Législatives : pour les MRE, une représentation promise, jamais construite

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Législatives 2026 : la CGEM appelle à adapter les horairesÉlections (photo d'illustration) © DR

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Ils sont plusieurs millions, injectent, depuis 2022, plus de 110 milliards de dirhams chaque année et le 23 septembre ils n’auront aucun siège à disputer. Quinze ans après une Constitution qui leur reconnaît le droit d’être électeurs et éligibles, les Marocains du monde voteront (s’ils votent) par procuration, en confiant leur bulletin à un proche resté au pays.

Le 23 septembre, 395 sièges de la Chambre des représentants seront renouvelés : 305 dans les circonscriptions locales, 90 dans les circonscriptions régionales. Aucun à Paris, Bruxelles, Madrid, Amsterdam ou Montréal, où vivent pourtant des communautés marocaines qui se comptent en centaines de milliers de personnes.

Le paradoxe est connu, presque usé à force d’être énoncé. Les Marocains résidant à l’étranger figurent parmi les premiers contributeurs à la balance des paiements du Royaume, devant le tourisme certaines années. Ils investissent, achètent, construisent, financent des familles entières, reviennent chaque été par millions. Mais dans l’architecture électorale marocaine, ils n’existent pas en tant que corps politique distinct.

Un droit reconnu, jamais organisé

Sur le papier, la question est tranchée depuis 2011. L’article 17 de la Constitution reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger le droit d’être électeurs et éligibles, et renvoie à la loi le soin de fixer les modalités de leur participation. L’article 17 va plus loin : il engage les pouvoirs publics à assurer leur représentation « aussi large que possible » au sein des institutions consultatives de gouvernance.

Quinze ans plus tard, cette loi n’a jamais organisé de représentation directe. Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, créé en 2007 à titre transitoire, demeure une instance consultative dont la refonte prévue par la Constitution se fait toujours attendre. Aucun élu ne siège au Parlement avec un mandat explicitement confié par la diaspora.

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Le dernier épisode remonte à mars 2021 : un amendement visant à instaurer le vote direct des MRE avait alors été rejeté par 244 voix contre 18. Un score sans appel, qui dit mieux que tous les discours l’écart entre ce que les partis affirment à Bruxelles en août et ce qu’ils votent à Rabat en mars.

Les arguments opposés à la représentation directe n’ont pas varié depuis vingt ans : fiabilité incertaine des listes consulaires, coût logistique, risque d’ingérence de formations étrangères dans la campagne, crainte d’une politisation des communautés hors du territoire national. Les associations de la diaspora y ont toujours vu des prétextes, rappelant que plusieurs dizaines d’États tels que l’Italie, la France, la Tunisie, ou encore l’Algérie, organisent un scrutin extraterritorial sans difficulté insurmontable.

Ce que les partis proposent vraiment

À la lecture des programmes, un partage assez net apparaît. D’un côté, les partis qui abordent les MRE par l’économie. Le RNI met en avant la mobilisation des compétences et des talents de la diaspora au service de l’innovation et de l’investissement. L’Istiqlal propose un guichet unique d’investissement à délais encadrés et un mécanisme d’abondement public des projets portés depuis l’étranger, et parle de représentation « effective » dans les instances économiques régionales, c’est-à-dire ailleurs qu’au Parlement.

MRE : qui ne veut pas votre représentation ?

 

De l’autre, les formations qui posent frontalement la question politique. Le PPS plaide pour un scrutin organisé dans les consulats, sur le modèle de ce qui avait été fait pour le référendum de 2011. Le PJD défend le vote direct assorti de circonscriptions extraterritoriales. L’Istiqlal, qui avait déposé une proposition de loi en 2021, a évoqué une formule de soixante sièges à répartition régionale, quand l’USFP avance l’idée de trente sièges supplémentaires, portant la Chambre de 395 à 425 membres.

Sur le principe, presque tout le monde est donc favorable. Sur les modalités, chacun propose un schéma différent, incompatible avec celui du voisin. Et aucun de ces engagements ne figure parmi les points saillants des campagnes. Le résultat est connu d’avance : à défaut de consensus, le statu quo.

Ce qui éloigne réellement les MRE des urnes

L’idée que les Marocains du monde se désintéresseraient de la politique nationale est commode. Elle résiste mal à l’examen du parcours qu’il faut accomplir pour glisser un bulletin dans l’urne.

Première condition : être inscrit sur les listes électorales générales. L’inscription passe par les consulats, exige une carte nationale d’identité en cours de validité, et s’ouvre à des périodes que beaucoup ignorent. Elle rattache l’électeur non pas à son pays de résidence mais à une commune marocaine. Deuxième étape : le vote lui-même. Depuis le 24 août, une plateforme dédiée permet d’établir sa procuration entièrement en ligne, via elections.ma et listeselectorales.ma, jusqu’au 22 septembre à midi. La démarche, qui imposait auparavant un déplacement dans un consulat pour authentifier le document, se règle désormais depuis un écran.

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Le progrès est réel, mais il ne change pas la nature du dispositif. Il ne s’agit pas d’un vote électronique : le mandataire désigné doit être inscrit dans une commune du Royaume et se rendre physiquement au bureau de vote le 23 septembre. Autrement dit, l’électeur installé à Amsterdam depuis trente ans vote pour une liste locale qui se joue dans une commune où il ne vit plus, par l’intermédiaire d’un frère ou d’un cousin. Sans compter ce que suppose cette délégation : trouver quelqu’un de confiance, et accepter que le secret de son vote repose sur cette confiance.

Un dernier élément achève de brouiller le tableau. Le nombre de MRE inscrits sur les listes électorales générales n’apparaît pas dans les statistiques publiques du corps électoral, ventilées par sexe, par âge et par milieu de résidence, jamais par pays de résidence. Sans cette donnée, aucun taux de participation de la diaspora ne pourra être calculé au lendemain du scrutin, et l’accusation d’abstentionnisme restera invérifiable dans les deux sens.

Et la génération née ailleurs ?

Reste la question que personne ne pose vraiment. Les 18-30 ans nés en Europe n’ont ni commune de rattachement vécue, ni mandataire tout désigné, ni souvenir personnel du Maroc politique. Beaucoup savent pourtant nommer le chef du gouvernement, situer les grands partis, raconter l’histoire politique du pays. Mais ce lien-là passe par la famille, la langue, l’été, parfois l’entrepreneuriat. Presque jamais par les institutions.

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Cette génération n’est pourtant pas apolitique. Le mouvement « GenZ 212 » a trouvé des relais immédiats dans les diasporas, sur des canaux que les partis ne maîtrisent pas et où ils ne sont pas présents. C’est peut-être là le véritable enjeu du débat sur la représentation : il ne s’agit plus seulement de savoir si le Maroc veut donner des sièges à ses Marocains du monde, mais de savoir combien de temps encore ceux-ci les réclameront.

À force de reporter la réponse, le risque n’est pas la colère. C’est que la question cesse d’être posée.

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