Législatives 2026 : qu’est-ce qui se cache derrière le retrait de Fouzi Lekjaa à Berkane ?

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Législative 2026 : qu'est ce qui se cache derrière le retrait de Fouzi Lekjaa de Berkane ?Fouzi Lekjaa, menbre du PAM © DR

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À quelques semaines des élections législatives du 23 septembre 2026, la décision de Fouzi Lekjaa de ne pas se présenter dans la circonscription de Berkane, malgré son ralliement officiel au Parti authenticité et modernité (PAM) fin juillet, alimente les spéculations sur ses ambitions et sur la recomposition des rapports de force politiques.

Pour l’analyste politique et économique Driss Aïssaoui, cette décision ne doit pas nécessairement être interprétée comme un recul. Elle peut au contraire être comprise comme « un repositionnement stratégique », permettant à Fouzi Lekjaa de préserver sa marge de manœuvre et de se consacrer à une bataille politique d’envergure nationale.

Préserver une image de neutralité

La première lecture de cette renonciation est liée au souci de préserver une certaine neutralité. Berkane constitue le fief natal et sportif de Fouzi Lekjaa. Une candidature dans cette circonscription aurait pu l’exposer à des critiques sur son influence locale ou à des accusations de favoritisme, explique l’intervenant.

Cette question prend une dimension supplémentaire dans la mesure où son épouse, Houda Lamghari, est investie comme tête de liste régionale des femmes du PAM dans l’Oriental. En choisissant de ne pas entrer lui-même dans la compétition électorale locale, Lekjaa évite de concentrer davantage les enjeux politiques régionaux autour de son nom, ajoute la même source.

« Cette décision peut tout d’abord être lue comme une affaire strictement personnelle », estime Driss Aïssaoui, tout en soulignant qu’elle présente également des avantages politiques évidents. En se tenant à distance de la compétition locale, Lekjaa conserve une position susceptible de lui permettre de jouer un rôle d’arbitrage et de construction politique à l’échelle nationale.

L’autre hypothèse, beaucoup plus politique, concerne une éventuelle ambition pour la Primature. La Constitution marocaine prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Elle n’impose toutefois pas que la personnalité désignée soit elle-même députée. Dès lors, l’absence de candidature de Lekjaa ne constitue pas juridiquement un obstacle à une éventuelle nomination future.

Lire aussi : Législatives 2026 : Fouzi Lekjaa ne se présentera finalement pas à Berkane

Pour Driss Aïssaoui, cette configuration mérite donc d’être observée avec attention. En évitant de s’engager dans une bataille électorale locale, Lekjaa conserve une certaine « virginité électorale » et peut se présenter comme une personnalité politique nationale plutôt que comme un simple élu d’une circonscription.

Cette posture lui permettrait également de rester disponible pour les négociations politiques qui pourraient suivre le scrutin du 23 septembre, notamment si le PAM devait se retrouver au centre de la formation de la prochaine majorité.

Le troisième élément de lecture concerne le rôle que Fouzi Lekjaa semble vouloir jouer au sein du PAM. Plutôt que de concentrer son énergie sur Berkane, il pourrait consacrer son temps à la structuration nationale du parti, à l’élaboration de son projet électoral et à l’accompagnement de ses candidats à travers le Royaume, souligne Driss Aïssaoui.

Cette évolution est particulièrement significative. Le profil de Lekjaa, associé à la gestion économique et aux grands dossiers nationaux, peut permettre au PAM de mettre en avant une image de compétence technique et de rigueur dans la gestion des affaires publiques.

« En s’extrayant du local, Lekjaa peut endosser le rôle d’architecte national plutôt que celui de candidat local », analyse-t-il. Son retrait de la course à Berkane ne signifierait donc pas nécessairement un éloignement de la politique. Il pourrait au contraire traduire une volonté de peser davantage sur l’orientation générale du parti et sur les équilibres qui émergeront après les élections.

Une rivalité croissante avec le RNI

Cette nouvelle position contribue également à raviver les tensions entre le PAM et le Rassemblement national des indépendants (RNI), deux formations qui appartiennent encore à la même majorité gouvernementale mais qui sont désormais engagées dans une compétition électorale directe.

Les frictions apparues entre Fouzi Lekjaa et certaines figures du RNI témoignent de cette nouvelle dynamique. Des accusations de transferts de militants du RNI vers le PAM ont notamment nourri les tensions.

Lekjaa a, de son côté, adopté un discours plus offensif sur le pouvoir d’achat, la hausse du coût de la vie et le prix des viandes. Sans toujours nommer directement ses adversaires, ses prises de parole constituent une critique de la gestion économique de la période écoulée.

Pour Driss Aïssaoui, d’autres « chocs » entre formations politiques sont donc à prévoir à mesure que le scrutin approche. La campagne électorale devrait accentuer la concurrence entre le PAM, le RNI et l’Istiqlal, notamment autour de la question du leadership de la future majorité.

Lire aussi : Le PAM réunit son bureau politique après les accusations du RNI

Le « mercato politique » prend le pas sur les programmes

Au-delà du cas Lekjaa, cette séquence électorale révèle une tendance plus profonde : la personnalisation croissante de la compétition politique.

Les ralliements de dernière minute, les transferts de militants et la recherche de candidats disposant d’un fort ancrage local montrent que la notoriété, les réseaux et la capacité d’influence demeurent déterminants dans la conquête des sièges.

Cette logique peut cependant contribuer à reléguer les programmes au second plan. Les grands sujets qui préoccupent les citoyens, notamment le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’emploi et la justice territoriale, sont largement partagés par les différentes formations, avec des différences parfois moins marquées qu’attendu dans les discours électoraux.

La campagne se retrouve ainsi dominée par les profils et les rapports de force, alors même que les électeurs attendent des réponses concrètes sur leurs conditions de vie.

Une bataille qui dépasse Berkane

Dans ce contexte, la décision de Fouzi Lekjaa prend une dimension particulière. En renonçant à une candidature à Berkane, il se libère d’une bataille locale pour participer à une confrontation nationale.

Selon Driss Aïssaoui, le véritable enjeu est donc moins de savoir pourquoi Lekjaa ne sera pas candidat à Berkane que de comprendre quelle place il entend occuper dans l’architecture politique de l’après 23 septembre.

Son choix laisse ouvertes plusieurs options : jouer un rôle central dans la campagne du PAM, contribuer aux négociations de coalition ou, si les conditions politiques sont réunies, participer directement à la construction du prochain exécutif.

À trois semaines du scrutin, une certitude se dessine : le retrait de Berkane ne signe pas la sortie de Fouzi Lekjaa du jeu politique. Il pourrait, au contraire, constituer la première étape d’un changement d’échelle, faisant passer l’ancien candidat potentiel d’une logique de circonscription à une ambition nationale.

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