IMC 2026 : comment rendre l’exploitation minière africaine plus responsable grâce à l’ESG ?
Photo prise lors du panel de l’IMC 2026 © LeBrief
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Le secteur minier africain est appelé à faire évoluer son approche de l’ESG. Au-delà du respect des obligations légales et environnementales, les entreprises doivent désormais intégrer ces critères au cœur de leur stratégie et de leur gouvernance.
C’est l’un des principaux enseignements de la session 4A de l’International Mining Congress Morocco (IMC) 2026, consacrée à « l’ESG pour une gouvernance minière africaine responsable », organisée mercredi après-midi. Modérée par Abdellatif Kissami, la rencontre a réuni notamment Elvis Ossindji, ancien ministre des Mines du Gabon, Jean-Pierre Kucheida, président de l’Association des communes minières de France, Pascal Rey, président-directeur général d’INSUCO, Bouchra Mzali, spécialiste de l’ESG à l’Université du Québec à Montréal, et Stéphane Rinimba Moudoute-Bell, du cabinet Latitude Monde.
Les échanges ont d’abord porté sur la nécessité de considérer le cycle minier dans son ensemble. Exploration, développement, exploitation puis post-exploitation constituent une chaîne de valeur qui impose d’anticiper les impacts dès les premières étapes d’un projet.
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Pour Stéphane Rinimba Moudoute-Bell, l’enjeu consiste notamment à ne plus percevoir la dimension environnementale comme une contrainte supplémentaire. Elle peut, au contraire, devenir un facteur de compétitivité pour les entreprises africaines.
Selon lui, les sociétés minières disposent aujourd’hui de davantage d’outils en matière de financement, de référentiels et d’accompagnement ESG. Elles restent toutefois confrontées à des difficultés de gouvernance, d’infrastructures et de capacités, qui peuvent limiter leur aptitude à transformer leurs engagements environnementaux en véritable performance économique.
L’environnement devient un enjeu économique
L’intégration de critères environnementaux dans la gouvernance peut produire plusieurs effets directs sur la compétitivité des entreprises.
Le premier concerne l’accès au financement. Les investisseurs, les banques de développement et les fonds accordent une attention croissante aux performances ESG des entreprises. Une stratégie environnementale structurée peut ainsi faciliter l’accès à certains financements et renforcer la crédibilité d’un projet minier auprès de partenaires internationaux.
L’autre avantage évoqué concerne la réduction des coûts opérationnels. L’efficacité énergétique, l’économie circulaire ou encore une meilleure gestion des ressources peuvent permettre aux entreprises de limiter certaines dépenses sur le long terme.
L’ESG touche également la question des ressources humaines. Dans un secteur confronté à une compétition accrue pour attirer les compétences, l’image environnementale et sociale d’une entreprise peut peser dans les choix des jeunes travailleurs. Les engagements affichés en matière de responsabilité deviennent ainsi un élément de l’attractivité et de la fidélisation des talents.
Enfin, la performance environnementale influence directement l’accès à certains marchés. Les acheteurs de minerais, notamment ceux associés à la transition énergétique, sont eux aussi soumis à des exigences croissantes en matière de traçabilité et de responsabilité. Pour les entreprises minières africaines, l’adoption de standards environnementaux élevés peut donc devenir une condition pour rester intégrées à certaines chaînes d’approvisionnement.
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L’acceptabilité sociale au cœur des projets miniers
La discussion a ensuite déplacé le curseur vers l’un des principaux enjeux sociaux de l’activité extractive : l’acceptabilité des projets par les populations qui vivent sur les territoires concernés.
Jean-Pierre Kucheida a insisté sur la nécessité de mieux partager la richesse produite par l’exploitation minière avec les territoires qui accueillent les activités. À ses yeux, l’exploitation des ressources naturelles doit bénéficier à la fois au développement national et aux populations locales directement concernées.
L’ancien parlementaire français a notamment évoqué l’expérience des communes minières françaises, où la question de la redistribution des retombées économiques demeure centrale. Selon lui, les collectivités doivent pouvoir disposer de moyens suffisants pour accompagner les conséquences de l’activité minière, y compris après la fermeture d’une mine.
Cette réflexion conduit à intégrer dès le lancement d’un projet sa phase de post-exploitation. La fermeture d’un site ne devrait pas constituer une rupture brutale pour le territoire. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent anticiper les reconversions et les moyens nécessaires pour maintenir une dynamique économique après la fin de l’exploitation.
Cette approche permet également de réduire le risque de conflit entre entreprises et communautés. L’acceptabilité sociale ne peut donc pas être réduite à une opération de communication ou à une consultation ponctuelle.
Des communautés consultées aux communautés partenaires
C’est précisément sur ce point que les intervenants ont insisté : la relation entre une entreprise minière et les communautés locales doit évoluer.
La consultation des populations constitue une première étape, mais elle ne suffit plus. Les communautés doivent pouvoir participer plus durablement à la construction des projets qui affectent leur territoire.
Plusieurs fonctions peuvent ainsi leur être attribuées : rôle consultatif pour faire remonter leurs priorités, rôle de veille sur les impacts sociaux et environnementaux, mais aussi participation à certaines décisions concernant notamment les mécanismes de compensation ou les projets destinés aux populations locales.
L’objectif est de passer d’une logique de consultation à une logique de co-construction et de co-responsabilité.
Cette évolution est également liée à la notion de « permis social d’opérer ». Une entreprise peut disposer des autorisations administratives nécessaires à l’exploitation d’une ressource, mais rencontrer des difficultés si les populations locales ne considèrent pas le projet comme légitime ou bénéfique.
Pour les intervenants, la communauté doit donc être considérée comme une véritable partie prenante de l’organisation et non comme un simple destinataire des programmes de responsabilité sociale.
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Quel rôle pour la gouvernance ?
La troisième dimension abordée lors de la session concerne la gouvernance, qui constitue le lien entre les engagements environnementaux et sociaux et leur mise en œuvre concrète.
Les échanges ont notamment rappelé l’existence de plusieurs référentiels internationaux utilisés dans le financement des projets miniers. Ces standards couvrent différents domaines, de l’environnement aux conditions de travail, en passant par les enjeux sociaux et le patrimoine culturel.
Mais leur application ne peut pas se limiter à une conformité documentaire. L’enjeu est de faire de ces principes une composante réelle du fonctionnement des entreprises.
La gouvernance responsable suppose ainsi de clarifier les responsabilités entre entreprises, pouvoirs publics, collectivités et communautés. Les compagnies minières ne peuvent pas se substituer à l’État, mais elles doivent construire des mécanismes de dialogue suffisamment solides avec les territoires où elles interviennent.
Cette question devient d’autant plus stratégique que l’Afrique dispose d’importantes ressources nécessaires aux transformations industrielles et à la transition énergétique. L’augmentation attendue de la demande pour certains minerais pourrait accélérer les investissements miniers sur le continent.
Mais cette accélération devra s’accompagner d’une exigence accrue en matière de responsabilité.
Une nouvelle approche de la mine africaine
Au fil des échanges, un constat s’est dégagé : l’ESG ne peut plus être traité comme une obligation périphérique ou comme un simple volet de communication institutionnelle.
Pour les entreprises minières africaines, il s’agit désormais d’intégrer les dimensions environnementale, sociale et de gouvernance à l’ensemble du cycle de vie des projets. La réduction des impacts environnementaux, l’accès au financement, l’attractivité des talents, l’acceptabilité sociale et le partage de la valeur sont désormais étroitement liés.
La réussite d’un projet minier ne dépend donc plus uniquement de la capacité à extraire une ressource. Elle repose également sur la capacité à construire une relation durable avec les territoires, à anticiper l’après-mine et à démontrer que l’exploitation d’une ressource peut générer une valeur partagée.
À l’heure où le continent cherche à accélérer la transformation de ses ressources naturelles en moteurs d’industrialisation, cette évolution de la gouvernance pourrait devenir un facteur déterminant de la durabilité du secteur minier africain.
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