IMC 2025 : quand intégration et technologie redessinent la stratégie minière du Royaume

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

IMC 2025 : Quand intégration et technologie redessinent la stratégie minière du RoyaumePhoto prise lors de la session plénière de l’IMC 2025, le 25 novembre 2025 à Marrakech © Ayoub Jouadi / LeBrief

A
A
A
A
A

Lors de l’IMC 2025, la Session 3 a exploré avec précision les fondations d’un Maroc minier souverain, innovant et mieux intégré dans les chaînes de valeur mondiales. Autour de responsables du secteur chimique, minier et de l’OCP, le panel a dressé un état des lieux lucide : pour renforcer son autonomie industrielle, le Royaume doit miser sur la montée en gamme, l’innovation locale et l’essor des PME minières.

Le débat sur la souveraineté industrielle gagne aujourd’hui une place centrale dans les stratégies nationales, et le secteur minier en est l’un des piliers. Lors de la Session 3 du Congrès et Exposition International des Mines du Maroc (IMC 2025), intitulée « Le Maroc minier : levier de souveraineté et d’intégration industrielle », chercheurs, industriels et responsables d’entreprises ont analysé les transformations en cours dans un écosystème en pleine mutation.

Sous la modération de Abdellah Mouttaqi, Directeur général de la Compagnie Minière de Touissit (CMT), les intervenants ont abordé quatre axes majeurs : l’intégration industrielle, le potentiel de la chimie nationale, la stratégie d’innovation des opérateurs miniers, et le rôle structurant de l’OCP dans la transition énergétique et technologique.

L’ensemble dessine une ambition claire : bâtir un secteur minier marocain plus autonome, plus innovant, et mieux arrimé aux besoins du continent africain.

Lire aussi : Vidéo – IMC 2025 : lancement à Marrakech d’une nouvelle ère minière durable et souveraine

Intégration industrielle : une priorité structurante

En ouverture du panel, Mohamed Benchekroun, vice-président de la Fédération de la Chimie et de la Parachimie (FCP), a dressé un état des lieux d’un secteur longtemps perçu à travers le prisme des phosphates. « Aujourd’hui, la chimie marocaine, c’est plus de 180 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, dont une large part portée par des PME », a-t-il rappelé. Ce multiple tissu, éclaté et souvent tourné vers le marché local, constitue à la fois une richesse et une contrainte lorsqu’il s’agit de participer pleinement à la valorisation minière.

Il a insisté sur une réalité majeure : les PME de la chimie ne peuvent pas absorber seules les investissements massifs nécessaires à l’intégration en aval. Le développement des chaînes de valeur, surtout celles liées à la transformation profonde des ressources minières, dépend ainsi largement de la capacité des opérateurs miniers à partager leurs données, leurs plans d’exploitation et leur vision stratégique.

Benchekroun a également mis en avant la nécessité de multiplier les ponts entre les deux univers (chimie et mine) afin de fluidifier les relations, favoriser des partenariats mixtes et permettre aux PME d’émerger comme champions nationaux, voire régionaux. Une meilleure intégration, a-t-il souligné, passe par une compréhension partagée « des variables de compétitivité » des gisements marocains.

Vidéo – IMC 2025 : comment le Maroc façonne la nouvelle architecture minière africaine ?

OCP : un investissement vert comme moteur d’écosystème

Intervenant ensuite, Hassan Oulaid, directeur de l’innovation et de l’exploration SP2M au sein du groupe OCP, a présenté les contours du Green Investment Programme : un plan d’investissement massif de 13 milliards de dollars pour la période 2023-2027. Ce programme vise à rapprocher mine et industrie, accélérer l’intégration verticale et réduire la dépendance énergétique, hydrique et technologique.

Il a rappelé trois engagements majeurs :

• Neutralité carbone : Scope 1 et 2 d’ici 2030 ; Scope 3 d’ici 2040.

• Autonomie hydrique : l’OCP utilise exclusivement de l’eau non conventionnelle grâce au dessalement.

• Énergie verte 100% : d’ici 2027, le groupe fonctionnera entièrement à partir d’énergies renouvelables.

L’impact ne se limite pas aux infrastructures. Oulaid a mis en lumière la création d’un écosystème régional englobant formation, développement de start-up, entreprises locales, nouvelles filières liées à l’hydrogène vert, aux batteries et au solaire. « Les projets industriels sont désormais réalisés à 100% par des entreprises marocaines », a-t-il souligné, illustrant le basculement du groupe vers un modèle endogène.

Vidéo – IMC 2025 : le Maroc et l’AMSG scellent un mémorandum pour une gouvernance minière unifiée

Managem : l’innovation locale comme clé de souveraineté

Pour Intissar Benzakour, directrice scientifique de Managem, l’innovation n’est pas un slogan mais un levier stratégique structuré depuis plusieurs décennies. Elle a rappelé que l’entreprise dispose d’une chaîne intégrée, comprenant exploration, ingénierie, valorisation, recherche et exploitation. Au cœur de ce modèle : un centre de recherche industriel dédié au développement de technologies minières adaptées aux gisements marocains et africains.

Benzakour a défendu avec conviction une idée forte :

« Une souveraineté industrielle ne repose pas uniquement sur la ressource, mais sur la souveraineté technologique. »

Elle a plaidé pour un investissement massif dans la R&D (Recherche et Développement) locale, notant que les récents contrôles ou restrictions technologiques imposés par certains pays, notamment la Chine sur les terres rares, montrent l’urgence de développer des compétences propres. La création d’un savoir-faire national, même au prix d’échecs initiaux, permettra selon elle de réduire la dépendance technologique et d’imposer un modèle africain d’innovation minière.

Vidéo – IMC 2025 : des exposants dévoilent leurs ambitions pour le marché minier africain

PME minières : le cas inspirant de Kharrouba Copper Mining

Le témoignage de Yahya Zinbi, directeur général de Kharrouba Copper Mining, a offert une perspective essentielle : celle des opérateurs miniers de taille moyenne, qui constituent l’essentiel de l’écosystème marocain. Il a retracé l’histoire d’un projet cuprifère à 80 km de Marrakech, exploité depuis 1912 et relancé en 2008 après des travaux de cartographie et d’exploration.

En partenariat avec des investisseurs canadiens, Zinbi a pu développer progressivement le site, nettoyer les anciens puits, mener des sondages et redémarrer la production. Cette expérience démontre que des projets de taille modeste peuvent devenir des réussites industrielles lorsqu’ils mobilisent des compétences locales, une vision géologique solide et une stratégie progressive de montée en gamme.

Un Maroc minier plus souverain, plus innovant, plus intégré

Cette Session 3 de l’IMC 2025 a mis en lumière un secteur minier marocain au croisement de trois transformations majeures : la transition énergétique, l’intégration industrielle et la souveraineté technologique. À travers les échanges entre acteurs de la chimie, opérateurs miniers, OCP et entreprises innovantes, une vision se dessine : le Maroc veut contrôler davantage ses ressources, ses technologies et ses chaînes de valeur, tout en consolidant son rôle panafricain.

L’avenir du secteur reposera sur trois leviers :

• Une meilleure connexion entre chimie et extraction.

• L’essor de la R&D locale.

• La montée en puissance des PME et de l’innovation numérique.

Le Maroc minier trace ainsi la voie d’un modèle intégré, souverain et tourné vers les besoins de l’Afrique.

Vidéo – IMC 2025 : l’Afrique unifie ses standards pour bâtir une puissance minière intégrée

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Prix carburants : l’essence grimpe de 50 centimes dès le 16 mai

Consommation - Prix carburants : l’essence augmente de quelques centimes dès le 16 mai, tandis que le gasoil reste stable.

Rédaction LeBrief - 15 mai 2026
Pêche côtière : 3,85 MMDH à fin avril 2026

Économie - La pêche côtière et artisanale affiche une hausse de sa valeur à fin avril 2026, dépassant 3,85 milliards de dirhams, malgré un recul des volumes débarqués.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Peut-on domestiquer un arbre aussi complexe que l’arganier ?

Économie - Sélection de variétés, clonage, data… la recherche transforme l’arganier. Porté par l’INRA et ses partenaires, le Maroc construit une arganiculture moderne, entre performance agricole, innovation technologique et enjeux climatiques.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céramique : un accord pour structurer la filière marocaine

Économie - Un partenariat inédit vise à renforcer la compétitivité de la céramique marocaine, en misant sur l’innovation, la qualité et la structuration du secteur, avec l’ambition de consolider le « Made in Morocco » sur les marchés nationaux et internationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céréales : lancement du dispositif de commercialisation 2026 à Casablanca

Économie - À Casablanca, les autorités lancent le dispositif de commercialisation des céréales pour la campagne 2026. Prix de référence, primes de stockage et mesures logistiques visent à soutenir les producteurs et renforcer les stocks nationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Le pétrole en hausse de 2% sur fond de tensions géopolitiques

Économie - Les prix du pétrole ont progressé d’environ 2% vendredi, portés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire