Entrepreneuriat et Gouvernance : de la logique entrepreneuriale à la logique managériale

Facteur de croissance et du développement économique, l’entrepreneuriat est devenu un véritable enjeu dans de nombreux pays à travers le monde. Dans cette tribune, professeure Nabaouia Idrissi nous explique la logique entrepreneuriale et la logique managériale, ainsi que le passage de l’une à l’autre. Elle souligne aussi l’importance de l’instauration d’un système de gouvernance pour une séparation optimale des fonctions de propriété et de management.

A A A A A

Tribune

Nabaouia IDRISSI

Enseignante chercheuse à l’ISGA Casablanca, Responsable du Master CCA

Temps de lecture : Publié le 12/07/2023 à 15:02
favoris

Facteur de croissance et du développement économique, l’entrepreneuriat est devenu un véritable enjeu dans de nombreux pays à travers le monde. Au Maroc, le gouvernement étant convaincu de l’importance d’améliorer la culture entrepreneuriale en vue d’encourager la création ou la reprise d’entreprise, plusieurs mesures incitatives ont été mises en place dans ce sens.

La logique entrepreneuriale est une démarche qui consiste, pour l’entrepreneur, à créer, innover, prendre les risques et saisir les opportunités du marché afin de créer la valeur au sein de l’entreprise. L’entrepreneur est un acteur qui prend le risque d’accumuler les capitaux afin de transformer ces idées en biens économiques. C’est un individu qui est capable d’assurer la pérennité de l’activité de son entreprise grâce à son esprit entrepreneurial.

Toutefois, avec le développement de l’entreprise, l’accroissement de sa taille, l’arrivée des investisseurs externes, et le besoin de capitaux pour financer la croissance, la logique entrepreneuriale ne permet plus de faire face aux impératifs de la croissance. De ce fait, l’entrepreneur se trouve obligé, à un moment donné, de déléguer le pouvoir de gestion à un manager afin de créer de la richesse pour l’ensemble des parties prenantes et accroître la rentabilité et l’efficacité de la firme.

La logique managériale, quant à elle, est une démarche qui consiste, d’après Crener (1979) pour le manager, à diriger et gérer rationnellement une organisation (entreprise, organisme public, association…), organiser les activités, fixer les buts et les objectifs, bâtir des stratégies…

Le passage de la logique entrepreneuriale, où le propriétaire de la firme accomplit à la fois la fonction entrepreneuriale et managériale, à la logique managériale, où le propriétaire nomme une ou plusieurs personnes pour assurer la fonction managériale, provoque la séparation des fonctions de propriété du capital et de management (Berle et Means, 1932).

Le manager, qui détient la fonction de management, doit diriger et gérer l’entreprise d’une façon rationnelle, c’est-à-dire organiser ses activités, ses objectifs, et bâtir les stratégies adéquates dans la limite des ressources qui lui sont allouées pour poursuivre le développement de la firme et créer la richesse.

Or, les travaux des deux auteurs américains, Adolf Berle et Gardiner Means, publiés en 1932, le lendemain de la grande crise de 1929, dans l’ouvrage «The Modern Corporation and Private Property», démontrent que, la dissociation entre les fonctions de décision et de propriété réduit le pouvoir de l’actionnaire, elle peut engendrer des conflits potentiels dans la mesure où les intérêts de l’équipe dirigeante et ceux des propriétaires peuvent diverger.
Ces travaux, comme chacun le sait, sont considérés comme étant à l’origine d’une révolution managériale et de l’apparition des théories de la gouvernance des entreprises.

La séparation des fonctions de propriété et de management nécessite l’instauration d’un système de gouvernance par les propriétaires de l’entreprise afin de garder le contrôle sur les managers et de les inciter à faire de leur mieux. L’objectif de la gouvernance d’entreprise est de mettre en place des dispositions et des règles qui permettent de contrôler les managers, et de concilier les intérêts des différents partenaires de la firme.

À l’heure actuelle, la notion de gouvernance d’entreprise a pris une place considérable dans le tissu managérial et commence à susciter un intérêt particulier pour les chercheurs en la matière. Cet engouement vis-à-vis de la gouvernance est lié principalement à la recherche de la performance au sein de l’entreprise. Par ailleurs, la mise en place de ce concept au sein de l’entreprise entrepreneuriale n’est pas évidente.

En conclusion, l’entrepreneur est un individu capable d’assurer la pérennité de l’activité de son entreprise grâce à son esprit et son aptitude à innover, à gérer et à prendre un risque. Cependant, avec l’accroissement de la taille de son entreprise, il doit nécessairement la placer sous surveillance à travers un système de gouvernance partenariale qui prend en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise, afin d’assurer la pérennisation de son activité.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 10:45Quand les algorithmes apprennent à parler marocain

Qu’on soit d’accord ou pas avec Fouad Laroui n’est pas là l’enjeu, mais plutôt la recherche de solutions langagières pour le Maroc. L’approche intelligente de Fouad Laroui n’est pas d’imposer, mais plutôt de proposer. Il nous livre des pistes de réflexion, pas plus. À ma connaissance, c’est l’analyse la plus complète et la plus réussie du champ langagier marocain, avec toutes ses langues et ses « différentes palettes de couleurs » : l’arabe classique, l’arabe marocain, l’amazigh, la hassanya et…

Par Pr. Mourad Alami , Universitaire, écrivain et traducteur en Allemagne et au Maroc.
Publié le 31/03L’économie bleue en temps de guerre : pourquoi l’environnement disparaît-il de l’équation des détroits stratégiques ?

Une réalité amère après les sommets environnementaux Alors que les sommets internationaux consacrés à la protection des océans et du climat se succèdent, les corridors maritimes vitaux continuent de payer le prix des décisions des grandes puissances, tandis que les écosystèmes marins deviennent des victimes silencieuses. Pollution marine © DR En passant avec inquiétude d’un média à l’autre, je ressens lassitude et désespoir face à une scène internationale qui s’est transformée, dans nombre de ses détails, en un foyer dangereux…

Par Mohammed Tafraouti, Activiste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable
Publié le 30/03Le Code de la famille quand le courage politique cède au calcul électoral !

Car l’attente, ici, n’est pas neutre. Elle ne suspend pas seulement une décision juridique. Elle fragilise la confiance, alimente les rumeurs, laisse prospérer les intox et entretient un brouillard politique sur une question pourtant centrale dans la vie des Marocaines et des Marocains. Dans les maisons, dans les médias, dans les débats publics, l’espoir d’une réforme réelle a bel et bien existé. Mais il se heurte désormais à un silence pesant, fait d’hésitations, de prudence excessive et de langage politique…

Par Dr Meryem Belhoussine, Politologue, spécialiste de la gouvernance démocratique
Publié le 27/03Former pour des professions inexistantes : la chimère stratégique de l’éducation face à l’intelligence artificielle

Ces dernières années, les appels à adapter l’éducation et la formation aux métiers de demain se sont multipliés dans les discours officiels. Ils orientent les réformes, dictent les priorités d’investissement, et façonnent les politiques publiques. Pourtant face à l’avancée fulgurante de l’intelligence artificielle, cette vision repose sur un paradoxe rarement remis en question. Comment peut-on former à des métiers dont la nature même reste incertaine ? L’intelligence artificielle n’a pas seulement pour effet de modifier les métiers existants, elle transforme…

Par Ouissale El Gharbaoui, Docteur en sciences économiques et gestion -Professeur Permanente HEC Rabat
Publié le 26/03La retraite au Maroc : faut-il vraiment choisir entre répartition et capitalisation ?

Depuis plusieurs décennies, le débat oppose deux visions. D’un côté, les défenseurs de la répartition alertent sur les risques sociaux d’un basculement vers des systèmes individualisés. De l’autre, les partisans de la capitalisation promettent une solution plus performante, fondée sur l’épargne et les marchés financiers. Pourtant, cette opposition est souvent simplifiée à l’extrême. La réalité est plus nuancée Le système par répartition, largement dominant au Maroc, repose sur un principe de solidarité intergénérationnelle : les actifs financent les retraités. Ce…

Par Hanane El Amraoui, Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School
Publié le 25/03Le Maroc : hub logistique ou simple corridor ? Peut-on être un hub sans être une puissance industrielle ?

Hub ou corridor : une distinction structurante La distinction entre hub logistique et corridor ne relève pas du simple vocabulaire technocratique. Un hub est un point nodal où les flux ne font pas que transiter : ils sont transformés, redistribués, enrichis. Il implique une capacité à capter de la valeur ajoutée, à intégrer des fonctions industrielles, commerciales et financières. À l’inverse, un corridor désigne un axe de passage, parfois performant, mais dont la contribution économique reste limitée à la facilitation…

Par Dr Anas Yachoulti, Docteur en Sciences Économiques et Gestion
Publié le 24/03Quand Bank Al-Maghrib préfère courir que contenir

Cette posture de « wait-and-see » soulève une question brutale : notre banque centrale est-elle encore le pilote de la stabilité ou n’est-elle plus que le témoin passif d’un basculement inflationniste déjà acté par les agents économiques ? Car l’histoire récente de notre politique monétaire est marquée par une constante : la difficulté à anticiper les crises inflationnistes. Non pas à les gérer – Bank Al-Maghrib a montré sa capacité à réagir – mais à les devancer. Or, en matière d’inflation, la…

Par Professeur Nabil Adel, Chercheur en géopolitique et géoéconomie
Publié le 20/03Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 5/5

Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil Article 1 Article 2 Article 3 Article 4 29 – Pour un CCME élu A ce propos, on voit mal pourquoi dans le nouveau site du CCME, les discours royaux du 6 novembre 2005, 6 novembre 2006 et 6 novembre 2007, ne sont plus reproduits dans la rubrique «Textes fondateurs » (du Conseil).Ces discours sont de la plus haute importance pour la conception des politiques publiques…

Par Professeur Abdelkrim Belguendouz, Chercheur en migration
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub