CAN 2025 : qui décide vraiment du résultat d’un match ?
Photo prise lors de la masterclass exécutive sur la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 à au Campus d’Anfa de l’Université Mundiapolis © LeBrief
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Le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah, le Sénégal s’imposait face au Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025. Un sacre sportif clair, acquis sur le terrain. Mais dans les coulisses, un autre match commençait. Saisie après des incidents survenus durant la rencontre, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement inversé le résultat, attribuant la victoire au Maroc sur tapis vert.
Derrière cette décision spectaculaire se joue en réalité un affrontement bien plus complexe : celui entre le droit et le sport. Lors d’une masterclass organisée à l’Université Mundiapolis, juristes et experts ont disséqué une affaire qui pourrait marquer un tournant dans la gouvernance du football africain.
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Quand le règlement spécial prime sur le droit disciplinaire
Premier point décisif soulevé par Maître Naoufel Achergui : la base juridique de la décision. Contrairement à ce que l’opinion publique pourrait penser, le verdict ne repose pas sur le code disciplinaire classique, mais sur les règlements spécifiques de la compétition.
« Le droit spécial prime sur le droit général », rappelle-t-il, en référence à un principe fondamental du droit.
Autrement dit, les règles propres à la CAN s’imposent dès lors qu’elles encadrent précisément une situation donnée. Dans ce cas, c’est l’article 82 des règlements de la compétition qui a été mobilisé, prévoyant le forfait en cas de retrait d’une équipe sans autorisation de l’arbitre.
Cette distinction n’est pas anodine. Elle limite fortement les marges d’interprétation et rend la sanction presque automatique, indépendamment du contexte ou de l’intensité des faits.
Une décision exécutoire malgré le recours
Autre élément important : la décision du jury d’appel de la CAF est immédiatement exécutoire.
Même en cas de recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), celui-ci n’a pas d’effet suspensif.
Concrètement, cela signifie que juridiquement, le Maroc est considéré comme vainqueur, même si la procédure est toujours en cours. Une situation paradoxale, où la réalité juridique précède la vérité définitive du litige.
Mais cette victoire reste fragile. « Rien n’est acquis », insiste Maître Achergui, rappelant que le TAS dispose d’un pouvoir étendu : il peut réexaminer l’affaire dans son intégralité, en fait comme en droit.
Un principe appelé effet dévolutif complet, qui transforme le recours en véritable « rejouement du match », cette fois sur le terrain juridique.
Le cœur du débat : retrait ou abandon ?
L’un des points les plus techniques, et décisifs, concerne la qualification des faits.
Faut-il parler d’abandon ou de retrait ?
Pour les juristes, la nuance est fondamentale. Le terme « abandon », présent dans le code disciplinaire, implique une rupture définitive. À l’inverse, le « retrait », utilisé dans les règlements de la CAN, peut être temporaire… mais reste sanctionnable.
Cette distinction ouvre la voie à une bataille d’interprétation.
La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) pourrait soutenir que le retour sur le terrain annule l’infraction.
La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) pourrait affirmer au contraire que le simple fait de quitter l’aire de jeu sans autorisation suffit à caractériser la faute.
Même la définition du « terrain » devient un enjeu juridique : pelouse, vestiaires, enceinte du stade ? Autant d’ambiguïtés que les avocats peuvent exploiter pour défendre leur thèse.
CAN 2025 : le Sénégal saisit le TAS après la finale perdue sur tapis vert
Une sanction automatique qui interroge la proportionnalité
Autre point de friction : la proportionnalité de la sanction.
Passer d’une victoire 1-0 à une défaite 3-0 sur tapis vert peut sembler excessif. Pourtant, selon les intervenants, le débat est en réalité limité.
« Il n’y a pas de marge de manœuvre », explique Maître Achergui. La règle prévoit une sanction unique : le forfait.
Dans ce cadre, le principe de proportionnalité, pourtant central en droit, devient difficile à invoquer. Le jury d’appel n’a pas choisi la sanction : il l’a appliquée.
Une rigidité qui interroge sur la capacité du droit sportif à prendre en compte la complexité des situations réelles.
Le TAS, arbitre ultime d’un droit en mutation
Pour Aziz Daouda, ancien dirigeant sportif, cette affaire s’inscrit dans une évolution plus large.
Longtemps, le sport s’est contenté des décisions arbitrales, sans véritable recours. Mais avec la mondialisation, les enjeux financiers et politiques ont profondément transformé les règles du jeu.
La création du TAS sport répond précisément à ce besoin d’offrir une juridiction spécialisée, capable de trancher des litiges complexes tout en s’adaptant aux spécificités du sport.
Mais cette justice reste particulière. Elle fonctionne selon ses propres règles, parfois éloignées des standards classiques, et tend souvent à protéger la stabilité du système sportif.
« Les instances hésitent à déjuger les arbitres », souligne Daouda, pointant une tension structurelle entre justice et autorité.
CAN 2025 : le Sénégal peut-il encore faire annuler la décision ?
Un contentieux inédit
Au-delà du cas Maroc-Sénégal, cette affaire pourrait créer un précédent.
Elle pose une question essentielle : est-ce que le résultat d’un match doit-il être déterminé uniquement sur le terrain, ou peut-il être remis en cause par le droit ?
Pour les juristes, la réponse n’est pas évidente. D’un côté, la légitimité sportive repose sur la performance. De l’autre, le respect des règles est une condition indispensable à l’équité.
« C’est presque une question philosophique », résume Maître Achergui.
La finale de la CAN 2025 dépasse largement le cadre d’un simple match. Elle révèle un sport en pleine mutation, où le juridique prend une place croissante.
Entre interprétation des règlements, stratégies procédurales et enjeux de gouvernance, le football africain se retrouve confronté à ses propres contradictions.
Le verdict final du TAS sera déterminant. Non seulement pour désigner un vainqueur définitif, mais aussi pour tracer les contours du droit du sport africain de demain.
Car désormais, une chose est certaine : sur le continent comme ailleurs, les matchs ne se jouent plus uniquement sur la pelouse.
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