Législatives 2026 : la géographie du vote décryptée
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Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont modifié les rapports de force entre les principales formations politiques marocaines, sans entraîner de transformation majeure de la structure parlementaire. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude « De la mobilisation à la représentation : les géographies électorales du Maroc en 2026 », signée par Driss Alaoui Belghiti, spécialiste senior en relations internationales au Policy Center for the New South (PCNS).
Le PAM est devenu la première force parlementaire, tandis que le RNI et le PI ont enregistré des reculs. Le PJD a, pour sa part, retrouvé une partie du terrain perdu lors du scrutin de 2021. Ces évolutions traduisent davantage une redistribution des positions partisanes qu’un renouvellement général du paysage politique.
Pour expliquer cette nouvelle configuration, l’étude déplace le regard des résultats nationaux vers les conditions locales de la compétition. Les partis ne disposent pas des mêmes bases électorales, ne mobilisent pas les électeurs avec la même intensité dans tous les territoires et ne tirent pas un bénéfice identique de leurs suffrages lorsqu’il s’agit d’obtenir des sièges. Un parti peut ainsi se maintenir dans de nombreuses circonscriptions sans y arriver systématiquement en tête, tandis qu’une autre formation peut concentrer ses meilleurs résultats dans quelques espaces géographiques.
L’analyse repose principalement sur les résultats détaillés des 92 circonscriptions locales, qui attribuent 305 sièges à la Chambre des représentants, auxquels s’ajoutent 90 sièges régionaux. Driss Alaoui Belghiti croise ces données avec celles du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024 et la cartographie de la pauvreté multidimensionnelle du Haut-Commissariat au plan (HCP). Les comparaisons socio-économiques portent sur 87 circonscriptions et les analyses spatiales sur 83, en raison notamment de difficultés à faire correspondre exactement les limites électorales et les unités territoriales utilisées par le HCP.
Cette méthodologie permet de dégager des tendances générales, mais ne suffit pas à établir les motivations individuelles des électeurs ni à démontrer des liens de causalité. L’étude privilégie ainsi une lecture territoriale des résultats, en distinguant les corrélations observées des explications qui nécessiteraient des données supplémentaires.
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Une participation très faible dans plusieurs grandes circonscriptions urbaines
Le premier contraste mis en évidence par l’étude concerne la mobilisation électorale. Le taux officiel de participation s’est établi à 38,08% à l’échelle nationale, mais cette moyenne masque d’importantes disparités entre les circonscriptions.
À Moulay Rachid, dans l’agglomération de Casablanca, seuls 21,26% des électeurs inscrits ont participé au scrutin. À l’autre extrémité, Tarfaya a enregistré une participation de 88,45%, soit un écart de plus de 67 points. Les cinq circonscriptions les moins mobilisées se trouvent à Casablanca, tandis que les cinq taux les plus élevés sont enregistrés dans les provinces du Sud.
Ces différences ne s’expliquent toutefois pas uniquement par l’opposition entre villes et campagnes. La comparaison entre Moulay Rachid et Laâyoune est particulièrement révélatrice. Dans les deux territoires, le taux d’urbanisation dépasse 98%, mais la participation atteint 21,26% dans la circonscription casablancaise, contre 80,35% à Laâyoune. Dans cette dernière, l’Istiqlal recueille 48,8% des suffrages exprimés, tandis que le PJD arrive en tête à Moulay Rachid avec 32,1%.
À Casablanca, plusieurs autres circonscriptions associent une faible participation à de bons résultats du PJD. À Sidi Bernoussi, le parti recueille 33,1% des suffrages avec une participation de 22,88%. À Hay Hassani, il atteint 28,6% des voix, alors que seulement 24,25% des inscrits se sont déplacés. À Aïn Chock, il arrive en tête avec 32,4% des suffrages, pour un taux de participation de 27,10%.
Ces résultats contribuent à éclairer le redressement parlementaire du PJD, mais ils doivent être interprétés avec prudence. Une première place parmi les suffrages exprimés ne signifie pas nécessairement qu’un parti bénéficie d’un soutien majoritaire parmi l’ensemble des électeurs inscrits. Surtout, les données ne permettent pas d’affirmer que l’abstention a favorisé cette formation ni de déterminer les préférences politiques des personnes qui ne se sont pas rendues aux urnes.
La relation entre urbanisation et participation apparaît néanmoins dans les résultats agrégés. En regroupant les circonscriptions en cinq catégories selon leur degré d’urbanisation, l’étude constate que la participation moyenne passe de 46,5% dans le groupe le moins urbanisé à 30,9% dans le groupe le plus urbanisé. Le recul est particulièrement prononcé dans les territoires presque entièrement urbanisés. Dans les quatre premiers groupes, les moyennes restent comprises entre 43% et 46%, avant de diminuer plus fortement dans le dernier.
La faible mobilisation apparaît donc surtout concentrée dans les espaces les plus fortement urbanisés, plutôt que répartie de façon régulière entre les territoires ruraux et urbains.
Le profil des partis varie également selon le niveau de participation. Dans le groupe des circonscriptions les moins mobilisées, le PJD recueille 24,5% des suffrages locaux agrégés, contre 7,7% dans celui où la participation est la plus élevée. Le RNI suit une trajectoire inverse, avec une part des suffrages qui passe de 11,6% à 20,2%. L’Istiqlal enregistre également un écart important, sa part passant de 9,7% dans le groupe le moins mobilisé à 20,4% dans le plus mobilisé. Le PAM présente une distribution plus stable, avec des scores compris entre 18,6% et 23,9%.
Le poids démographique et les particularités régionales
Au-delà de l’urbanisation, la taille démographique des circonscriptions constitue un autre facteur associé aux différences de participation. L’étude rapporte la population résidente au nombre de sièges parlementaires locaux afin de comparer les dimensions démographiques des territoires.
À Tanger-Assilah, on compte près de 299.000 habitants par siège, tandis que la participation s’établit à 25,49%. À Inezgane-Aït Melloul, le ratio dépasse 212.000 habitants par siège et la mobilisation atteint 25,28%. Dans ces deux circonscriptions, le PJD arrive en tête avec environ 31,5% des suffrages exprimés.
À l’inverse, Boujdour compte près de 33.000 habitants par siège. La participation y atteint 75,41%, et l’Istiqlal arrive en première position avec 37,6% des voix. À l’échelle des 87 circonscriptions pour lesquelles les données démographiques sont exploitables, la participation moyenne s’élève à 52,5% dans le cinquième présentant le plus faible nombre d’habitants par siège, contre 32,5% dans celui où ce ratio est le plus élevé.
L’écart de vingt points est plus important que celui observé selon le seul degré d’urbanisation. L’auteur précise toutefois que cet indicateur ne correspond pas au nombre d’électeurs inscrits par député et ne constitue donc pas, à lui seul, une mesure des inégalités de représentation. Il ne démontre pas davantage que la taille démographique des circonscriptions provoque l’abstention. Il indique plutôt que la mobilisation varie selon des configurations territoriales très différentes.
Les écarts observés au sein d’une même ville confirment les limites d’une explication fondée uniquement sur les caractéristiques démographiques. Casablanca-Anfa et Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi disposent chacune de quatre sièges, affichent un taux d’urbanisation de 100% et comptent respectivement environ 86.000 et 91.000 habitants par siège. Leurs indicateurs de pauvreté multidimensionnelle sont également proches. Pourtant, la participation atteint 26,13% à Casablanca-Anfa et 34,53% à Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi. Le PJD arrive en tête dans la première avec 24% des suffrages, tandis que l’Union constitutionnelle domine la seconde avec 23,8%.
Le niveau de pauvreté ne fournit pas non plus d’explication générale suffisamment stable. Si certaines circonscriptions où la pauvreté multidimensionnelle est plus répandue enregistrent parfois une participation plus élevée, cette relation devient moins nette lorsque l’urbanisation, la taille démographique et les différences régionales sont prises en considération. L’étude invite donc à ne pas opposer mécaniquement des territoires défavorisés qui voteraient davantage à des espaces plus favorisés qui se détourneraient des urnes.
Les provinces du Sud occupent, en revanche, une place particulière dans la géographie de la participation. Boujdour, Es-Semara, Laâyoune et Tarfaya forment un ensemble de territoires où la mobilisation est élevée, sans que cette dynamique corresponde à la domination d’un seul parti. L’Istiqlal arrive en tête à Boujdour et à Es-Semara, tandis que le RNI occupe la première position à Tarfaya. À Assa-Zag, c’est le PAM qui domine avec 40,4% des suffrages.
Driss Alaoui Belghiti évoque notamment le rôle possible des solidarités familiales et tribales, des réseaux de notables, de la proximité avec les candidats et de la défense des intérêts collectifs dans la mobilisation électorale au Sud. Ces mécanismes peuvent contribuer à expliquer la coexistence d’une forte urbanisation et d’une participation élevée.
L’analyse spatiale montre également que les circonscriptions voisines tendent à afficher des niveaux de participation proches, mais que ces similitudes deviennent moins marquées lorsque les différences régionales sont prises en compte. L’histoire électorale, l’organisation locale des partis et le rôle des candidats constituent des pistes d’interprétation, selon l’étude.
Le nombre de sièges façonne l’intensité de la compétition
La géographie des résultats ne se limite pas aux différences de participation. Le nombre de sièges à pourvoir dans chaque circonscription est également étroitement associé à la fragmentation de la compétition électorale.
Deux exemples illustrent cette diversité. À Fahs-Anjra, où deux sièges étaient en jeu, quatre formations ont recueilli des scores relativement proches. Le RNI est arrivé en tête avec 4.926 voix, devant le PAM avec 4.904 voix, l’Istiqlal avec 4.892 voix et le PJD avec 4.513 voix. Les deux sièges sont revenus au RNI et au PAM. L’Istiqlal a ainsi été privé de représentation malgré un écart de seulement douze voix avec la deuxième liste.
À Settat, où six sièges étaient à pourvoir, 24 listes étaient en compétition. Aucune n’a dépassé 15% des suffrages exprimés. Le PAM est arrivé en première position avec 14,97%. La compétition y était donc nettement plus fragmentée, avec plusieurs formations se partageant les voix.
Pour mesurer cette dispersion, l’étude utilise le nombre effectif de partis, un indicateur qui tient compte du poids électoral des formations et permet de distinguer une compétition concentrée autour de quelques partis d’une autre où les suffrages sont répartis entre davantage d’acteurs.
Les résultats font apparaître une progression nette de la fragmentation avec le nombre de mandats disponibles. Le nombre effectif de partis s’établit en moyenne à 4,60 dans les circonscriptions qui élisent deux députés, contre 6,75 dans celles qui disposent de quatre sièges et 7,95 dans celles qui en comptent six.
Parmi les caractéristiques examinées, le nombre de sièges est celle qui présente l’association la plus étroite avec la fragmentation, devant notamment le degré d’urbanisation et la pauvreté multidimensionnelle.
Cette différence institutionnelle s’accompagne de profils partisans distincts. Les 59 circonscriptions qui disposent de deux à trois sièges attribuent 156 mandats, tandis que les 33 circonscriptions comptant quatre à six sièges en attribuent 149. Dans les premières, le PAM recueille 23,6% des suffrages et le RNI 17,2%. Dans les secondes, leurs parts respectives descendent à 19% et 12%.
Le PJD présente la configuration inverse ; il obtient 15,6% des voix dans les circonscriptions de quatre à six sièges, contre 12,8% dans celles de deux à trois sièges. Sur ses 44 sièges locaux, 25 proviennent des 33 circonscriptions les plus grandes, dans lesquelles le parti arrive onze fois en première position. Dans les 59 circonscriptions plus petites, il remporte 19 sièges et arrive huit fois en tête.
La taille des circonscriptions constitue ainsi une dimension importante pour comprendre la distribution des sièges entre les partis, même si elle ne suffit pas à rendre compte de l’ensemble des écarts constatés.
Quatre partis, quatre géographies électorales
L’étude distingue des implantations territoriales sensiblement différentes entre le PAM, le RNI, l’Istiqlal et le PJD.
Le PAM se caractérise par l’étendue de sa présence. Il obtient au moins un siège dans 85 des 92 circonscriptions locales et arrive en première position dans 37 d’entre elles. Ses meilleurs résultats ne se concentrent pas dans une seule région ou dans une catégorie territoriale particulière. Il recueille 40,4% des suffrages à Assa-Zag et 34,8% à M’Diq-Fnideq, deux circonscriptions aux profils géographiques différents. Ses scores moyens restent globalement compris entre 20% et 24% selon le degré d’urbanisation. Le parti dispose donc d’une implantation relativement étendue, même si son audience varie sensiblement d’un territoire à l’autre.
Le RNI présente un profil davantage marqué par ses positions dans les espaces les moins urbanisés. Son score moyen atteint 21,2% dans le cinquième des circonscriptions les moins urbanisées, contre 10,4% dans le cinquième le plus urbanisé. Il arrive notamment en tête à Sidi Ifni avec 38,5% des suffrages et à Tétouan avec 19,8%.
L’Istiqlal se distingue par des concentrations territoriales fortes, en particulier dans les provinces du Sud. À Laâyoune, il obtient 48,8% des suffrages, et à Boujdour, 37,6%. Son implantation ne se limite cependant pas à ces territoires. Contrairement au RNI, ses performances ne suivent pas une progression régulière selon le niveau d’urbanisation ou la pauvreté multidimensionnelle. Elles dessinent plutôt plusieurs points d’appui dont les caractéristiques socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la force.
Le PJD présente une géographie électorale plus nettement métropolitaine. Il arrive en tête à Aïn Chock avec 32,4% des suffrages et recueille 31,5% des voix à Tanger-Assilah. Son redressement dépasse donc les seules circonscriptions casablancaises. Son score moyen atteint 24,3% dans le groupe des territoires les plus urbanisés, contre 11,4% dans le groupe le moins urbanisé. Ce contraste avec le RNI figure parmi les différences les plus marquées entre les grandes formations en 2026.
L’analyse spatiale confirme plusieurs regroupements géographiques ; les performances du PJD se concentrent notamment dans différentes circonscriptions de Casablanca, tandis que les résultats de l’Istiqlal dessinent des points d’ancrage autour de Laâyoune, Boujdour et Oued Eddahab. Le PAM ne présente pas de concentration comparable dans l’analyse cartographique menée sur les 83 circonscriptions disponibles. Cela ne signifie pas pour autant que son implantation est uniforme sur l’ensemble du territoire.
Des voix aux sièges : des rendements parlementaires inégaux
La conversion des suffrages en sièges constitue le troisième volet central de l’étude. Les résultats de 2026 montrent que le classement des partis selon le nombre de voix ne correspond pas nécessairement à leur ordre d’arrivée en nombre de députés.
L’exemple du RNI et de l’Istiqlal est particulièrement révélateur. Dans les 92 circonscriptions locales, l’Istiqlal recueille 751.672 suffrages, contre 718.630 pour le RNI. Malgré cet avantage de plus de 33.000 voix, l’Istiqlal obtient 52 sièges locaux, contre 57 pour le RNI. Avec moins de suffrages à l’échelle nationale, le RNI parvient donc à faire élire cinq députés supplémentaires au niveau local.
Les écarts apparaissent également lorsqu’on compare la part des suffrages recueillis par les partis à leur part des 305 sièges locaux. Le PAM obtient 21,3% des voix, mais 27,9% des sièges, soit un avantage de 6,6 points. Le RNI passe de 14,7% des suffrages à 18,7% des mandats. L’Istiqlal progresse plus modestement, de 15,3% des voix à 17% des sièges. Pour le PJD, la conversion est presque proportionnelle ; 14,2% des suffrages lui permettent d’obtenir 14,4% des mandats locaux.
Au total, ces quatre formations recueillent 65,5% des suffrages locaux, mais près de 78% des sièges attribués à ce niveau. Une partie de cet écart tient au mode d’attribution des mandats, qui ne répartit pas les sièges en fonction des résultats nationaux cumulés des partis, mais séparément dans chacune des 92 circonscriptions.
Depuis la réforme appliquée en 2021, le quotient électoral est calculé à partir du nombre d’électeurs inscrits, puis les sièges restants sont attribués selon la règle du plus fort reste. La représentation dépend ainsi de la répartition des voix au sein de chaque circonscription et de la position des listes par rapport à leurs concurrentes. Dans les résultats examinés, aucune liste locale n’a obtenu plus d’un mandat dans une même circonscription.
Laâyoune offre une illustration concrète de ce mécanisme. L’Istiqlal y recueille 51.835 voix, soit 48,8% des suffrages exprimés, mais ne remporte qu’un des trois sièges disponibles. Les deux autres reviennent au Parti du progrès et du socialisme (PPS), avec 19.533 voix, et au PAM, avec 19.115 voix. À Béni Mellal, l’Alliance de gauche parvient, quant à elle, à obtenir un siège avec seulement 5,5% des suffrages.
Le PAM remporte ainsi 85 sièges locaux, alors qu’il n’arrive en première position que dans 37 circonscriptions. Sa représentation repose notamment sur sa capacité à se classer parmi les listes qui obtiennent un mandat dans un grand nombre de territoires, sans nécessairement dominer chaque compétition.
Le contraste entre le RNI et le PJD est également significatif. Le PJD arrive en tête dans 19 circonscriptions, contre 15 pour le RNI, mais ne remporte que 44 sièges locaux, contre 57 pour son concurrent. Le nombre de premières places ne suffit donc pas à mesurer l’efficacité parlementaire d’un parti, la fréquence avec laquelle ses voix lui permettent de décrocher un siège est tout aussi déterminante.
Le scrutin régional élargit l’accès à la représentation
La prise en compte des 90 sièges régionaux modifie la lecture des résultats. Les deux niveaux du scrutin obéissent à des principes de répartition comparables, mais le nombre de sièges disponibles et la distribution des voix produisent des configurations différentes.
Le RNI et l’Istiqlal en offrent un premier exemple. Le RNI dispose d’une avance de cinq sièges au niveau local, avec 57 députés contre 52 pour l’Istiqlal. Au niveau régional, la situation s’inverse ; l’Istiqlal obtient 13 sièges, contre neuf pour le RNI. Après addition des deux niveaux, les deux formations comptent respectivement 65 et 66 députés. L’avantage local du RNI est donc presque entièrement compensé par les résultats régionaux de l’Istiqlal.
Le PAM connaît une situation différente. Au niveau local, il transforme 21,3% des voix en 27,9% des sièges. Au niveau régional, il recueille une part légèrement supérieure des suffrages, soit 22%, mais n’obtient que 12 des 90 sièges, représentant 13,3% des mandats régionaux. L’avantage observé dans les circonscriptions locales ne se reproduit donc pas à ce niveau.
À l’inverse, le scrutin régional constitue un levier important pour certaines formations intermédiaires. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) obtient 6,7% des suffrages locaux et 15 sièges, soit 4,9% des mandats locaux. Sur les listes régionales, avec 6,8% des voix, le parti décroche 11 sièges, soit 12,2% des mandats attribués à ce niveau. Les sièges régionaux représentent ainsi 42,3% de sa représentation totale à la Chambre.
Le PPS présente une configuration comparable. Avec environ 5% des suffrages sur chacun des deux bulletins, il remporte dix sièges locaux et neuf sièges régionaux. Ces derniers représentent 47,4% de l’ensemble de ses mandats parlementaires.
Le scrutin régional permet également à des formations dépourvues d’ancrage local suffisant d’accéder à la Chambre. Dans la circonscription régionale de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, le Parti des néo-démocrates obtient un siège avec seulement 3,2% des suffrages. Il n’avait remporté aucun mandat dans les 92 circonscriptions locales.
L’écart entre les deux niveaux est visible dans la proportion des suffrages exprimés en faveur de listes qui n’obtiennent aucun siège dans leur circonscription. Cette part atteint 32,1% au niveau local, contre 7,2% au niveau régional. Une part nettement plus importante des votes régionaux contribue donc à l’élection d’au moins un représentant de la liste correspondante.
Cette ouverture ne signifie pas que la représentation régionale soit strictement proportionnelle aux suffrages. Le PAM, avec 22% des voix régionales, obtient 13,3% des sièges. L’USFP, avec 6,8% des suffrages, décroche pour sa part 12,2% des mandats régionaux. Le dispositif élargit ainsi l’accès à la représentation, tout en modifiant le poids relatif des formations au sein de la Chambre.
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L’étude du Policy Center for the New South invite à dépasser la lecture des résultats nationaux pour comprendre la portée du scrutin du 23 septembre 2026. Les performances des partis ne peuvent être dissociées des conditions dans lesquelles leurs voix sont obtenues, de leur répartition géographique et des règles qui déterminent leur conversion en sièges.
La participation révèle des écarts profonds entre plusieurs grandes circonscriptions urbaines et les provinces du Sud. Le degré d’urbanisation, la taille démographique et les particularités régionales contribuent à éclairer ces différences, sans fournir d’explication unique. La fragmentation varie, elle aussi, avec le nombre de mandats disponibles, tandis que les principales formations disposent d’implantations territoriales qui ne se superposent pas.
La distribution des suffrages joue enfin un rôle essentiel dans le rendement parlementaire des partis. Les résultats locaux favorisent les formations capables de figurer régulièrement parmi les listes élues, tandis que les circonscriptions régionales ouvrent davantage de possibilités à des partis moins représentés au niveau local. Ces deux niveaux ne garantissent toutefois pas une correspondance proportionnelle entre le poids électoral et le nombre de sièges.
Le scrutin de 2026 apparaît ainsi moins comme une transformation générale du système partisan que comme une redistribution des positions à l’intérieur d’un cadre institutionnel relativement stable. Le PAM devient la première force parlementaire, le RNI et l’Istiqlal reculent et le PJD retrouve une partie de son influence. Pour autant, les huit principaux partis continuent de détenir près de 95% des sièges.
L’un des apports essentiels de l’analyse est de montrer que ces résultats nationaux ne prennent pleinement leur sens qu’à l’échelle des territoires. La géographie des soutiens, les conditions de mobilisation et les règles électorales contribuent conjointement à façonner la représentation parlementaire. C’est dans leur articulation que se comprennent les écarts entre l’audience des partis dans les urnes et leur poids au sein de la Chambre des représentants.
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