CAN 2025 : quels scénarios pour le Maroc et le Sénégal devant le TAS ?
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Le litige autour de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025) entre le Maroc et le Sénégal se poursuit devant le Tribunal arbitral du sport, à Lausanne. Après la décision du Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), le 17 mars 2026, d’attribuer la victoire aux Lions de l’Atlas sur tapis vert, sur le score de 3-0, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a saisi le TAS pour contester cette décision.
Alors que les deux parties ont défendu leurs arguments devant la juridiction arbitrale, plusieurs issues sont possibles : confirmation de la sanction, réexamen du fond de l’affaire ou renvoi du dossier devant la CAF. Mais quelles sont les marges de manœuvre du TAS et quelles conséquences le Maroc pourrait-il tirer de la sentence ?
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Dans un entretien avec LeBrief, Aziz Daouda, consultant sportif, revient sur les prérogatives de cette juridiction et les scénarios envisageables. Pour lui, l’issue dépendra de l’examen du dossier, mais l’attitude du Maroc devrait rester guidée par le respect de la décision rendue.
Quels sont les pouvoirs du TAS dans le litige entre le Sénégal et la CAF ?
Aziz Daouda : « Pour bien comprendre la question, il faut bien évidemment lire les statuts et les prérogatives du TAS, le Tribunal arbitral du sport. Il faut d’abord rappeler le contexte de la création de ce tribunal ».
Le consultant rappelle que cette juridiction a été créée pour répondre aux particularités du contentieux sportif international et éviter que les différends soient traités de manière disparate par les tribunaux civils de différents pays.
« Le Comité international olympique avait cette idée intelligente de créer un tribunal spécifique, dont le fonctionnement est spécifique également », explique-t-il.
Aziz Daouda insiste notamment sur les pouvoirs accordés au TAS dans le cadre d’une procédure d’appel. L’article R57 du Code de l’arbitrage en matière de sport lui confère un pouvoir étendu d’examen des faits et du droit, dans les limites des règles applicables.
« Dans ce cas, tout est possible », résume-t-il, en évoquant les différentes issues que le tribunal peut envisager au regard des éléments dont il dispose.
Scénario 1 : le TAS confirme la décision de la CAF
La première hypothèse consiste à confirmer la décision du Jury d’appel de la CAF, qui a déclaré le Sénégal forfait et attribué la victoire au Maroc sur le score de 3-0.
Pour Aziz Daouda, il s’agit de l’issue la plus simple sur le plan procédural, puisque le tribunal pourrait estimer que l’instance africaine a correctement appliqué les règles de la compétition.
« La première hypothèse, c’est qu’il entérine la décision de la CAF. Ça, c’est la plus simple », affirme-t-il.
Dans ce scénario, la décision contestée serait maintenue. Le Maroc conserverait alors le bénéfice du résultat administratif prononcé par la CAF.
Cette possibilité dépend néanmoins de l’appréciation des arbitres, qui doivent examiner les arguments des parties et déterminer si la décision de l’instance africaine est conforme aux règlements applicables.
La confirmation du verdict de la CAF ne constituerait donc pas une simple formalité. Elle supposerait que le TAS considère que les motifs invoqués pour déclarer le Sénégal forfait justifient bien cette sanction.
Scénario 2 : le TAS réexamine l’affaire et rend sa propre décision
La deuxième hypothèse est celle d’un réexamen du fond du dossier. Le TAS pourrait considérer que la décision de la CAF doit être annulée, puis examiner lui-même les questions soulevées par le litige.
Aziz Daouda évoque cette possibilité en expliquant que le tribunal peut reprendre l’examen de l’affaire et déterminer la décision qui lui paraît juridiquement appropriée.
« Il peut également se saisir de toute la procédure, c’est-à-dire considérer que cette décision est nulle et non avenue, pour une raison ou une autre, et se saisir lui-même du dossier et donc réétudier la question de fond et prendre alors la décision qui s’impose », explique-t-il.
Cette hypothèse pourrait modifier l’issue sportive du contentieux. Si le TAS annule la sanction du forfait et estime que le résultat enregistré au terme de la rencontre doit être rétabli, le Sénégal pourrait récupérer le bénéfice de sa victoire sur le terrain, acquise sur le score de 1-0 après prolongation.
Une telle décision dépendrait toutefois de l’analyse juridique des faits et du règlement de la CAN. L’annulation de la décision de la CAF ne signifierait pas automatiquement que le TAS doit rétablir le résultat initial : les conséquences devraient être précisées dans la sentence.
Scénario 3 : le TAS renvoie le dossier devant la CAF
Une troisième possibilité serait un renvoi du dossier devant l’instance africaine. Le TAS pourrait estimer que la décision contestée présente des insuffisances qui nécessitent un nouvel examen par la CAF.
Aziz Daouda envisage cette option si le tribunal juge que la décision rendue ne répond pas suffisamment aux exigences du dossier.
« Il peut également considérer que la décision n’est pas adéquate ou qu’elle manque de précision ou qu’elle manque de justice, mais disons, dans sa forme ou dans son fond, il peut considérer que c’est une décision qui ne sied pas à la situation », détaille-t-il.
Dans cette hypothèse, le tribunal pourrait demander à la CAF de réexaminer l’affaire dans les conditions prévues par les règles applicables.
« Dans ce cas, il peut la renvoyer devant la CAF elle-même, c’est-à-dire demander à la CAF de réétudier la question », poursuit le consultant.
Un renvoi ne réglerait donc pas nécessairement immédiatement la question de l’attribution du titre. Il pourrait prolonger l’incertitude, dans l’attente d’une nouvelle décision de l’instance africaine.
Cette possibilité reste toutefois distincte d’une réformation directe par le TAS : la portée exacte de la sentence dépendrait des motifs retenus par les arbitres et du dispositif de leur décision.
TAS : comment va se dérouler l’audience du dossier Maroc-Sénégal ?
Le Maroc acceptera-t-il une décision défavorable ?
Au-delà des scénarios juridiques, une question se pose sur la réaction du Maroc si le TAS venait à remettre en cause la décision de la CAF. Aziz Daouda estime que le Royaume devrait accepter le verdict rendu par la juridiction arbitrale.
« Dans tous les cas, sportivement et comme pays ancré dans sa démocratie, le Maroc acceptera, je pense qu’il acceptera, une décision venant du TAS », affirme-t-il.
Le consultant rappelle également que le Maroc n’est pas à l’origine de la procédure d’appel devant le tribunal. C’est la partie sénégalaise qui a décidé de contester la décision de la CAF, tandis que le Maroc a été appelé à participer au dossier pour défendre ses intérêts.
« La partie sénégalaise a décidé de ne pas accompagner le Maroc, le Maroc aussi a comparu, il a plaidé les arguments dont il dispose », explique-t-il.
Pour Aziz Daouda, le Maroc a donc défendu sa position dans le cadre prévu par la procédure et doit désormais attendre la décision.
« Et là, nous attendons toute la décision, et peut-être qu’elle sera acceptée en bonne démocratie », conclut-il.
Une sentence attendue pour départager les positions
Les trois scénarios évoqués par Aziz Daouda illustrent l’étendue des possibilités dont dispose le TAS : confirmer la décision de la CAF, réexaminer l’affaire pour rendre une nouvelle décision ou renvoyer le dossier devant l’instance africaine.
Aucune de ces issues ne peut être considérée comme acquise avant la sentence. Le tribunal devra se prononcer au regard des règlements applicables, des éléments du dossier et des arguments présentés par les parties.
Pour le consultant sportif, l’enjeu ne consiste pas seulement à anticiper le sort du titre continental. Il s’agit aussi de reconnaître le rôle de la juridiction saisie et de respecter la décision qu’elle rendra.
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