Image d’illustration Les mardis du Maghreb © LeBrief
Les mardis du MaghrebHafid Boutaleb Publié le 06/10/26 à 14:43
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Maghreb en rose : la révolution silencieuse

Chaque semaine, un regard affûté sur les grands enjeux du Maghreb. "Les mardis du Maghreb", une chronique hebdomadaire pour comprendre ce qui se joue, au-delà des apparences...

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Difficile de faire l’impasse sur la plus importante actualité de la semaine dans toute la région, à savoir la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de cheffe du gouvernement du Royaume du Maroc par Sa Majesté Mohammed VI.

Ce n’est pas une première régionale à vrai dire. Avant Mme El Mansouri il y avait déjà deux premières ministres femmes au Maghreb, toutes deux Tunisiennes : Najla Bouden et l’actuelle titulaire du poste, Sara Zaafrani.

Au crédit de Mme Mansouri cependant, elle demeure la plus jeune femme nommée à ce poste, mais surtout la première à être indirectement élue, puisque, à l’article 47 de la Constitution du Royaume, il est stipulé que le chef du gouvernement doit nécessairement être issu du parti arrivé premier aux élections. De fait, Fatima Ezzahra El Mansouri aura été la première femme arabe et maghrébine à prendre la tête de son parti, à mener la campagne électorale législative et à remporter les élections avec le plus grand nombre de sièges pour sa formation. Une première.

Et par souci d’impartialité et aussi pour encourager davantage ces initiatives, je note également Mme Khalida Boufedeche pour son élection en juillet dernier à la tête de l’Assemblée populaire nationale, la chambre basse du Parlement algérien. Elle est la première femme à occuper cette fonction de l’Histoire de l’Algérie et est de facto la 3ème dans l’ordre constitutionnel de succession.

Félicitations mesdames, vous relevez le drapeau, ou plutôt les drapeaux. Au Maghreb, les femmes accèdent enfin aux plus hautes fonctions. Des fonctions impliquant de véritables responsabilités et au cœur du pouvoir. Exit les femmes ministres aux portefeuilles sociétaux, par souci d’image et pour répondre aux standards internationaux.

Aujourd’hui ces femmes pèsent tout autant sur le paysage politique que leurs congénères hommes. Elles tirent tout autant les ficelles, prononcent des discours éloquents, ont des supporters et des équipes de travail pour soutenir leur action.

Finalement ces nominations constituent le plus important pas en avant de cette décennie au Maghreb. Une décennie encore loin de s’achever mais qui portait en son début beaucoup de promesses. Rappelez-vous de la ferveur du Hirak algérien qui avait soulevé énormément d’espoir d’un apaisement au Maghreb. Ou de la joie des supporters marocains lors de la victoire des Fennecs algériens en Coupe d’Afrique en 2019. Une ferveur douchée par une gérontocratie surannée qui s’accroche au pouvoir à Alger.

Mais finalement le verre n’est jamais que à moitié vide. Le marasme ambiant devient soudainement plus supportable. La gent féminine accomplit sa révolution silencieuse dans une des régions les plus conservatrices du continent africain. Ayant déjà investi le marché du travail et l’espace public depuis des années, elle arrive enfin aux postes de responsabilité. Et au fil des réformes des codes de la famille, de la loi et de l’évolution des mentalités, la perspective d’une femme maghrébine pleinement émancipée et libre de tout archaïsme ne relève plus de l’utopie.

Mais il y avait déjà une base. Car au Maghreb, fait notable par rapport à l’Egypte ou au Sahel voisins, nous n’avons jamais pratiqué l’excision, ni la lapidation. L’Histoire régionale compte de nombreuses femmes qui ont joué un rôle de premier plan dans le cours des événements. Les femmes ont toujours été les piliers des foyers, des douars et dechra, et les gardiennes des traditions.

Et l’Homme maghrébin n’y est pas pour peu. Car à entendre ces femmes une fois sous les projecteurs, elles évoquent et remercient toutes leurs pères. Des pères auprès desquels elles ne décelèrent jamais le regard dur dont elles souffraient souvent dans l’espace public. Des pères qui ne correspondaient à aucun des stéréotypes qu’on assène souvent à l’Homme et la femme de cette vaste terre d’Afrique du Nord.

Et comment parler des pères, sans évoquer les pères des indépendances et leur rôle crucial dans l’émancipation des femmes ? Comment ne pas remercier le père de l’indépendance du Royaume, feu le roi Mohammed V, pour avoir dès les années 1940 émancipé les princesses de la Cour sultanienne, appelées alors à devenir un modèle pour toute la société ?

Comment aussi ne pas rappeler l’action décisive de Habib Bourguiba dans la naissance d’un mythe : celui de la femme tunisienne forte, émancipée et dont la parole vaut celle de l’Homme.

Des pères qui nourrissaient un espoir : celui d’un Maghreb des peuples, unifié et agissant de concert. Mais face à cet échec, c’est peut-être là leur véritable héritage et celui des indépendances : avoir ouvert, chacun à leur manière, la voie à une émancipation qui ne cesse de progresser. Et c’est peut-être de cette révolution silencieuse que viendra le changement régional tant espéré. Inchallah !

Hafid Boutaleb est journaliste spécialiste des affaires internationales. Chroniqueur télévision et radio, il est également co-fondateur de "Intiatives pour la communauté économique du Maghreb".
Depuis 2014, Hafid Boutaleb travaille comme consultant en médias. En 2022, afin de perfectionner ses compétences en journalisme et médias, il a intégré et obtenu avec succès un Master of Letters (MLitt) en journalisme numérique à l'Université de Strathclyde Glasgow. Tout au long de sa carrière, Hafid Boutaleb a collaboré étroitement avec des institutions internationales prestigieuses telles que la CCNUCC, l'AIE, l'IPEEC, la BAD et la BERD.

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