C’est l’histoire d’un parti né dans l’urgence pour contrer le PJD, qui a fini treize ans plus tard par s’installer confortablement au pouvoir. Comment le Parti authenticité et modernité (PAM), ce tracteur conçu à l’origine pour bousculer la scène partisane, est-il devenu un pilier de la coalition gouvernementale ? Récit.

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Pour comprendre le PAM, il faut remonter à sa genèse en août 2008. A sa source se trouve un homme de l’ombre particulièrement influent : Fouad Ali El Himma. Après avoir quitté ses fonctions au ministère de l’Intérieur, El Himma lance en janvier 2008 une association de réflexion, le Mouvement pour tous les démocrates (MTD). Le casting d’origine tient de la chimie expérimentale. L’initiative réunit de puissants hommes d’affaires, des notables ruraux d’un côté, et de l’autre, d’anciens prisonniers politiques de l’extrême gauche très marxiste-léniniste des années 1970. Ces militants des droits humains, passés par l’Instance équité et réconciliation (IER), ont le désir de faire barrage au Parti de la justice et du développement (PJD), alors en pleine ascension.

En août 2008, cette alliance se transforme en parti politique officiel à travers la fusion de cinq formations. Pour ses adversaires, le label est tout trouvé : le PAM sera le parti de la nouvelle ère.

Une décennie de combat idéologique stérile (2011-2021)

La machine électorale s’avère redoutable dès le départ. Aux élections communales de 2009, moins d’un an après sa création, le PAM rafle la première place nationale avec plus de 21% des sièges. Le parti attire massivement les notables locaux. Mais les protestations du Mouvement du 20 février en 2011 et l’adoption d’une nouvelle Constitution changent la donne. Aux législatives de 2011, le PJD l’emporte. Le PAM, relégué au quatrième rang, fait le choix de siéger dans une opposition franche.

Sous l’impulsion d’Ilyas El Omari (secrétaire général à partir de 2016), le parti s’enferme dans une confrontation idéologique frontale contre le PJD. El Omari axe toute sa stratégie sur la diabolisation de l’adversaire. Même s’il grimpe à 102 sièges lors des législatives de 2016, le PAM reste derrière le PJD et s’épuise dans l’opposition.
Cette période de tensions internes culmine en 2019 par une grave crise opposant le secrétaire général d’alors, Hakim Benchamach, à un courant réformateur appelé « Appel pour l’avenir ». Le parti évite de justesse l’implosion grâce à une réconciliation fin 2019.

Le tournant réaliste de Ouahbi : les notables d’abord

C’est en février 2020 qu’intervient la véritable révolution culturelle. Abdellatif Ouahbi, avocat combatif formé à l’école de la gauche, prend la tête du PAM. Ouahbi constate que l’utopie révolutionnaire des anciens gauchistes ne fait pas gagner des élections, car ces profils sont devenus minoritaires au sein de l’appareil.

Il choisit de miser à fond sur les notables locaux et les élites territoriales, de véritables machines de guerre électorale. Le discours se normalise. Ouahbi adoucit ses critiques envers le PJD et évoque même la possibilité de gouverner avec eux.

A l’approche des législatives de 2021, la tension se déplace ailleurs puisque le PAM cible le Rassemblement national des indépendants (RNI) et son chef, Aziz Akhannouch. Ouahbi accuse publiquement le RNI d’« inonder la scène politique avec de l’argent » et de mener des campagnes caritatives déguisées via des fondations. C’est une guerre de tranchées pour s’accaparer les réseaux de notables.

Le 8 septembre 2021 : gouverner pour survivre

Le verdict des urnes de 2021 balaie le passé. Le PJD subit un effondrement historique, chutant à 13 sièges. Le RNI triomphe et le PAM consolide sa deuxième position avec 87 sièges.

Histoire du RNI : de l’ombre de l’administration aux sommets du pouvoir

Dès le lendemain des élections, le réalisme politique l’emporte sur les rancœurs. Ouahbi est le tout premier à appeler Aziz Akhannouch pour le féliciter. Pourquoi ce revirement soudain ? La réponse est simple : pour un parti reposant sur des notables ayant des intérêts économiques locaux à préserver, passer cinq années supplémentaires dans l’opposition équivalait à une mort certaine. Sans accès à la distribution des ressources de l’Etat, les élus auraient déserté en masse.

En octobre 2021, le PAM entre donc au gouvernement pour la première fois. Il obtient des ministères stratégiques avec Ouahbi à la Justice, Fatima Ezzahra El Mansouri à l’Habitat et à l’Urbanisme et Mohamed Mehdi Bensaid à la Jeunesse, la Culture et la Communication.

L’ère de la cogestion collégiale

Aujourd’hui, l’intégration du parti au système de pouvoir est totale. En février 2024, le PAM franchit un nouveau palier en adoptant une direction collégiale dirigée par Fatima Ezzahra El Mansouri, afin de stabiliser le parti et de réduire la personnalisation du leadership.

En treize ans, le PAM est ainsi passé d’un projet défensif de rupture idéologique à un parti de gestionnaires pragmatiques. Sa force ne réside plus dans le combat contre un ennemi idéologique, mais dans sa capacité à cogérer l’Etat et à s’aligner sur ses orientations stratégiques. Les épisodes de ces derniers jours nous dirons, toutefois, si cette dynamique restera… A suivre !

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