OCP maintient sa rentabilité malgré le choc du soufre
Stand de l'OCP au SIAM 2026 © OCP
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L’OCP a enregistré un chiffre d’affaires de 48,4 milliards de dirhams au premier semestre 2026, en baisse par rapport aux 52,2 milliards réalisés un an auparavant. Dans un marché marqué par une forte hausse du prix du soufre, une pression accrue sur les coûts et un recul de la demande mondiale d’engrais phosphatés, le groupe est toutefois parvenu à préserver une marge d’EBITDA de 28%.
Cette performance intervient dans un contexte particulièrement difficile pour l’industrie des phosphates. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont fortement perturbé les marchés des matières premières, avec un prix du soufre multiplié par trois sur la période. À l’inverse, les prix des engrais n’ont progressé que d’environ 20%, limitant la capacité des producteurs à répercuter intégralement l’augmentation de leurs coûts.
Les échanges mondiaux d’engrais phosphatés ont ainsi diminué d’environ 22% au cours des six premiers mois de l’année. La dégradation du pouvoir d’achat des agriculteurs, les niveaux de stocks dans certains marchés et les reports d’achats ont pesé sur la demande, notamment en Inde, en Europe et en Afrique.
Une résistance portée par le modèle industriel
Dans cet environnement, l’OCP a réalisé un EBITDA de 13,3 milliards de dirhams, contre 18,6 milliards au premier semestre 2025. La marge correspondante s’établit à 28%, contre 36% un an auparavant. Au deuxième trimestre, période marquée par l’accélération de la hausse du soufre, elle s’est maintenue à 27%.
La baisse des performances opérationnelles reste néanmoins moins prononcée que chez plusieurs producteurs internationaux sur leurs activités phosphatées. Selon les données communiquées par l’OCP, l’EBITDA de ces activités a reculé de 34% à 51% chez Ma’aden, PhosAgro, Mosaic et Nutrien, contre 26% pour l’OCP en dollars sur une base comparable.
Le groupe met en avant l’intégration de sa chaîne de production, depuis l’extraction de la roche jusqu’à la fabrication des engrais, ainsi que son accès à plus des deux tiers des réserves mondiales de roche phosphatée. Cette configuration permet à l’OCP de conserver une position compétitive malgré la hausse exceptionnelle du coût des intrants.
Lire aussi : OCP accélère sa mue industrielle à coups de milliards
Les exportations marocaines d’engrais phosphatés ont, elles, reculé de 16%, soit une baisse moins importante que celle du marché mondial. Leur part dans les échanges internationaux est ainsi passée d’environ 28% à 30%.
Le groupe a également renforcé la place du TSP dans son portefeuille. Cet engrais nécessite moins de soufre et ne requiert pas d’ammoniac dans son processus de production. Il représentait 35% des volumes d’engrais exportés au premier semestre, contre 26% durant la même période de 2025. Une troisième ligne de production de TSP, d’une capacité annuelle d’un million de tonnes, est par ailleurs entrée en service en juillet à Jorf Lasfar.
Des résultats contrastés selon les activités
Le recul du chiffre d’affaires global s’explique principalement par la diminution des volumes commercialisés. Les ventes d’engrais ont baissé de 7% en monnaie locale sur un an, dans un marché marqué par le ralentissement de la demande dans plusieurs régions. l’OCP a néanmoins réorienté une partie de ses ventes vers les Amériques, notamment le Brésil, où la demande a mieux résisté.
La branche de la roche phosphatée a enregistré une diminution de 28% de son chiffre d’affaires en monnaie locale. L’activité d’acide phosphorique a, pour sa part, reculé de 9%, notamment en raison d’une baisse des volumes exportés. L’OCP a privilégié l’utilisation de cet acide pour ses propres unités de granulation et de production d’engrais, dans un contexte de renchérissement du soufre.
Le segment Specialty Products & Solutions (SPS) affiche une évolution différente. Son chiffre d’affaires a progressé de 26% en monnaie locale pour atteindre 4,755 milliards de dirhams. Cette activité, orientée vers des produits à plus forte valeur ajoutée destinés notamment à l’agroalimentaire, à l’industrie et à la nutrition animale, poursuit ainsi sa montée en puissance.
Sur le plan de la rentabilité, la marge brute s’est établie à 26,4 milliards de dirhams, soit 55%, contre 33,3 milliards et 64% un an auparavant. Malgré cette pression sur les coûts, l’OCP estime que la compétitivité de sa base industrielle lui a permis de maintenir un niveau significatif de rentabilité.
Approvisionnements, investissements et trésorerie
Pour limiter l’impact de la crise du soufre, l’OCP avait anticipé une partie de ses besoins en sécurisant ses stocks avant l’accélération des prix. Le groupe a également diversifié ses sources d’approvisionnement et renforcé certains partenariats. À plus long terme, il travaille sur la valorisation de la pyrite et la récupération du soufre contenu dans le phosphogypse afin de réduire progressivement son exposition aux achats internationaux.
Une partie des opérations de maintenance initialement programmées au second semestre a aussi été avancée au deuxième trimestre. Cette décision doit permettre au groupe de conserver davantage de flexibilité industrielle durant la seconde moitié de l’année.
Les investissements ont atteint 16,1 milliards de dirhams au premier semestre, contre 15,2 milliards sur la même période de 2025. L’OCP indique que le calendrier de certains projets a été ajusté aux conditions du marché, sans remettre en cause les principaux programmes structurants, notamment ceux liés au TSP, à l’eau, à l’énergie ainsi qu’à Mzinda-Meskala.
Sur le plan financier, les flux de trésorerie opérationnels sont passés de 6,1 à 6,7 milliards de dirhams. La trésorerie et les équivalents de trésorerie atteignaient 32,7 milliards de dirhams à fin juin.
La dette financière nette s’est, elle, établie à 115,5 milliards de dirhams, contre 119,1 milliards à fin 2025. Le ratio dette financière nette sur EBITDA s’est toutefois établi à 3,05 fois, contre 2,76 fois à la fin de l’année précédente.
L’OCP dispose par ailleurs d’un accès maintenu aux marchés de capitaux. Le groupe a notamment réalisé au premier semestre une émission hybride internationale de 1,5 milliard de dollars, sursouscrite plus de quatre fois, ainsi qu’une émission hybride de 5 milliards de dirhams sur le marché marocain.
Enfin, la reprise des exportations vers les États-Unis à partir de juillet, après la suspension des droits compensateurs américains sur les importations de phosphates marocains, illustre la capacité du groupe à réorienter rapidement ses volumes en fonction des besoins des marchés.
Un modèle OCP mis à l’épreuve par le choc du soufre
Le premier semestre 2026 a également révélé l’ampleur des difficultés rencontrées par l’industrie mondiale des engrais phosphatés. La flambée du prix du soufre, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, a fortement alourdi les coûts des producteurs, alors que la demande agricole restait sous pression. Les prix des engrais n’ont progressé que d’environ 20%, contre un triplement du prix du soufre, limitant ainsi la capacité du secteur à absorber cette hausse par les prix de vente.
Cette situation a entraîné un recul d’environ 22% des échanges mondiaux d’engrais phosphatés. Dans plusieurs marchés, la baisse de la demande et les difficultés d’approvisionnement ont conduit certains producteurs à réduire leurs cadences, voire à suspendre temporairement certaines unités. Au Brésil, par exemple, le taux d’utilisation des capacités phosphatées de Mosaic est tombé à 47% au deuxième trimestre, contre 84% un an auparavant. Sa production de roche phosphatée dans le pays a également diminué, passant de 1 à 0,7 million de tonnes.
Dans ce contexte, l’OCP a maintenu une activité relativement stable, avec une marge d’EBITDA de 28% sur les six premiers mois et de 27% au deuxième trimestre, période correspondant au pic de la hausse du soufre. Le Groupe souligne que l’augmentation de ses achats de soufre a, à elle seule, dépassé la baisse enregistrée par son EBITDA.
Les performances comparées des activités phosphatées montrent également des écarts entre producteurs. Sur une base comparable en dollars, l’EBITDA de ces activités a reculé de 26% chez l’OCP, contre des baisses comprises entre 34% et 51% chez plusieurs autres acteurs du secteur. Parallèlement, les expéditions marocaines d’engrais phosphatés ont diminué de 16%, contre 22% pour le marché mondial, portant la part du Maroc dans les échanges internationaux d’environ 28% à 30%. Ces évolutions illustrent la capacité du dispositif industriel d’OCP à maintenir ses livraisons malgré les fortes tensions sur les matières premières.
Le Maroc a importé 51.050 tonnes d’ammoniac chinois en mai 2026, devenant la première destination de ces exportations, dans un marché mondial des engrais sous tension.
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