Rabat, 23 septembre 2026. Le jour J des législatives. Officiellement, tout est prêt pour la grande fête démocratique. Mais attardons-nous sur ce chiffre, 95%. 95% des Marocains ne font plus confiance à leurs partis politiques. C’est un divorce total, cela fait neuf citoyens sur dix, qui pensent que les élus ne tiennent jamais leurs promesses. On a enquêté sur ce système où, selon les citoyens, l’argent fait la loi et où la jeunesse est mise au placard. Alors, 2026, vrai tournant ou répétition ? Qu’est-ce qui bloque ?

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Rabat, le 23 septembre 2026. Pour les officiels, c’est le grand jour, celui où le Maroc fait vibrer sa démocratie en renouvelant ses 395 députés. Les bureaux de vote ouvrent, les caméras sont braquées sur les urnes. Mais les législatives, ce sont aussi ces 95% des Marocains qui ne font pas confiance aux partis politiques. Vous avez bien entendu. Un rejet quasi total, une rupture de ban sans précédent dans l’histoire moderne du pays.

Alors, on a voulu comprendre. On a plongé dans les enquêtes d’Afrobarometer, du Baromètre Arabe et de l’association « Les Citoyens ». Et là, c’est le choc des chiffres. Le Parlement ? 90% de méfiance. Le gouvernement ? 87%. On est face à une institution qui semble tourner à vide, déconnectée d’un peuple qui a l’impression que les élus ne tiennent leurs promesses que le temps d’une campagne.

Neuf citoyens sur dix estiment que la parole politique ne vaut plus rien une fois le siège empoché. C’est ce qu’on appelle une crise de légitimité systémique.

D’un côté, une défiance record. De l’autre, un attachement au geste civique puisque 66,6% des Marocains considèrent toujours que voter est un devoir important. C’est insensé, non ? Les citoyens veulent jouer le jeu, ils croient au principe de la démocratie, mais ils vomissent les acteurs qui sont censés l’incarner.

Seuls 13,6% d’entre eux ont jugé crédibles les résultats de 2021. On a donc une population qui se rend aux urnes par pur civisme, tout en étant persuadée que les dés sont pipés ou que les élus sont là pour leur propre rente.

Il s’agit de « défiance instruite ». On ne parle pas ici de citoyens éloignés de tout, mais d’un électorat urbain, diplômé (plus de 87% ont un niveau Bac+2 ou plus) et qui suit l’actualité politique à la trace sur les réseaux sociaux. Ces gens-là boudent la politique après l’avoir analysée. Ils voient les partis comme des écuries de course où l’argent et les réseaux personnels comptent plus que les idées ou la compétence.

Pour eux, le système est verrouillé, dominé par une oligarchie qui se reproduit en circuit fermé.

Crise de confiance

Commençons par le début, à savoir les partis politiques. C’est le lien entre le peuple et le pouvoir. Le problème c’est qu’au Maroc, le peuple n’a plus confiance en ce lien. Dans les faits, les partis sont perçus comme des structures où l’on ne rentre pas pour ses idées, mais pour ses réseaux. Et quand il est demandé aux gens pourquoi ils s’en détournent, 98% des sondés estiment que les partis ne respectent absolument pas les principes démocratiques en interne. On parle de « logiques de reproduction des élites » et de « verrouillage ». Bref, le club est privé, et la porte est fermée à double tour.

Élections 2026 : entre défiance démocratique et espoir de remobilisation citoyenne

Mais le plus fou, c’est cette déconnexion physique. Près de 80% des citoyens (79,5% pour être plus précis) affirment n’avoir strictement aucun contact avec les partis. Seuls 2,4% des Marocains disent avoir eu un contact direct avec un militant ou un élu sur le terrain. Les partis sont devenus des fantômes qui ne hantent les rues qu’au moment des campagnes électorales pour disparaître aussitôt le rideau tombé.

Et cette absence, elle nourrit un sentiment de trahison profond. Neuf Marocains sur dix (90,4%) sont convaincus que les élus ne tiennent pas leurs promesses. C’est ce que les rapports appellent une « crise de confiance sans précédent ».

Si ce n’était que les partis, on pourrait se dire qu’il reste l’État, les institutions, le cadre solide. Sauf que la contagion a tout gagné. Le thermomètre de la confiance institutionnelle est au plus bas.

Le Parlement écope de 90% de méfiance (89,5% pour être exact). L’hémicycle, censé être la voix du peuple, est perçu comme une chambre d’écho déconnectée. Le gouvernement prend, quant à lui, 87,3% de méfiance. Même les syndicats, qui devraient être les derniers remparts du social, sont balayés avec 84,7% d’avis négatifs. Même les médias, supposés être les contre-pouvoirs, sont dans le rouge avec 73% de défiance.

Mais le chiffre qui doit donner des sueurs froides aux organisateurs des élections de 2026, c’est celui de la crédibilité du scrutin. Écoutez bien, seuls 13,6% des citoyens jugent les résultats des dernières élections de 2021 crédibles. Plus de la moitié des Marocains (56,3%) donnent la note la plus basse possible à la fiabilité du processus électoral.

Quand on discute avec les gens dans les Cafés citoyens (ces espaces de débat organisés pour prendre le pouls du pays), du genre que « les élections sont formelles et que le véritable pouvoir ne passe pas par les urnes ». Selon eux, on vote, on compte les bulletins, avec l’impression que les dés sont pipés d’avance.

Voter sans croire

Pourtant, 66,6% des Marocains considèrent toujours que voter est un devoir civique important ou très important. Les citoyens ne se détournent pas de la politique, ils sont même 74% à la suivre sur les réseaux sociaux.

À l’approche de 2026, les intentions de vote sont éparpillées façon puzzle. On a environ 42% de personnes qui disent vouloir participer (27,9% de « certainement » et 14,4% de « probablement »). Mais face à eux, c’est le bloc de béton de l’abstention avec près de 40% de votants qui expriment une intention négative.

Et le plus inquiétant pour la stabilité du système, c’est ce qu’on appelle le « noyau dur de l’abstention » : 24,1% des citoyens affirment que rien, absolument aucune mesure, aucune promesse, aucune réforme, ne les fera retourner au bureau de vote. Pour eux, le fil est coupé. Définitivement.

Et rappelons-le, on ne parle pas de gens qui ne comprennent pas les enjeux.

Les racines de la fracture

Entrons dans la cuisine interne des partis. On assiste à une personnalisation du pouvoir au sein des partis, où les règles fondamentales de la démocratie partisane sont mises au placard. La gestion devient alors dite « autoritaire », préférant l’allégeance aveugle à la compétence. Les partis ne sont donc plus des organisations programmatiques, mais des « fédérations de clans » qui s’allient uniquement pour récolter des portefeuilles ministériels. On ne se bat plus pour une idée, on se bat pour un maroquin.

Et dans ce système, quel est le meilleur moyen de monter en grade ? Pour 64,3% des sondés, c’est l’argent qui conditionne la promotion interne. Si vous avez les ressources financières, le tapis rouge est déroulé. La compétence, elle, arrive loin derrière pour une majorité de citoyens qui voient bien que le mérite a été remplacé par le chéquier.

Les partis ne cherchent plus à encadrer les citoyens ou à proposer un projet de société. Non, ils cherchent des « chevaux », souvent des notables locaux avec un gros compte en banque, capables de gagner un siège. Ils deviennent des clubs de supporters pour futurs professionnels de la politique en quête de rentes électorales. Une fois l’élection passée, le club ferme ses portes et le citoyen, lui, est oublié.

Si le moteur est grippé par l’argent, c’est aussi parce qu’il baigne dans une huile corrompue. C’est le deuxième grand mal qui ronge le pays. Et là encore, les chiffres font mal : 74% des Marocains estiment que la corruption est largement ou moyennement répandue dans les institutions de l’Etat. Ce sentiment est stable depuis 2016. Toutefois, la corruption n’est pas ressentie de la même manière selon le compte en banque. C’est un « impôt sur la pauvreté ». 86% des citoyens les plus précaires voient la corruption comme un problème omniprésent, contre 59% chez les plus aisés.

Pourquoi ? Parce que quand vous êtes démuni, la moindre démarche administrative peut devenir un parcours du combattant où le « petit billet » ou le « favoritisme » sont les seules clefs pour ouvrir les portes.

D’ailleurs, le recours aux moyens détournés est devenu une stratégie de survie. Deux tiers des sondés admettent avoir déjà eu recours au favoritisme ou à la corruption pour décrocher un emploi ou obtenir un document officiel. C’est un système qui s’auto-alimente, on déteste la corruption, mais on se sent obligé de l’utiliser pour ne pas rester sur le carreau.

Et le gouvernement dans tout ça ? Seuls 47% des Marocains sont convaincus qu’il lutte efficacement contre ce fléau. Et là encore, le clivage social est violent avec 63% des riches croient aux efforts de l’État, contre seulement 35% des pauvres. Ce décalage montre que les réformes et les discours sur l’intégrité ne descendent pas jusqu’en bas de l’échelle sociale.

La balkanisation politique

Enfin, il y a la règle du jeu, le mode de scrutin. Depuis 2021, le Maroc utilise le quotient électoral calculé sur la base des inscrits, et non plus sur les suffrages exprimés. En calculant le quotient sur tous les inscrits (y compris ceux qui ne vont pas voter), on augmente artificiellement la barre pour obtenir un siège. Donc on empêche les grandes formations de rafler trop de sièges et on favorise l’entrée des petites formations.

C’est ce qu’on appelle la « balkanisation partisane ». Il s’agit de fragmenter le Parlement pour éviter qu’une opposition cohérente et forte ne puisse s’opposer au pouvoir central. C’est une technique politique douce qui assure une stabilité, certes, mais au prix d’une efficacité gouvernementale quasi nulle. On se retrouve avec des majorités hétéroclites, des mariages de carpe et de lapin où personne ne s’entend sur rien.

Cette stratégie a été renforcée par ce qu’on appelle le « consensus » post-1990. À force de vouloir que tout le monde soit d’accord, on a fini par tout lisser. Aujourd’hui, il est devenu impossible de classer les partis selon les clivages idéologiques classiques. La dichotomie gauche-droite ? Elle a perdu tout son sens. Pour le citoyen, l’offre politique est devenue illisible. Les partis se ressemblent tous, ils proposent tous la même chose, et ils finissent tous par s’allier de toute façon.

C’est ce manque de clarté idéologique qui nourrit l’idée que « voter ne change rien ». On a créé un système parfaitement stable, mais totalement déconnecté des aspirations de changement de la population. En 2026, si rien ne change dans ces règles internes et électorales, on risque de voir cette balkanisation se transformer en une forte abstention dans les urnes.

Les populations au cœur du fossé

Maintenant, mettons des visages sur ces statistiques. On parle ici d’une jeunesse sacrifiée, de campagnes oubliées et d’un paradoxe incroyable concernant les femmes. Bienvenue dans la France… pardon, dans le Maroc d’en bas, celui qui attend 2026 avec une boule au ventre ou une indifférence totale.

Au Maroc, les jeunes de moins de 35 ans représentent un tiers de la population, et pourtant, ils ont l’impression de hurler dans le vide. 86,7% des citoyens estiment que la place accordée aux jeunes dans la vie politique est faible, voire très faible. Les jeunes ne se sentent pas représentés, ils se sentent carrément mis au placard par des dinosaures d’élite qui s’accrochent à leurs sièges depuis des décennies. Bientôt une maison de retraite.

Aussi, pour beaucoup de jeunes, la priorité n’est pas d’aller voter, mais de survivre. En milieu rural, c’est l’hécatombe puisque 61% des jeunes sont ce qu’on appelle des NEET, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation.

Avec un taux de chômage qui grimpe à 34,3% dans les campagnes contre 22,7% en ville, comment voulez-vous qu’ils s’intéressent aux promesses électorales de 2026 ? Quand on a le ventre vide, le bulletin de vote pèse bien peu.

La deuxième fracture est géographique. Il y a deux Maroc qui se regardent sans se comprendre : les centres urbains et le monde rural. Et en matière de confiance, c’est le jour et la nuit.

En milieu rural, le manque d’infrastructures est flagrant. Ce n’est pas seulement qu’il manque des routes, il manque des structures civiques, des espaces où l’on peut débattre, s’informer, exister politiquement. Le taux de pauvreté y est de 19,4%, c’est plus du double de celui des villes. Cet isolement géographique crée une distance physique avec le pouvoir.

Pour 64% des ruraux, la centralisation du pouvoir est un obstacle infranchissable à leur participation. Ils se sentent comme des citoyens de seconde zone, oubliés par des élus qui ne viennent les voir que tous les cinq ans pour quémander leur voix.

Et puis, il y a le poids de la structure sociale. Dans les campagnes, on ne vote pas toujours selon sa conscience individuelle. 68% des jeunes ruraux expliquent que les obligations familiales et les normes sociales dictent leur conduite. Et pour les femmes rurales, c’est encore pire, puisque 54% des sondés évoquent des normes culturelles qui restreignent carrément leur droit de s’engager.

L’Analyse factorielle des correspondances (AFC) des chercheurs l’explique, il y a un axe de l’inaction civique qui lie directement la ruralité à la pauvreté et au manque d’éducation. C’est un cercle vicieux qu’il va falloir briser avant 2026.

La dynamique de genre

On arrive à la partie la plus surprenante de notre enquête, celle qui pourrait tout faire basculer en 2026, à savoir les femmes. C’est une véritable leçon de civisme qu’elles donnent aux hommes, et pourtant, on continue de leur mettre des bâtons dans les roues.

Écoutez bien cela : contre toute attente, les femmes sont beaucoup plus motivées que les hommes pour aller voter. 49% des femmes déclarent qu’elles iront certainement ou probablement voter en 2026, contre seulement 39,6% des hommes. C’est un écart énorme. Elles ont une foi dans le changement par les urnes que les hommes semblent avoir perdue. Elles voient peut-être dans le vote un moyen d’arracher des droits, de lutter contre les inégalités salariales ou de peser sur les réformes de société comme celle de la Moudawana.

Mais alors, quel est le problème ? Le problème, c’est que cette volonté se heurte à une réalité administrative médiévale. Bien qu’elles veuillent voter, les femmes sont proportionnellement moins inscrites sur les listes électorales que les hommes. Parce qu’elles font face à des obstacles administratifs et procéduraux persistants. On parle de difficultés pour obtenir les documents, de manque d’information ciblée ou de barrières bureaucratiques qui semblent d’un autre âge.

En 2026, les femmes pourraient être le pivot de l’élection, mais seulement si on leur donne les moyens techniques d’accéder aux urnes.

2026 : restauration de la confiance ou abstention record ?

On arrive au moment fatidique. Le 23 septembre 2026, le Maroc va passer au crash-test de sa propre démocratie. Est-ce que c’est foutu d’avance ? Pas forcément. Car si les citoyens sont en colère, ils ne sont pas résignés. Ils ont des exigences, mais à quelles conditions les Marocains accepteraient-ils de reprendre le chemin des urnes ?

Le premier verrou à faire sauter, c’est celui de la crédibilité du scrutin. 47,5% des citoyens placent la garantie de l’intégrité en tête de leurs exigences. C’est colossal. Ça veut dire qu’une personne sur deux ne votera que si elle est persuadée que son bulletin ne sera pas dilué par l’argent sale ou les manipulations. On réclame une observation électorale renforcée et une transparence totale des résultats. Les gens ne veulent plus d’un résultat qui sort d’un chapeau.

Ensuite, il y a la question du portefeuille. Pour 39,7% des répondants, la transparence financière des partis est une condition sine qua non. Ils veulent savoir d’où vient l’argent et surtout où il va. Et ça ne s’arrête pas là, 89,7% des sondés exigent que la responsabilité soit liée à la reddition des comptes. En gros, si un élu ne fait pas le job ou s’il détourne l’argent, il doit rendre des comptes. Point. On demande même un contrôle indépendant des financements et la traque de « l’argent sale » pendant la campagne.

Enfin, 42,9% des Marocains exigent des programmes clairs, lisibles et surtout applicables. Ils veulent comprendre pour quoi ils votent. Et ils veulent voir de nouveaux visages. 40,6% réclament un renouvellement des élites, avec beaucoup plus de jeunes candidats. L’idée, c’est de casser le monopole des « figures dinosaures » depuis des décennies dans les appareils partisans. D’ailleurs, une mesure fait l’unanimité, à savoir la limitation des mandats internes à deux périodes maximum.

Mais attention, car malgré ces pistes de réformes, il y a un chiffre noir qui plane au-dessus de 2026. 24,1%. C’est la part des citoyens qui affirment qu’absolument rien ne les convaincra de voter. On a ici un « noyau dur » d’un quart de la population éligible qui est sorti du système.

Si l’on creuse, on s’aperçoit que ce rejet est un cocktail explosif. Chez les non-inscrits sur les listes électorales, ils sont 53,4% à citer d’abord le manque de confiance, et 20,3% à dire que voter ne sert à rien. Quand on ajoute à ça l’absence de candidats qui représentent vraiment les attentes (11,3%), on arrive à un total de 85,3% des motifs de non-participation liés à la déconnexion totale du système.

Les futurs élus accepteront-ils enfin de lier leur responsabilité à la reddition des comptes ? Si les politiques continuent de faire la sourde oreille aux exigences de transparence, le « noyau dur » de l’abstention finira par devenir la règle. La balle est dans leur camp, parce que les citoyens, eux, ne signeront plus de chèque en blanc.

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