Le 24 juin, le Venezuela a subi le plus puissant séisme de son histoire contemporaine. Deux secousses de magnitude 7,2 puis 7,5, séparées de seulement 39 secondes, ont fait, au dernier bilan, 1.943 morts, 10.500 blessés et près de 50.000 disparus. À Caracas et à La Guaira, les morgues débordent, des habitants fouillent les décombres à mains nues tandis que l’armée est accusée de passivité, et la présidente par intérim Delcy Rodríguez est huée lors de ses déplacements. Mais la terre n’a pas frappé un pays ordinaire, elle a frappé une population déjà affaiblie par des années de crise et, depuis six mois, par un bouleversement politique imposé de l’extérieur. Au Venezuela, la catastrophe naturelle est venue s’ajouter à une catastrophe politique.
Le 3 janvier, l’opération militaire américaine « Absolute Resolve » capturait le président contesté Nicolás Maduro. Deux jours plus tard, Delcy Rodríguez, vice-présidente, prenait la tête d’un pouvoir intérimaire placé sous la pression constante de Washington. Officiellement, il s’agissait de restaurer la démocratie. En réalité, le Venezuela concentre les premières réserves mondiales de pétrole, ainsi que d’importants gisements de terres rares et de minerais stratégiques. Les premières réformes engagées depuis ouvrent largement les secteurs des hydrocarbures, des mines et de l’électricité aux intérêts américains. Les peuples n’ont pourtant choisi ni leurs dirigeants déchus, ni celui qui le remplace de fait depuis Washington. Ce ne sont jamais les gouvernements qui portent les gravats sur leurs épaules.
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La récupération politique et économique
Dès le lendemain du séisme, devant des agriculteurs américains, Donald Trump déclare : « Nous avons pris le contrôle du Venezuela en moins d’une journée (…) Ils ont eu un séisme énorme hier soir, massif, vraiment massif. Mais nous allons les aider ». Et aussitôt, il revient sur le pétrole vénézuélien et assure que les habitants « dansent dans les rues » partout ailleurs depuis l’arrestation de Nicolás Maduro. Les États-Unis débloquent effectivement 150 millions de dollars, déploient 250 secouristes civils et deux navires de guerre. L’aide est bien réelle, mais elle s’inscrit dans un rapport de domination déjà établi. Elle s’ajoute simplement à une mainmise déjà engagée sur les hydrocarbures, les mines et l’électricité du pays. Elle est taillée sur mesure pour les entreprises américaines. La compassion affichée cohabite avec une appropriation des ressources du pays. Et pendant que les familles recherchent leurs proches sous les immeubles effondrés, les grandes puissances parlent déjà de reconstruction, de concessions et d’influence.
Même loin de tout bras de fer géopolitique, la reconstruction prend son temps. Au Maroc, le séisme d’Al Haouz nous a rappelé la réalité. Malgré un État stable et des milliards de dirhams mobilisés, 220 écoles ne sont toujours pas opérationnelles et 209 familles dorment encore sous tente, en conteneur ou dans un abri de fortune. Pour un Venezuela sous tutelle en plus d’être sinistré, l’attente s’annonce plus longue.
Les dommages collatéraux
Le séisme fait également résonner une autre tragédie. À Cuba, la terre n’a pas tremblé, pourtant, le quotidien s’est lui aussi effondré. Pendant des années, l’île a vécu grâce aux 30.000 à 40.000 barils de pétrole vénézuélien livrés chaque jour. La capture de Maduro a brutalement interrompu cet approvisionnement. Le 29 janvier dernier, Washington a renforcé la pression en imposant un blocus énergétique, avec pour objectif un changement de régime avant la fin de l’année. Les conséquences sont immédiates : entre 18 et 24 heures de coupures d’électricité par jour selon les régions, effondrement total du réseau national le 16 mars, 10 millions de Cubains plongés dans le noir, écoles fermées, transports paralysés, pompes à eau à l’arrêt. Et pourtant, dans ce dénuement, La Havane a envoyé des médecins soigner les victimes du séisme vénézuélien, prolongeant la mission « Barrio Adentro » héritée de l’alliance Chávez-Castro. Des faibles qui secourent d’autres faibles pendant que les forts négocient des barils.
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Les peuples vénézuélien et cubain n’ont choisi ni leurs dirigeants déchus, ni l’embargo, ni le séisme, ni les rivalités entre puissances. Pourtant, ils en paient chaque jour le prix le plus lourd. Les forts se chamaillent pour des raisons idéologiques et stratégiques, déplacent des présidents, coupent des pipelines à distance. Et quand la terre elle-même s’en mêle, ce sont encore les mêmes qui ramassent les morts à mains nues.
Le malheur semble ne jamais tirer au sort.
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