Criminalité au Maroc : quelle évolution ?

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France : Karim Harrat jugé à Marseille après son extradition du MarocJustice (illustration) © DR

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Un rapport de l’Observatoire national de la criminalité, publié par le ministère de la Justice, dresse un bilan détaillé de l’évolution de la criminalité au Maroc entre 2002 et 2022. Le document révèle des mutations profondes dans les types d’infractions et les tendances sociétales, tout en identifiant des défis persistants pour la politique pénale nationale.

Le Maroc a enregistré une progression constante de la criminalité au cours des deux dernières décennies, révèle un rapport de l’Observatoire national de la criminalité, rattaché au ministère de la Justice. Intitulé « Aperçu statistique de la criminalité au Maroc sur vingt ans (2002-2022) », le document fait état d’un total de 10.094.605 affaires judiciaires enregistrées sur la période, impliquant 12.346.852 personnes poursuivies.

L’année 2022 constitue un point culminant, avec plus d’un million de dossiers ouverts et environ 1,5 million de personnes poursuivies. Ce pic est en partie attribué aux conséquences de la pandémie de la Covid-19 : 468.395 affaires liées à la violation de l’état d’urgence sanitaire ont été enregistrées, conduisant à 577.291 poursuites.

Dans la répartition des infractions, les crimes prévus par des lois spéciales, tels que le Code de la route ou la loi sur les stupéfiants, arrivent en tête, suivis des crimes contre les personnes, puis de ceux portant atteinte aux biens, et enfin des infractions touchant à l’ordre familial et aux mœurs publiques.

Une criminalité qui se transforme

Au cours des 20 dernières années, la carte du crime au Maroc a radicalement changé. Le Royaume, autrefois confronté à une criminalité essentiellement physique et individuelle, fait désormais face à des formes plus complexes et institutionnalisées. Les infractions mineures ont cédé la place à des phénomènes enracinés dans des réalités économiques et sociales plus larges.

Lire aussi : L’Observatoire national de la criminalité : un nouveau pilier de la politique pénale marocaine 

Les crimes liés à la falsification, à la contrefaçon et à l’usurpation de fonction, de titre ou d’identité ont connu une progression notable. L’année 2005 a marqué un tournant : plus de 7.000 affaires recensées et 10.000 personnes poursuivies, soit une hausse spectaculaire de 86% par rapport à 2004.

Dix ans plus tard, en 2015, une nouvelle vague est enregistrée avec 6.000 affaires et 12.000 personnes poursuivies, confirmant la systématisation des enquêtes et des poursuites. Le pic absolu a été atteint en 2019, avec plus de 9.000 affaires et 12.000 prévenus.

Des chiffres en hausse malgré la crise sanitaire

Le rapport souligne une tendance générale à la hausse du taux de criminalité, malgré une légère baisse observée pendant la crise sanitaire de 2020. Les infractions liées à l’état d’urgence sanitaire ont représenté cette année-là près de 57% des affaires, soit environ 468.000 dossiers.

Au total, le nombre d’affaires criminelles est passé de quelques centaines de milliers au début des années 2000 à plus de 1,17 million en 2022, impliquant près de 1,5 million de personnes poursuivies.

Les infractions régies par des lois spéciales, telles que le trafic de stupéfiants, l’ivresse publique, les infractions à l’urbanisme ou la contrebande, occupent la première place avec 48,8% des affaires. Les crimes contre les personnes représentent 22,2%, les crimes contre les biens 15,7%, et les atteintes à la famille et aux bonnes mœurs 6,8%. 

Violence et corruption : des défis persistants

Les crimes violents, principalement les coups et blessures volontaires, représentent près de 70% des infractions contre les personnes et demeurent la catégorie la plus jugée par les tribunaux. Les années 2005, 2019 et 2022 ont été marquées par des pics particulièrement élevés, révélant une recrudescence de la violence sociale et familiale.

La corruption administrative reste aussi un phénomène préoccupant. Entre 2002 et 2022, près de 197.000 affaires impliquant des fonctionnaires ont été enregistrées, dont 98% concernent la corruption et l’abus de pouvoir. Le rapport souligne la persistance de ce mal structurel malgré les réformes législatives et les dispositifs de contrôle successifs.

Lire aussi : Criminalité : voici le profil-type du récidiviste au Maroc 

Le document souligne aussi une montée de la criminalité numérique, qui connaît une progression continue depuis 2003. En 2022, 171 affaires liées aux systèmes informatiques ont été recensées, impliquant 260 personnes poursuivies. L’Observatoire y voit un basculement vers la criminalité numérique, nourri par la généralisation des technologies et l’essor des activités en ligne. Les auteurs du rapport insistent sur la nécessité d’adapter le cadre juridique et de renforcer les dispositifs de surveillance et d’investigation pour contrer cette nouvelle menace.

Sur le plan sécuritaire, le rapport note une nette diminution du terrorisme. Sur plus de 6.500 affaires recensées en 20 ans, la tendance est à la décrue, particulièrement depuis 2019. Entre 2019 et 2020, le nombre d’affaires a chuté de plus de 58%, témoignant de l’efficacité des stratégies préventives mises en place par le Maroc pour contrer l’extrémisme violent.

Documents falsifiés et fraudes : un phénomène en expansion

Enfin, les infractions documentaires et économiques, notamment la falsification et l’usurpation, constituent près de la moitié des affaires recensées sur vingt ans, soit plus de 60.000 cas, impliquant plus de 80.000 personnes poursuivies. Les falsifications de documents administratifs et certificats officiels représentent 32,3% des infractions, et les faux en écriture commerciale ou bancaire plus de 13.000 dossiers.

Le rapport met ainsi en évidence une diversification croissante des formes de délinquance, qui touche aujourd’hui les domaines économique, numérique et administratif. 

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