Législatives 2026 : quelle place pour le sport dans les programmes électoraux au Maroc ?
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À l’heure où les formations politiques sollicitent les électeurs pour les législatives du 23 septembre, le sport ne constitue pas le premier axe de leurs campagnes. Le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement et la protection sociale occupent une place plus importante dans les programmes. Mais la perspective de l’organisation de la Coupe du monde 2030, conjointement avec l’Espagne et le Portugal, donne au secteur sportif une dimension particulière dans cette campagne.
Pour plusieurs partis, le rendez-vous mondial dépasse en effet le cadre du football. Les investissements engagés ou annoncés pour les stades, les transports, l’aménagement urbain et les services sont présentés comme susceptibles de produire des effets économiques au-delà de la compétition. Le gouvernement avait lui-même présenté la création de la Fondation Maroc 2030 comme un instrument destiné à coordonner les différents chantiers liés aux grandes compétitions internationales, en particulier la Coupe du monde 2030. Selon le gouvernement, l’événement doit également contribuer à accélérer des projets de développement au-delà des seules villes hôtes.
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Le Mondial comme levier économique
Le Parti authenticité et modernité (PAM) fait du rendez-vous de 2030 l’un des éléments de sa projection économique. Dans son programme électoral publié en septembre, le parti prévoit la création d’au moins un million d’emplois nets durant la période 2027-2031. Une partie de ces créations est directement rattachée à la Coupe du monde et aux activités qui l’accompagnent.
Le document du PAM attribue ainsi 360.000 emplois aux activités liées au Mondial et à son environnement économique entre 2026 et 2031. Dans cette enveloppe, 40.000 postes sont associés à l’économie du sport. Le parti prévoit également de développer cette économie à travers une structuration des fédérations et la création de centres régionaux d’excellence.
Cette approche inscrit donc le sport dans une politique plus large de création d’emplois et d’investissement. Le PAM présente l’échéance de 2030 comme une occasion de prolonger les effets des infrastructures et des investissements au-delà du tournoi, plutôt que de les limiter à la durée de la compétition. Dans sa communication consacrée au « Maroc 2030 », le parti insiste notamment sur la nécessité de transformer l’élan créé par le Mondial en une dynamique économique et sociale de plus long terme.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) inscrit lui aussi le Mondial dans une réflexion sur l’emploi et l’investissement. La formation met notamment l’accent sur les opportunités susceptibles de bénéficier aux jeunes et sur la nécessité d’accompagner les mutations de l’économie informelle.
Du terrain de proximité au sport scolaire
La vision de l’Istiqlal se situe davantage du côté de la pratique sportive et de l’école. Le parti propose de renforcer les équipements sportifs dans les établissements scolaires, d’élargir l’accès des élèves aux activités physiques et de mettre en place des mécanismes de détection et d’accompagnement des talents.
Cette orientation rattache le sport à des objectifs éducatifs plus larges ; apprentissage du travail collectif, discipline, santé et intégration sociale. Elle déplace ainsi une partie de la réflexion du sport de haut niveau vers la constitution d’une base de pratiquants et de jeunes talents à partir du système éducatif.
La question du sport scolaire apparaît également, sous une autre forme, dans le programme du Parti de la justice et du développement (PJD), qui entend inscrire le sport dans une stratégie nationale pluriannuelle. La formation propose notamment une cartographie des infrastructures sportives, une amélioration de leur gouvernance et le développement du « sport pour tous ».
Pour le PJD, l’enjeu porte également sur l’organisation du mouvement sportif. Son programme met l’accent sur la séparation des responsabilités politiques, administratives et sportives. L’objectif affiché est de clarifier les compétences entre les fédérations, les ligues professionnelles et les pouvoirs publics, notamment dans l’organisation des compétitions, la formation, la régulation et la gestion des équipes nationales.
Cette approche place la gouvernance au centre du débat. Elle contraste avec les propositions davantage orientées vers l’investissement ou la construction d’équipements, en considérant que l’efficacité de la politique sportive dépend aussi de la répartition des responsabilités et des mécanismes de contrôle.
Le PPS chiffre fortement ses ambitions
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) consacre au sport une enveloppe supplémentaire de 15 milliards de dirhams sur cinq ans. Le parti veut notamment faire du sport un service public accessible indépendamment du niveau de revenu ou du lieu de résidence. Son programme prévoit la construction ou la réhabilitation de 5.000 terrains de proximité, avec une attention particulière aux quartiers défavorisés et aux zones rurales.
Le volet éducatif occupe également une place importante. Le PPS propose de rendre obligatoires quatre heures hebdomadaires d’éducation physique dès le primaire et de porter à 20.000 le nombre d’encadrants, contre environ 10.000 actuellement selon les chiffres avancés par le parti. Il associe cet effort à un investissement d’un milliard de dirhams consacré à la formation.
Le parti fixe également un objectif d’un million de licenciés dans les fédérations sportives et annonce la création de 100.000 emplois directs et indirects dans les métiers du sport à l’horizon 2031. Le sport de haut niveau représente, dans ce programme, un autre volet d’intervention, avec un projet d’Institut national du sport de haut niveau et un réseau régional destiné à améliorer la détection des talents.
La proposition du PPS ne se limite toutefois pas aux infrastructures et à la formation. Le parti prévoit aussi une réforme de la gouvernance sportive, notamment à travers une loi-cadre, la limitation des mandats des dirigeants fédéraux, des audits annuels et la création d’une autorité indépendante de régulation. Il prévoit par ailleurs des mesures relatives à la protection sociale des sportifs et au développement du sport féminin.
Le Mouvement populaire propose un ministère dédié
Le Mouvement populaire (MP) va plus loin sur le plan institutionnel en proposant la création d’un ministère de plein exercice chargé des Sports. Présentée dans le cadre de la nouvelle architecture gouvernementale défendue par le parti, cette proposition est directement mise en relation avec l’organisation de la Coupe du monde 2030.
Le choix du MP revient à faire du sport une compétence gouvernementale identifiée, alors que la préparation du Mondial mobilise déjà plusieurs départements et organismes publics. Le parti inscrit parallèlement le sport dans une conception plus large liée à l’éducation, à l’intégration, à la prévention et à l’emploi.
La proposition intervient alors que le dispositif institutionnel consacré au Mondial est déjà largement structuré. En juillet 2025, le gouvernement avait adopté le projet de loi portant création de la Fondation Maroc 2030. Le texte prévoit une structure chargée de coordonner et de suivre les différents chantiers liés aux grandes compétitions internationales accueillies par le Royaume.
La création de cette fondation constitue un élément important pour comprendre la place du sport dans les élections de 2026 ; une partie substantielle de la préparation du Mondial relève déjà d’un dispositif spécifique qui dépasse le seul périmètre d’un futur gouvernement.
La Fondation Maroc 2030 au-dessus du calendrier électoral
Le dispositif institutionnel mis en place en 2025 distingue en effet la préparation du Mondial de l’alternance politique issue des élections. La Fondation Maroc 2030 a été créée par la loi n°35.25 et placée sous la présidence de Fouzi Lekjaa, également président de la Fédération royale marocaine de football et ministre délégué chargé du Budget. Le gouvernement avait expliqué que la fondation devait assurer la coordination des administrations, établissements et entreprises publics, collectivités territoriales, secteur privé et autres acteurs concernés par l’organisation des compétitions.
Cette architecture réduit mécaniquement la portée d’une lecture du scrutin comme un simple vote sur « qui organisera » le Mondial. Les partis peuvent proposer des orientations concernant l’héritage économique et social de l’événement, l’accès au sport ou la gouvernance du secteur, mais la préparation opérationnelle du tournoi repose déjà sur des structures et des engagements institutionnels qui dépassent l’échéance électorale.
Le parcours politique récent de Fouzi Lekjaa a néanmoins rapproché de manière visible les mondes du football et de la politique. Le président de la FRMF a rejoint le PAM en juillet 2026, quelques semaines avant les élections. Cette entrée en politique partisane a alimenté les spéculations sur son éventuel rôle dans le prochain gouvernement et sur l’influence que pourrait avoir le Mondial dans la prochaine séquence politique.
Lekjaa a toutefois déclaré, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, n’avoir jamais envisagé de devenir chef du gouvernement et a affirmé que sa mission électorale s’achevait le 23 septembre.
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Au-delà du Mondial, quelle politique sportive ?
La lecture des programmes électoraux fait apparaître plusieurs niveaux d’intervention. Le premier concerne l’héritage économique de la Coupe du monde : infrastructures, emplois, investissements, mobilité et développement territorial. Le deuxième concerne l’accès à la pratique sportive, notamment dans les établissements scolaires et les quartiers. Le troisième porte sur le haut niveau, la détection des talents et l’accompagnement des athlètes. Le quatrième touche à la gouvernance des fédérations et à l’organisation institutionnelle du secteur.
Les propositions ne se recoupent donc pas entièrement. Le PAM associe fortement sport et économie du Mondial, avec un objectif de 40.000 emplois dans l’économie sportive. Le PPS défend une approche davantage centrée sur le service public, les équipements de proximité, l’éducation physique et la professionnalisation de l’encadrement. L’Istiqlal met l’accent sur l’école et la détection des talents. Le PJD insiste sur la gouvernance et la clarification des responsabilités, tandis que le MP propose une nouvelle architecture gouvernementale avec un ministère consacré au sport.
Ces différences renvoient à une question qui dépasse l’organisation de la Coupe du monde, celle de la place du sport dans les politiques publiques marocaines après 2030. Le succès d’un tournoi international se mesure à une échéance déterminée. Une politique sportive, elle, s’inscrit dans une temporalité plus longue où l’accès des enfants aux infrastructures, la formation des enseignants et entraîneurs, le développement des clubs, la détection des talents, l’accompagnement des sportifs de haut niveau, le financement des fédérations et la structuration d’une véritable industrie sportive revêtent une grande importance.
L’enjeu de la prochaine législature ne se limite donc pas aux stades qui accueilleront les matchs du Mondial. Il porte aussi sur ce que ces investissements pourront laisser derrière eux ; des équipements accessibles, des filières de formation, des emplois durables, une pratique sportive élargie et des institutions capables de fonctionner au-delà des grandes compétitions.
À quatre ans de la Coupe du monde 2030, les programmes des partis montrent ainsi que le sport a progressivement quitté le seul registre de la performance et du spectacle pour entrer dans celui de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de l’aménagement territorial et de la gouvernance publique. Mais les propositions restent structurées autour d’approches différentes et de temporalités distinctes. Le scrutin du 23 septembre permettra surtout de déterminer quelles priorités politiques seront portées au sein de la prochaine législature, alors que le cadre institutionnel de préparation du Mondial est déjà engagé.
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