En ce mois d’août, le Maroc se replonge dans l’une des pages les plus ardentes de son histoire contemporaine. Il y a 72 ans, les 7, 8 et 9 août 1954, la ville de Kénitra s’embrasait dans un élan de patriotisme pur, marquant un tournant irréversible dans la lutte contre l’occupation française. Ce soulèvement fut le fruit d’une conscience nationale forgée dans la douleur de l’exil de feu le roi Mohammed V.

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Kénitra n’est pas seulement une cité industrielle ou un carrefour logistique, elle est, dans le souvenir collectif marocain, un bastion de la dignité. Pour comprendre l’onde de choc des événements d’août 1954, il faut remonter aux racines de la contestation dans les plaines du Gharb, de la Chrarda et de Beni Hssen. Dès 1930, lors des protestations contre le « Dahir Berbère », la région s’était déjà levée comme un seul homme contre les velléités divisionnistes du protectorat.

Les nationalistes de l’époque, notamment à Fès, Rabat et Salé, avaient rapidement perçu le dessein colonial de transformer Kénitra en une base stratégique militaire et économique.

28 août 1930 : l’acte fondateur du nationalisme marocain

La réponse ne fut pas seulement politique, elle fut éducative et sociale. En misant sur l’instruction et l’encadrement de la jeunesse, le mouvement nationaliste a su préparer une génération d’intellectuels et de militants capables de défier l’occupant sur ce qu’il pensait être son propre terrain. Cette mobilisation précoce a permis à la région d’être à l’avant-garde lors de la présentation du Manifeste de l’Indépendance le 11 janvier 1944, une initiative prise en parfaite concertation avec le Père de la Nation, feu le roi Mohammed V.

Le choc de l’exil et l’embrasement

Le point de rupture fut sans conteste le 20 août 1953. En exilant le Sultan légitime, les autorités coloniales pensaient décapiter la résistance, elles n’ont fait qu’attiser un feu qui couvait depuis des décennies. A Kénitra, les liens avec le palais royal étaient particulièrement profonds. L’exil du Souverain a transformé la ville en une véritable poudrière.

Les 7, 8 et 9 août 1954, la colère accumulée s’est transformée en une insurrection urbaine d’une rare intensité. Les habitants de Kénitra, issus de toutes les couches sociales, sont descendus dans la rue pour réclamer le retour du Roi et la fin de la tutelle. Ce ne sont pas seulement des militants politiques qui ont fait face aux balles, mais une véritable mosaïque de la société marocaine avec des artisans, des commerçants, des agriculteurs, ou encore des ouvriers syndiqués.

Princesse Lalla Aicha
La princesse Lalla Aicha prononce un discours en français lors de la fête des écoles des filles musulmanes à Tanger, Maroc, le 16 avril 1947 © Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images)

L’une des singularités du soulèvement de Kénitra réside dans l’implication massive de ses forces vives. Le scoutisme et les clubs sportifs, loin d’être de simples loisirs, étaient devenus des centres de formation à la discipline et au courage patriotique. Les femmes, elles aussi, furent en première ligne. Sous l’impulsion et la supervision de la princesse Lalla Aïcha, le mouvement féminin à Kénitra a joué un rôle déterminant dans le soutien à la résistance, prouvant que la quête de liberté ne connaissait pas de distinction de genre.

Le prix payé fut lourd. Le communiqué du Haut-Commissariat aux anciens résistants rappelle le nombre impressionnant de martyrs, de blessés et de prisonniers. Pourtant, chaque arrestation, chaque exil forcé ne faisait que renforcer la détermination des survivants. Ce sang versé dans les rues de la ville et de ses environs a scellé un pacte définitif, celui d’une nation qui refuse de vivre sous le joug de l’oppression.

Le « petit Jihad »

Le retour triomphal de feu le roi Mohammed V le 16 novembre 1955 a marqué la victoire de ce qu’on appelait le « petit jihad », à savoir la lutte pour la libération territoriale.

La commémoration de cette année revêt une symbolique particulière, car elle coïncide avec le 27e anniversaire de l’accession du roi Mohammed VI au Trône. C’est un fil d’ariane qui relie les sacrifices d’hier aux défis d’aujourd’hui. La famille de la résistance et de l’armée de libération, par ses rassemblements et ses colloques comme celui organisé à la Chambre de commerce de Kénitra, s’assure que cette mémoire ne s’efface pas. Il s’agit de transmettre aux nouvelles générations les valeurs de la citoyenneté positive et de l’engagement responsable.

Kénitra, par son sacrifice, a montré la voie. 72 ans plus tard, la ville continue de porter fièrement les stigmates et les médailles de cette épopée, rappelant à tous que l’unité marocaine est un bloc inébranlable, forgé dans le feu de l’action et la clarté de la vision royale

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