Circonscriptions : cartographie d’une bataille électorale
Bataille des circonscriptions en vue des législatives 2026 © LeBrief
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Surnommée la circonscription de la mort par les observateurs et les acteurs politiques marocains, la circonscription de Rabat-Océan, qui offre seulement quatre sièges de députés, constitue le point focal de cette élection nationale. Historiquement marquée par la domination successive du PJD puis du RNI au cours des deux précédents scrutins législatifs de 2016 et de 2021, elle voit s’affronter cette année une concentration exceptionnelle de leaders politiques de premier plan.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) y aligne Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Bensaïd, né en 1984, est le plus jeune chef de parti du Royaume et l’un des trois membres dirigeants de la direction collégiale du PAM.
Face à lui se dresse une autre figure bien connue de la capitale, Mustapha El Khalfi, ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement sous l’ère du cabinet Benkirane, qui représente le Parti de la justice et du développement (PJD).
L’Union socialiste des forces populaires (USFP) jette également un poids lourd dans la balance en la personne de Abdelkrim Benatiq, ancien ministre délégué chargé des Marocains résidant à l’étranger, syndicaliste et militant historique. L’Istiqlal, quant à lui, mise sur la continuité locale en reconduisant son député sortant, l’avocat et président de l’arrondissement d’Agdal-Riad, Abdelilah Bouzidi.
Les circonscriptions de la mort ou le grand théâtre de l’égo politique
Face à ces figures politiques chevronnées, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a choisi de parier sur la jeunesse après la déchéance de son précédent député local dans cette circonscription. Le parti au pouvoir mise ainsi sur Taha Joumani, un jeune diplômé de la Sorbonne âgé de seulement 23 ans, issu d’une grande famille influente des provinces du Sud, qui revendique son appartenance au parti depuis son enfance.
De son côté, la gauche unie sous l’étiquette de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) présente l’avocat et chercheur en droit Omar Benjelloun, dans une circonsciption où la FGD, grâce à Omar Balafrej, avait dépassé la barre des 8.000 voix lors des législatives de 2016. Enfin, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) soutient Rachid Sassi, un ancien cadre influent et transfuge du RNI, tandis que l’Union constitutionnelle (UC) propose Abdelmajid Bargach, un notaire renommé spécialisé en gestion de patrimoine, dont le profil atypique de technocrate pourrait créer la surprise dans les quartiers de Rabat.
Larache : le choc des titans
Dans la province de Larache, où quatre sièges parlementaires locaux sont en jeu, la dynamique électorale illustre à elle seule toute la complexité des luttes locales marocaines, mêlées de transhumance partisane et d’influence des notables. La première surprise vient du RNI, qui a choisi de ne pas renouveler l’investiture de son député sortant et poids lourd local, Mohamed Simou, maire de Ksar El Kébir. A sa place, le parti jette son dévolu sur un jeune cadre provincial, Abdelhakim Al Ahmadi, président du conseil provincial de Larache, élu local depuis 2021.
L’Istiqlal joue la carte de la stabilité stratégique en reconduisant son propre secrétaire général et ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka. Baraka, qui avait recueilli plus de 24.000 voix dans cette circonscription en 2021, fait face à un nouveau rival inattendu.
En effet, le PAM a mené une campagne agressive d’enrôlement en investissant Zineb Simou, parlementaire sortante de la liste régionale de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, anciennement membre active du RNI. Ce transfert de renommée locale pourrait considérablement modifier l’équilibre des forces de la majorité sur place.
Le PJD se présente quant à lui avec Khalid El Mouadden, l’USFP aligne Mohamed El Hammoumin et la FGD est représentée par Oussama Benmessaoud, rendant cette circonscription d’autant plus indécise que le député sortant Mohamed Simou pourrait encore choisir de se présenter sous les couleurs d’un autre parti.
Les grandes sensations casablancaises
Casablanca, le plus grand poumon électoral du pays, abrite des affrontements sans merci au sein de ses différentes préfectures locales. A Casablanca-Anfa, le duel s’annonce des plus serrés avec la candidature de Najwa Koukous pour le PAM, présidente de son conseil national, face à Latifa Chérif de l’USFP, Mohamed Benmoussa du PPS et Abdessamad Haiker, figure locale incontournable du PJD.
A Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, le PAM investit l’avocat Adel Bitar, qui se heurtera aux candidatures de gauche portées par les militantes féminines Nabila Mounib et Fatima Tamni.
Dans la circonscription de Aïn Chock, le duel opposera Abdelhak Chafik du PAM, député sortant, à Amina Maelainine, figure charismatique du PJD prêtée selon les sources sous l’étiquette du PPS pour ce scrutin, et au candidat officiel du PPS, Mohamed Talal.
A Hay Hassani, le PAM positionne Salah Eddine Chenguiti tandis que le PJD surprend en investissant le journaliste et écrivain Samir Chaouki, ancien patron de presse. Enfin, dans la circonscription de Sidi Bernoussi, le PAM mise sur la notoriété d’Ahmed Brija, et à Ben M’Sick, Mustapha Jdad du PAM fera face à El Haj Hajji du PPS et Hayat Baraka de l’Istiqlal.
Cartographie des autres circonscriptions de Fès à l’Oriental
Au-delà des capitales administrative et économique, d’autres régions affichent des affrontements très ouverts. A Fès-Sud, le député sortant Aziz Lebbar du PAM affronte la candidate du RNI Zina Chahim, la militante de l’USFP Khadouj Salassi et le candidat du PPS Ali Laqsab. A Meknès, Anas Ansari du PAM, secrétaire provincial, affronte la tête de liste du PJD Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire, ainsi que Mohamed Bakhtaoui du PPS.
Dans la région de Marrakech-Safi, la circonscription Marrakech-Médina voit la candidature de Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction du PAM, faire face au candidat du PPS Ibrahim Himmi. A Taroudant-Sud, l’Istiqlal aligne le ministre Abdessamad Kayouh face à Hanan El Massi du PAM et Nadia Bouhdoud du RNI. Enfin, à Oujda-Angad, le secrétaire d’État de l’Istiqlal Omar Hejira affronte le pamiste Abdelkader Hadouri et Ouafaa Tiji du PPS.
Ces duels dessineront la future carte politique marocaine.
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