vulnérables.
Les changements environnementaux peuvent également créer des conditions favorables à l’expansion des activités criminelles. Le changement climatique ne provoque pas directement la criminalité, mais les pressions qu’il engendre, pauvreté, déplacements de populations ou raréfaction des ressources, peuvent être exploitées par des groupes criminels ou extrémistes. Dans certaines régions du Sahel et de l’Afrique de l’Est, la dégradation des moyens de subsistance et la concurrence autour de ressources devenues plus rares renforcent ainsi les vulnérabilités.
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Des systèmes judiciaires confrontés à de nouveaux défis
Face à ces mutations, les systèmes de justice pénale évoluent eux aussi. L’UNICRI constate une progression de politiques davantage axées sur la sécurité, le contrôle et la militarisation des réponses à la criminalité dans plusieurs régions.
Parallèlement, les technologies de surveillance et d’intelligence artificielle prennent une place croissante dans les activités policières et judiciaires. Reconnaissance faciale, systèmes automatisés, plateformes intégrées de gestion des affaires et outils d’analyse de données sont progressivement déployés. Mais l’étude relève un décalage entre la vitesse d’adoption de ces technologies et le développement des mécanismes de réglementation, de contrôle et de gouvernance nécessaires à leur utilisation.
Pour l’UNICRI, l’évolution de la criminalité impose enfin de renforcer la coopération transfrontalière. Les réseaux criminels s’adaptent rapidement aux différences entre juridictions, tandis que la coopération entre États peut être ralentie par les tensions géopolitiques, les rivalités et les intérêts nationaux.
L’institut identifie plusieurs priorités pour les prochaines années, notamment une meilleure compréhension de la diffusion des nouveaux modèles criminels, des « zones de convergence » où différentes formes de criminalité se concentrent, des effets à long terme des politiques sécuritaires et de l’évolution de la coopération internationale.
L’analyse de l’UNICRI dessine ainsi un paysage criminel mondial en pleine recomposition. Si certaines formes traditionnelles de criminalité reculent, les réseaux organisés investissent de nouveaux espaces, combinent plusieurs activités et exploitent les technologies ainsi que les failles des économies mondialisées. Pour les systèmes de justice, l’enjeu consiste désormais à adapter leurs capacités à cette criminalité plus transnationale, numérique et interconnectée, tout en maintenant des mécanismes de contrôle et de gouvernance adaptés aux nouveaux outils utilisés par les acteurs publics comme privés.
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